dimanche 3 mars 2019

Blanc

Blanc
Premières impressions rétiniennes, premières clartés de vie, premiers points de lumière, premiers repères, révélation du jour.

Blanc
Ciel délavé au bleu effacé, décoloré de chaleur et d'infini de ces plages sans rivages dans des déserts n'ayant pour mer que des cieux d'un enfer brûlant et aveuglant le promeneur imprudent, égaré et solitaire.

Blanc
Sillage de voie lactée, notre mère galaxie , mariée à l'univers et qui promène sa traîne sur le sol noir de l'espace en filament incandescent traçant la marche du temps.

Blanc
Rondeur d'une lune se maquillant d'argent le soir venu.
Comme des étoiles, grains de beauté sur une peau nocturne d'un ciel d'été.
Ruelles espagnoles, écœurées de soleil, où le silence de midi colporte les souvenirs des bruits de fête de la veille royalement ignorés par le pelage sombre d'un chat avide d'une mollesse chaude et paisible.
Pavés éblouissants de villages grecs des Cyclades, escortant l'escalade délicate de pentes abruptes par de vieilles silhouettes endeuillées et courbées vers un sol lumineux.

Blanc
Amour d'une mère s'écoulant en tétées.
Premières dents de lait perçant dans la douleur des gencives roses et vierges.
Tentures nuptiales, toges virginales, marbre ou stuc de temples d'Athènes aux colonnes pointant vers l'olympe.

Blanc
Comme la rage de l'écume d'une mer en colère qui se dresse sur sa crête.
Comme des jets de pierres de cieux tourmentés qui crépitent leurs grêlons.

Blanc
Sourire édenté d'un piano de bar, swinguant la douce nostalgie des villes endormies.

Néons en serpents de l'aurore au reflet dansant sur des miroirs de pluie évanouis à terre.
Bâtons de craie , premières lettres de liberté, d'évasion, dessinées au tableau noir, premiers dessins de rue pour des enfants reliant le ciel à la terre sur un chemin de marelle


Blanc
Douceur de galets polis et aplatis rêvant du tremplin de paumes les enlaçant avant de les libérer dans des sauts joyeux et rasant la surface d'étangs rafraîchissants.
Délicieuse torpeur lorsque, allongé sur du vert, on scrute une toile de nuages moutonneux, y lisant des visages amis ou belliqueux, inconnus ou disparus, fuyant avec le vent après s'être emparés d'une partie de notre âme.

Cimes immaculées, inaccessibles au commun des mortels, refuge de vols planés respectueux du silence.
Matins floconneux de Noël où je retrouve dans des rues désertes et pacifiques le calme et la sérénité d'églises joyeuses.

Prairie humide et givrée où traîne un coquelicot solitaire, faisant d'un champ le drapeau du pays du soleil levant.

Blanc
Comme les cheveux de ma grand-mère maternelle, ramassés en chignon, telle une décoration de Noël parfumée d'amour et de lavande.
Douceur du sucre, crémeuse, onctueuse.
Attrait du sel acheminé par des étiers serpentant les marées.


Blanc
Comme le fondant d'une mie de pain, le pain, celui de mon enfance
Je me souviens...
De cette odeur, de cette saveur et ces nuances ambrées
Mes frères et moi, nous allions jouer, nous cacher, dans les champs de blé doré.
On trébuchait, on s'y roulait, massacrant le précieux épi.
Cela n'amusait guère notre grand-père.
"Le blé, c'est la vie, le pain de chaque jour, de chaque bouche."
Toute une vie...
Enfant, il est encore trop chaud, moelleux comme une brioche, appétissant comme un gâteau.
Adulte, il est robuste mais la lame y trace sans peine des sillons de vie, de partage.
Âgé, il est coriace et tenace mais sait s'assouplir dans le lait du soir.
La pain de chaque jour, le pain de toute une vie...


Blanc
Comme les lilas de mai qui reviennent parfumer, en souvenirs fidèles, les amours de printemps.
Comme l'amaryllis , libre et sauvage, que caressent fièrement les vents de l’île de Madère.

