lundi 23 septembre 2019

De l'art en l'eau - De lard en lots


Et si ar se multipliait en o ? 

Et si eau se divisait en art ?

  Une mare
Des mots
L'art
Les eaux
Un bar
Des baux
Un car
Déco
Un char
Des chauds
Une part
Des pots
Un radar
Des radeaux
Un départ
Des dépôts
Un écart
Des échos
Un fard
Des faux
Un bâtard
Des bateaux
Un bobard
Des bobos
Un boyard
Des boyaux
Un canard
Des canaux
Un chauffard
Des chauffe-eau
Un costard
Des costauds
Un dard
Des dos
Un égard
Des égaux
Un étendard
Des étangs(d'eau)
Un homard
Des homos
Un jacquard
Des Jacquot
Un lard
Des lots
Un anar
Des anneaux
Un panard
Des panneaux
Un polar
Des polos
Un peinard
Des pénos
Un pinard
Des Pinot
Un renard
Des Renault
Un très tard
Des tréteaux
Tard
Tôt
Un traînard
Des traîneaux
Un vantard
Des vantaux
Un 10/4 (Guy;-))
Des dicos
Une cithare
Des si tôt
Un hilare
Des ilots
Un square
Des squaws

Eva 1/6

Sur la table de ce café, rue de la Tombe Issoire, traînait une lettre.
Il s'agissait de sa table, usée par des larmes noires, rayée par les coups de griffe de sa plume nerveuse et tourmentée.
Oui, cette table était la sienne, qu'en était-il de cette lettre ?
Il ne se posa pas de questions, estimant que la réponse se trouvait peut-être, probablement, sûrement même à l'intérieur de l'enveloppe rose.

- Monsieur, mon départ me donne toutes les audaces, celle de vous écrire avant même d'avoir osé vous parler.
Je vous ai si souvent observé en toute discrétion, je vous ai si souvent guetté, j'ai si souvent imaginé les mots que vous écriviez sans me voir.
J'ai si souvent imaginé que vous écriviez pour moi, moi que vous n'avez sans doute jamais remarquée, moi qui suis au-dessus des nuages, over the rainbow.
Lirez-vous seulement cette lettre ? Aurez-vous, si c'est le cas, une pensée pour moi ? 
Je rejoins aujourd'hui mon premier pays - mon père est américain - en quittant le second - ma mère est française.
Choisir entre les deux me déchire, me taire me déchire.
Déchirerez-vous cette lettre ?
Sometimes I'm so sorry to not dare... (je m'en veux de ne pas oser parfois)
So sorry...
Eva

Il pensait trouver une réponse , il trouvait cent questions.
La première à laquelle il devait répondre le hantait déjà.
Eva... était-elle cette ravissante rousse, si réservée, aux gestes si délicats et qui semblait caresser la surface du thé vert qu'elle prenait chaque jour en face de lui depuis quelque temps ?
Peut-être, probablement, sûrement même...
Eva... Il avait ouvert une lettre pour en découvrir trois.

vendredi 20 septembre 2019

Toscane

C'est  l'île du printemps,
Où les mers sont des plaines
Les clochers des rochers
Où meurent toutes les peines.

Des torrents de verdure
Inondent ses ruelles
Et le vent y frissonne
Des notes de bruyère.

La lumière, adoucie,
Semble être née la veille
D'une caresse arrondie
De collines vermeilles,
Sentinelles assoupies
Et mères éternelles.
.
La terre ocrée sommeille
Sur la pierre vieillie
De paisibles chapelles
Où le temps s'engourdit
Et s'installe, fidèle.

Lorsque survient la nuit
L'olivier, apaisé,
S'exile dans l'oubli
Et là-haut, le cyprès
Qui s'éveille, s'agrandit,
Donne au ciel un baiser
Que l'ombre de deux ailes,
Étourdies, lui ravit.

dimanche 3 mars 2019

Blanc

Blanc
Premières impressions rétiniennes, premières clartés de vie, premiers points de lumière, premiers repères, révélation du jour.

Blanc
Ciel délavé au bleu effacé, décoloré de chaleur et d'infini de ces plages sans rivages dans des déserts n'ayant pour mer que des cieux d'un enfer brûlant et aveuglant le promeneur imprudent, égaré et solitaire.

Blanc
Sillage de voie lactée, notre mère galaxie , mariée à l'univers et qui promène sa traîne sur le sol noir de l'espace en filament incandescent traçant la marche du temps.

Blanc
Rondeur d'une lune se maquillant d'argent le soir venu.
Comme des étoiles, grains de beauté sur une peau nocturne d'un ciel d'été.
Ruelles espagnoles, écœurées de soleil, où le silence de midi colporte les souvenirs des bruits de fête de la veille royalement ignorés par le pelage sombre d'un chat avide d'une mollesse chaude et paisible.
Pavés éblouissants de villages grecs des Cyclades, escortant l'escalade délicate de pentes abruptes par de vieilles silhouettes endeuillées et courbées vers un sol lumineux.

