dimanche 30 avril 2023

Photographes de rues - Eugène Atget / Vivian Maier

Eugène Atget (1857-1927)


Photographe "documentaire", reporter de rue.
Ses photos nous permettent de connaitre un Paris vieux de plus de cent ans, assez proche finalement de celui d'aujourd'hui.

 

Place de la Bastille - Avril 1912


Le 17 avril 1912, près de deux millions de Parisiens ont admiré le spectacle rare d'une éclipse de soleil en «collier de diamant». Cet événement était tellement important à l'époque que son annonce avait occupé la une du Figaro, repoussant le naufrage du Titanic en bas de page !
Pour information, les relevés de températures à Paris-Montsouris mentionnent, pour cette journée, des températures minima-maxima  de 3°c-18°c.

Sur cette place emblématique de la Révolution française, qui mit fin au règne des descendants du Roi Soleil, la révolution apparente de notre étoile parait connaitre un évènement tragique, sa lumière est  momentanément décapitée.
Les Hommes sont étranges. (et je suis un  Homme)
Qui, dans cette foule, observe avec autant d'attention le lever ou le coucher quotidien du soleil ?
La rareté d'un évènement est-elle plus importante, à nos yeux (cette expression prenant tout son sens ici), que le spectacle qui se répète ?
J'interprète cet intérêt comme un mélange de fascination pour la précision des phénomènes annoncés par les scientifiques (engouement entretenu par les médias) et un résidu de mémoire ancestrale, de peur ancestrale, face aux facéties inexpliquées et angoissantes de l'astre solaire.
Autant que je puisse en juger, les protections recommandées pour observer l'éclipse sont sagement adoptées.
Lors de l'éclipse totale d’août 1999, sur un dessin de presse une vieille dame hurlait à son petit-fils qui se tenait à ses côtés:  "Mets tes lunettes !". Le dessin était légendé  "Rémi, 4 ans, ne sera pas aveugle grâce à sa grand-mère, à qui il doit cependant une surdité partielle désormais" :-)


Le majestueux bâtiment de style haussmannien" Aux phares de la Bastille" était un grand magasin parisien d'habillement qui fermera définitivement ses portes au début de la 1ère guerre mondiale. 

 De jeunes soldats seront bientôt aveuglés, meurtris, sur des champs de bataille, par des éclairs, des lumières n'ayant rien de commun avec des phénomènes naturels.
Ceci dit, l'Histoire nous apprend que même des soldats ont déposé leurs armes pour observer une éclipse totale.
Le nom du magasin fait référence aux quatre clochetons, disposés aux angles, qui abritent des phares s'illuminant le soir.
Une annexe de la Banque de France occupe, de nos jours, une partie des locaux.

J'ai aimé Paris en partie grâce à ses imposants bâtiments sculptés, ses monuments, ces grandes et larges avenues qui me donnaient l'impression de déambuler dans une œuvre d'art.


Paris - Place St Médard (1898)


Près de la vieille église St Médard et de la rue Mouffetard (la "Moufle"), les nombreux  et variés commerces de ce quartier, animé et pavé, attirent une population parisienne qui comptait 600000 âmes de plus qu'actuellement.
Les grands panneaux publicitaires ne datent pas d'hier :-)

 

Vivian Maier (1926-2009)

Son père était américain, sa mère française.
Artiste photographique prolifique, Vivian Maier n'a jamais publié sa production.
La "nounou au Rolleiflex" aimait photographier les gens qu'elle rencontrait et les scènes de vie du quotidien.
Sa célébrité, posthume, est née des efforts de collectionneurs américains ayant rendu publics ses dizaines de milliers de clichés (parfois pas encore développés)

 

Photo prise dans le Champsaur (Hautes Alpes), région où elle vécut, un temps, avec sa mère

Certaines photos, certains regards, certains chagrins nous émeuvent au-delà de l'émotion première, "raisonnable", que l'on devrait ressentir.
C'est le cas, en ce qui me concerne, avec cette photo.
Le chagrin de cette petite fille larmoyante s'explique peut-être par un simple caprice d'enfant, cette idée est balayée par mon esprit.
Un adulte ne peut comprendre, parfois, ces pleurs  que s'il accepte  (et s'il le peut !) de plonger dans le monde, très différent, de l'enfance.
Il serait plus juste de dire appréhender, approcher, que comprendre.
Leurs échelles de peines et leurs causes n'ont rien de commun avec celles que nous, adultes, avons bâties au fil du temps.
J'ai vu des images plus "fortes" d'enfants rudoyés, humiliés, mutilés, sans vie.
Ce sont des images "choc", l'uppercut est violent et immédiat, nous laisse groggy.
Ce sont des images "animales".
Sur cette photo de Vivian Maier, l'émotion qui me serre le cœur, au premier regard, grandit, s'infiltre dans mon esprit, dans ma mémoire, dans mon cœur, se nourrit de mes terreurs passées, de mes pleurs rapides et consécutifs à une douleur physique ou  inattendus, pendant ces moments de répit où l'esprit profite d'une accalmie pour déverser le trop plein de douleur psychique, de chagrin qui serre la poitrine, embrume le raisonnement, anéantit le désir de grandir.
Le visage de cette petite fille se mêle au mien, enfant
.
Sa détresse est également la mienne et celle de tous les enfants qui souffrent.

