mardi 23 mai 2017

Flore (en retard)














Elle s'en va , tête nue, en robe de printemps
Cueillir, d'un cœur léger, la tendre primevère
Sur sa joue endormie, fraîche comme l'hiver
Se pose le baiser d'un doux soleil galant

Son pas est si gracile que nature s'en émeut
La nouvelle se répand, dans les prés, par le vent
Que la déesse Flore, annoncée par les cieux
Foule, d'un pied divin, le jeune tapis des champs

Alors tout ce qui vit, respire ou même dort
S'anime, s'ébruite, souffle et délaisse Morphée
Les couleurs se ravivent, unissent leurs accords
Et le jeune rouge-gorge imite le chant des fées

La feuille implore la brise, le saule appelle le vent
La fleur se remaquille, le frêne ôte ses gants
Il neige du pollen, il pleut des papillons
Éclairés de soleil, portés par ses sillons

La frêle demoiselle survole les buissons
La marmotte s'étire et quitte sa torpeur
Les branches du peuplier accueillent le pinson
Au loin résonne l'impact de l'oiseau grimpeur

La forêt éparpille des notes de violon
La rose blanche écarquille une corolle intime
Une pie amoureuse dépose sur une cime
Une alliance dorée, volée à Apollon

Et le soleil qui joue avec cet anneau d'or
Dessine un arc-en ciel, comme une frondaison
D'éclat et de lumière et où scintillent encore
Des flèches suspendues, réserve de Cupidon

6 commentaires :

  1. En retard ? Non. Lorsqu'il y a tant de beauté et d'amour, en l'occurrence dans tes mots, il n'y a pas de retard. :-)
    Belle fin de journée à toi, Rom. Bisous.

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    1. Je me souviens de ma joie lorsque ma 1ère épouse (ben vi je les collectionne !) m'a annoncé avec un sourire malicieux qui en disait long "J'ai du retard !" :-)
      Comment passer du printemps (saison des amours) à l'éloge du retard, synonyme de future création :-)
      Bon séjour récréatif :-) auprès de tes créations et tes petites-créations :-) (suis resté un vrai gamin, moua...)
      Bises

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    2. Oui, ce retard était un joli retard, annonciateur de votre future création à vous deux. :-)
      Merci, Garomin ! Garde ton coeur d'enfant, c'est important. :-)
      Bises sur le front. :-)

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  2. Très beau texte printanier, Rom.
    J'aime beaucoup.
    Bises nocturnes
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  3. Le poète s'en va dans les champs ; il admire.
    Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
    Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs.
    Celles qui des rubis font pâlir les couleurs.
    Celles qui des paons même éclipseraient les queues.
    Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues.
    Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets.
    De petits airs penchés ou de grands airs coquets,
    Et, familièrement, car cela sied aux belles :
    — Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! disent-elles.
    Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix.
    Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,
    Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables.
    Les saules tout ridés, les chênes vénérables,
    L'orme au branchage noir, de mousse appesanti.
    Comme les ulémas quand paraît le muphti ;
    Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre
    Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre.
    Contemplent de son front la sereine lueur.
    Et murmurent tout bas : C'est lui ! c'est le rêveur !
    Victor Hugo.

    Pour montrer (si besoin est) comme vos vers se ressemblent... bravo Rom, vous êtes un poète !

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  4. Merci Julie pour cette comparaison, flatteuse et audacieuse, avec le grandiose Victor, ce stakhanoviste de l'écriture dont l'immense oeuvre n'a probablement pas été lue, in extenso, par grand monde.
    Merci pour ces alexandrins que je découvre.

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