Blanc
Comme une pause musicale, silence nourri de l'avant , prometteur de l'après, respiration d'émotion.
Comme une page qui me fait les blancs doux , rêvant d'être noircie
Comme le visage du mime Marceau, Pierrot blafard à la bouche rouge sang et au geste aérien et délicat.
Comme la canne de ce petit bonhomme vêtu de noir, à la moustache timide, et qui a secoué de rire et d'émotion les écrans des jeudis de mon enfance par ses mimiques touchantes ou hilarantes ou par l'infinie tendresse d'une rose blanche qu'il offrait en se trémoussant de gêne à sa belle.

Blanc
Mélange de toutes les couleurs, ami et frère du noir.

Blanc
Comme le sourire au bonheur éclatant et contagieux de ce petit brésilien jouant d'un rien, d'une pelote de chiffons et de papiers.
Comme le sourire de mes enfants, ravageant mon cœur.

Comme mon drapeau de reddition, immédiate et inconditionnelle, agitant sa blancheur comme un "je t'aime" pour toi et ta douceur, mon cœur...

18 commentaires :

  1. Quel joli billet, plein de douceur et de lumière.
    J'aime beaucoup ce que tu dis du blé. Sans doute parce que le blé est un de mes mots préférés.
    Merci pour cet éclair de lune poétique
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. J'aime moi aussi l'euphonie du mot blé.
      Merci pour ton commentaire, Célestine.

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  2. "immédiate et inconditionnelle" ? Hummmm... (sourire et pardon)
    Somptueuse broderie en point d'orgue et fil de toi... preuve que le blanc est bien une couleur en soi :) Bravo Rom !!!
    Bon dimanche. Bisous ravageant tes joues :)

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    1. Oui, Julie, une couleur en soie :-)
      Bonne fin de dimanche (le suivant -), bisous

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  3. Le blanc est un bel inspirant.
    Bientôt d'autres couleurs, Rom ?
    Très jolis mots dont toi seul as le secret.
    Bel après-midi, bises.

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    1. Oui, Françoise.
      Un bel inspirant, aspirant, soupirant :-)
      D'autres couleurs ? oui mais certaines me donnent du fil à retordre.
      Bonne fin de journée, bises.

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  4. Page blanche ?
    Sourire... et j'espère que tout vas bien pour toi !
    Bonne fin de semaine, Rom. Bises.

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  5. Et je rajoute : quand viens-tu à nouveau noircir une page de tes mots ? Te lire nous manque, ton écriture nous manque, tu nous manques ! :-)
    Bon week-end, Rom. Bises.

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  6. @Julie & Françoise
    De nouveaux projets de travail m'accaparent assez.
    Vendredi, je suis allé à Paris assister aux obsèques de la grand-mère maternelle de mes enfants, mon ex belle-mère que j'aimais beaucoup.
    Elle fut l'une de premières à être opérée du cœur, à l'âge de 30 ans (remplacement d'une valve aortique), elle a tiré sa révérence 63 ans plus tard, paisiblement pendant son sommeil.

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    1. Bonjour Rom
      Je suis désolée pour ton ex belle-mère. Comme on dit, elle a bien vécu, mais ce n'est pas une consolation. Que la personne soit jeune ou âgée, nous avons toujours de la peine lorsqu'elle disparaît.
      Tu es donc bien occupé. Nous serons patientes alors, et attendrons. :-)
      Bonne fin de dimanche à toi, bises.

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  7. Coucou Rom.
    93 ans et j'ose écrire une belle mort. Puisque il faut bien partir un jour, je signe.
    Malgré le chagrin qu'un décès entraine, c'est réconfortant (et intelligent) de pouvoir réunir ex et actuels... chapeau !
    Bonne soirée, Rom. Bises.

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  8. Le Blanc
    telle une respiration
    entre deux mots
    :-)

    Bon week-end, Rom. Bises.

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  9. Bientôt l'éve(nta)il des mots ? :(
    Bonne fin de semaine, Rom.
    Bises.

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  10. Toujours pas de retour ?
    Tu nous manques.
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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  11. Tu nous manques, tu nous manques, tu nous manques !...
    La majorité l'emporte. Alors, quand reviens-tu, Rom ? :-)
    Belle fin de semaine ensoleillée. Bises.

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  12. Tout va bien ? ;-)
     •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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  13. Depuis un mois, il y a écrit « Rom Blanc » dans ma blogroll...
    Je commence à être ivre. ;-)
     •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Là, tu dois carrément être sous la table, Célestine ! :-)

      Rom, quand tu veux, hein ! :-)

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