vendredi 28 avril 2023

Le voleur 1/

Si j'en crois ma mère, tout commença peu après ma naissance.
Alors qu'elle prenait une douche, sa voisine de chambre, une brave dame aux mamelles généreuses et débordant du précieux breuvage lacté, décida de mettre fin à mes pleurs en me donnant son sein droit, l'autre étant déjà aspiré par un beau bébé joufflu qui portait au poignet un bracelet rose.
Ma mère, qui n'avait pas de lait à m'offrir, sans doute vexée, reporta sa colère sur moi, m'arracha avec difficulté au sein nourricier et s'adressa à la brave donatrice, avec un sourire forcé,  "A peine né  et déjà voleur !"
Après m'être débarrassé du surplus en faisant de jolies bulles, j'avais exprimé mon mécontentement et ma frustration par des cris dont la puissance sonore paraissait incompatible avec mes faibles dimensions.
Ma génitrice, tout en sachant que cette nouvelle tentative serait vaine, me donna alors le sein que je tétais avec autant de résultat que si je m'étais épuisé à tirer sur une tétine  de biberon non percée.
Et elle ajoutait "Voilà ton lait, petit voleur !"
Mon père était transporteur routier pour l'international.
Il était, par conséquent, très souvent absent; en grandissant, j'ai vite compris qu'il écourtait volontiers ses séjours au domicile, Sweet Home ne devait pas être si sweet, comparé à la tranquillité de la cabine, coquettement aménagée, de son poids lourd flambant neuf.
Ma mère n'évoquait jamais le sujet mais je savais qu'elle souffrait de cette situation et du comportement fuyard de son mari.
Parfois, mon père faisait une halte au domicile pour me faire cadeau du court trajet vers le dépôt.
Un coup de klaxon tonitruant et profond comme une sirène de bateau accompagnait notre départ. Assis à ses côtés, sur une pile de coussins arrachés à leur mère, une banquette-lit, je redécouvrais les rues de mon quartier, agrandies et embellies par la hauteur de vue.
Des pin-up  punaisées, légèrement vêtues, et de la country music ou du rock, que crachaient de puissantes enceintes, symbolisaient, dans mon jeune esprit , le bonheur américain, le bonheur tout court.
Au plaisir de la conduite, s'ajoutaient  ceux des sens.
Des signaux lumineux et sonores, dans l'habitacle et à l'extérieur, contestaient le pouvoir de séduction de la musique émise par le radio-K7.
Le camion sentait le neuf,  j'adorais l'alliance entre matériaux anciens et modernes; cuir et bois se joignaient au plastique et au métal pour proposer un parfum unique et inoubliable.
Ma mère ne nous accompagnait jamais.
A ses yeux, le camion, cet "engin" (elle le nommait ainsi) n'était qu'un outil de travail et les aménagements intérieurs, luxueuse banquette-lit en cabine, sono, décorations étaient , au mieux
superflus, au pire un signe de dépravation, de décadence, de luxure.
Je n'ai jamais compris ni su comment ce couple parental, improbable, avait pu se former et quelles étaient les circonstances de leur rencontre.
J'étais assez inquiet sur l'avenir de notre famille et il m'arriva de rejoindre la chambre de mes parents après avoir entendu des râles inquiétants, angoisse vite dissipée par les mots rassurants d'un homme qui se trouvait être mon père.
J'avais reconnu sa voix mais son visage ruisselant, presque grimaçant et son corps musclé et nu (il ne faisait pourtant pas si chaud !) ne m'étaient pas familiers.
Entre deux missions de transport, les séjours au domicile de mon père s'écourtaient au fil des ans et l'ambiance du foyer devenait pesante.
Les disputes de mes parents n'étaient pas conventionnelles, jamais un mot plus haut que l'autre, pas le moindre geste menaçant.
Le ton et l'attitude auraient pu être ceux d'une banale conversation mais les termes utilisés, dont je pressentais, sans en comprendre le sens, la portée, étaient des flèches empoisonnées.
- Tu vas repartir bientôt, n'est-ce pas ? rejoindre une de tes trainées, à l'étranger. Queutard !
    - Frigide !
- La faute à qui ?
    -  Certainement pas la mienne, tu es une exception.
- Que m'est-il passé par la tête le jour où j'ai accepté de t'épouser ?!
    -  Je te rappelle que c'est toi qui me harcelais pour officialiser notre union.
Les mêmes phrases, avec des variantes de formulation, étaient répétées lors de leurs querelles qui s'interrompaient à mon arrivée pour céder la place à des banalités de diversion, prononcées sur le même ton, et censées donner l'illusion d'un couple uni, solide.
Les absences de mon père devenaient de plus en plus fréquentes, de plus en plus longues, jusqu'au jour où il ne revint plus.
Il expliquait dans une lettre les raisons de son abandon, avaient pris des dispositions pour assurer, à minima, une aide financière régulière pour ma mère et moi.
Il vivait désormais en Lituanie, comptait se remarier et fonder une nouvelle famille.
Trois ans plus tard, le jour de mes huit ans, après m'avoir souhaité, de façon très détachée, mon anniversaire, ma mère me lut, avec calme, une lettre de mon père
«../j'aimerais faire découvrir la Lituanie à mon fiston et qu'il fasse la connaissance de sa demi-sœur, Karolina. Val pourrait accompagner un de mes anciens collègues qui doit se rendre à Vilnius au mois d’août...»