Blanc
Amour d'une mère s'écoulant en tétées.
Premières dents de lait perçant dans la douleur des gencives roses et vierges.
Tentures nuptiales, toges virginales, marbre ou stuc de temples d'Athènes aux colonnes pointant vers l'olympe.

Blanc
Comme la rage de l'écume d'une mer en colère qui se dresse sur sa crête.
Comme des jets de pierres de cieux tourmentés qui crépitent leurs grêlons.

Blanc
Sourire édenté d'un piano de bar, swinguant la douce nostalgie des villes endormies.

Néons en serpents de l'aurore au reflet dansant sur des miroirs de pluie évanouis à terre.
Bâtons de craie , premières lettres de liberté, d'évasion, dessinées au tableau noir, premiers dessins de rue pour des enfants reliant le ciel à la terre sur un chemin de marelle


Blanc
Douceur de galets polis et aplatis rêvant du tremplin de paumes les enlaçant avant de les libérer dans des sauts joyeux et rasant la surface d'étangs rafraîchissants.
Délicieuse torpeur lorsque, allongé sur du vert, on scrute une toile de nuages moutonneux, y lisant des visages amis ou belliqueux, inconnus ou disparus, fuyant avec le vent après s'être emparés d'une partie de notre âme.

Cimes immaculées, inaccessibles au commun des mortels, refuge de vols planés respectueux du silence.
Matins floconneux de Noël où je retrouve dans des rues désertes et pacifiques le calme et la sérénité d'églises joyeuses.

Prairie humide et givrée où traîne un coquelicot solitaire, faisant d'un champ le drapeau du pays du soleil levant.

Blanc
Comme les cheveux de ma grand-mère maternelle, ramassés en chignon, telle une décoration de Noël parfumée d'amour et de lavande.
Douceur du sucre, crémeuse, onctueuse.
Attrait du sel acheminé par des étiers serpentant les marées.


Blanc
Comme le fondant d'une mie de pain, le pain, celui de mon enfance
Je me souviens...
De cette odeur, de cette saveur et ces nuances ambrées
Mes frères et moi, nous allions jouer, nous cacher, dans les champs de blé doré.
On trébuchait, on s'y roulait, massacrant le précieux épi.
Cela n'amusait guère notre grand-père.
"Le blé, c'est la vie, le pain de chaque jour, de chaque bouche."
Toute une vie...
Enfant, il est encore trop chaud, moelleux comme une brioche, appétissant comme un gâteau.
Adulte, il est robuste mais la lame y trace sans peine des sillons de vie, de partage.
Âgé, il est coriace et tenace mais sait s'assouplir dans le lait du soir.
La pain de chaque jour, le pain de toute une vie...


Blanc
Comme les lilas de mai qui reviennent parfumer, en souvenirs fidèles, les amours de printemps.
Comme l'amaryllis , libre et sauvage, que caressent fièrement les vents de l’île de Madère.

Blanc
Comme une pause musicale, silence nourri de l'avant , prometteur de l'après, respiration d'émotion.
Comme une page qui me fait les blancs doux , rêvant d'être noircie
Comme le visage du mime Marceau, Pierrot blafard à la bouche rouge sang et au geste aérien et délicat.
Comme la canne de ce petit bonhomme vêtu de noir, à la moustache timide, et qui a secoué de rire et d'émotion les écrans des jeudis de mon enfance par ses mimiques touchantes ou hilarantes ou par l'infinie tendresse d'une rose blanche qu'il offrait en se trémoussant de gêne à sa belle.

Blanc
Mélange de toutes les couleurs, ami et frère du noir.

Blanc
Comme le sourire au bonheur éclatant et contagieux de ce petit brésilien jouant d'un rien, d'une pelote de chiffons et de papiers.
Comme le sourire de mes enfants, ravageant mon cœur.

Comme mon drapeau de reddition, immédiate et inconditionnelle, agitant sa blancheur comme un "je t'aime" pour toi et ta douceur, mon cœur...

samedi 2 mars 2019

Carmen

Je suis né sur une escale, celle d'un long périple familial, partant d'Espagne pour terminer sa course aux environs d'Aubagne.
Je suis un enfant du soleil, baladé de ciel bleu en ciel bleu, français, espagnol, provençal.
Ma famille a fui la guerre, la misère, mais jamais la chaleur, jamais le bonheur.
Du courage, il en a fallu à ma grand-mère pour quitter l'Andalousie et gagner l'Algérie.
Elle laissait derrière elle une terre aride, ingrate mais ô combien de souvenirs heureux, ceux d'une famille nombreuse, serrée autour d'une table en bois massif, où venaient circuler des plats de pommes de terre brûlantes, parfumées d'ail et d'amour, où se croisaient des rires complices d'enfants insouciants.

Un climat politique malsain et le deuil prématuré de mon grand-père, rongé par les vapeurs de soufre de la mine puis achevé par le franquisme, la décidèrent à partir seule, avec ses cinq enfants.
Ma grand-mère se prénommait Carmen, sa vie de bohème commençait...

Cette grand-mère, je l'ai toujours connue drapée de noir et, dans ma tête d'enfant, le noir est devenu le symbole de la vieillesse mais jamais celui de la tristesse.
Elle était toujours si gaie, si souriante, elle n'était que douceur et il me plaisait de l'imaginer comme un bonbon, comme ces berlingots multicolores qu'elle m'offrait, témoignages suaves du bonheur de vivre.

Et après lui avoir sauté au cou pour lui montrer ma reconnaissance, elle déposait sur ma joue, gonflée de gourmandise, un long et fort baiser dont je sens encore la pression aujourd'hui...

vendredi 1 mars 2019

De la tête à la lune


  • 1969, l'Homme marche sur la Lune
  • 2019, il marche sur la tête...




Il y avait du temps de grand-maman
Du silence à écouter
Des branches sur les arbres
Des feuilles sur les branches
Des oiseaux sur les feuilles et qui chantaient
Qui a tué grand-maman?
Est-ce le temps
Où les hommes qui n'ont plus l' temps
D' passer le temps?

Michel Polnareff  (Qui a tué grand-maman?)

jeudi 28 février 2019

Le Mas 2/...

En bout de table, les deux Lucien affichaient leurs similitudes: duvet fin et clairsemé sur le crâne,  vision imparfaite, difficultés de motricité, sourire édenté, incapacité  à retenir par moments un mince filet de salive et tendance à l'endormissement.
Cependant, ce qui était symptôme chez l'un était développement chez l'autre, le premier perdait ce qui ne faisait que croître chez l'autre ou vice versa.
Le petit Lulu, perché sur sa chaise haute, dévisageait le patriarche, pépé Luciano, qui paraissait subjugué par ces deux yeux, ronds, bleus, immenses et curieux qui le fixaient.
Pépé Luz enfermait dans sa main rugueuse, creusée par 94 années de préhension, la menotte douce et potelée, en phase d'apprentissage depuis six mois, de son arrière-petit-fils qui, de sa main libre, éprouvait la résistance à la traction de la barbe blanche du vieillard.
Ce duo s'isola dans une bulle de  tendre complicité, babils et grommellements s'interrompant lors des lentes prises alimentaires, liquides,  pour cesser totalement lorsque la confrontation,  s'essoufflant, des souvenirs et de la découverte autorisa une somnolence commune et légitime.
Le jeune et fringant épagneul breton jugea indigne ce comportement et entreprit d'y remédier en s'approchant des deux rêveurs,  aux bouches entrouvertes, à la respiration suggérant un faible sifflement pour l'un, le soufflet d'une forge pour l'autre, et en émettant un seul aboiement, soigneusement préparé, prémédité, dont la violence fit sursauter le bébé qui se redressa brusquement et  adressa un jet de lait caillé, puissant comme une éruption de geyser, dont la précision involontaire stupéfia et surprit tout le monde, plus particulièrement la victime, la cible du hasard, pépé Luz, pétrifié comme le furent les habitants de Pompei pris de court par l'éruption volcanique.
Le pauvre bougre, déjà  de méchante humeur pour avoir été prématurément chassé du monde du sommeil, devait maintenant abréger au plus vite la gêne qu'occasionnaient les effluves de cette digestion incomplète, éparpillée sur sa tenue du dimanche, et la honte publique d'avoir été  injustement choisi par un destin moqueur, irrespectueux.
La maman de Lulu s'efforçait de réparer les dégâts occasionnés par cette giclée redoutable qui avait dessiné sur le ciel de la belle chemise bleue  du papy, toute neuve, des nuages lactés et grumeleux.
Le fou rire général anéantit le patriarche qui se leva, assez curieusement, d'un bond et se vengea sur la maîtresse de maison en retrouvant l'éloquence  de sa jeunesse
"Dis-moi plutôt où se trouve la salle de bains et occupe-toi de ton sale moutard qui gerbe !"
Cette réplique n'affaiblit pas, au contraire, l'allégresse générale et même le petit Lulu, un temps apeuré par le réveil canin suivi  de cette régurgitation irrésistible et quelque peu étouffante , s'amusait maintenant et souriait aux gesticulations colériques de son compagnon de beuverie.

A suivre