Ensuite, ma mère me montra une photo, jointe au courrier.
Mon père, souriant, se tenait à côté d'une robuste paysanne et une ravissante petite fille, blonde comme les blés que l'on apercevait en arrière-plan, lui tenait la main.
- Maintenant que j'ai lu la lettre de ton père et que tu as pu t'apercevoir de sa folie, comment désigner autrement l’indélicatesse de nous envoyer une photo, où il s'affiche auprès de sa nouvelle famille, et comment pourrait-il justifier de m'avoir quittée pour une pareille vache laitière ? (on devinait aisément la taille des mamelles de ma "belle-mère" malgré une tenue plutôt informe et je pensais que la petite Karolina avait dû se régaler bien plus longtemps que moi et mon unique repas au sein , écourté et "volé" ), maintenant que c'est fait, écoute moi attentivement, Valentik.
«Je déchire la lettre et la photo,  jamais je ne te laisserai rejoindre ton père,
tu m'entends ? Oublie-le , il n'existe plus.
Je ne veux plus en entendre parler, je ne t'en parlerai jamais, refoule toute idée saugrenue de m'en parler, je n'aime pas que l'on parle des morts.
Ses prochains courriers iront directement à la poubelle, compris ?»
Oui, je comprenais...
Je comprenais que la "folie" ne se logeait pas là ou ma mère la situait.
Lorsque je lui avais demandé pourquoi elle m'avait baptisé "Valentik", prénom que je détestais, elle m'avait expliqué que c'était le prénom de son grand-père paternel.
- Ah ! Tu l'aimais bien ?
    - Penses-tu ! C'était un fainéant, un bon à rien, un vaurien !
-  Hein ? mais pourquoi alors...
    - Tu es encore trop petit pour comprendre...
L'arrogance des adultes m'a toujours sidéré, autant que leur naïveté.
Penser éluder une question d'enfant par une telle pirouette est non seulement lâche  mais également stupide.
Ne t'inquiète pas , maman.
J'ai très bien compris. Je ne suis pas un enfant désiré et tu me détestais avant même que je naisse, mon prénom fut choisi en conséquence. Crois-tu que je ne t'entends pas parler de moi à tes amies en m'appelant 3V et leur expliquer la signification de ce sobriquet "Valentik, vaurien, voleur"  ? Non, bien sûr, tu fais tout pour que je t'entende, pour me peiner, me faire souffrir...

Dances from the world

En ce jour de pluie (chez moi), petit montage solaire de joie et d'énergie musicales, de vie en mouvement, de quoi dérouiller les membres ankylosés et les humeurs maussades.


lundi 24 avril 2023

Les Oscars

L'International Academy of Motion Picture Arts and Sciences ou AMPAS est fondée à l'Ambassador Hotel de Los Angeles le 11 janvier 1927.
Comptant à l'origine 36 membres, elle tient un banquet officiel au Biltmore Hotel le 11 mai de la même année, et recrute 230 nouveaux membres du milieu du cinéma (avec un coût d'entrée de $100).
L'Académie (d'où les Academy Awards) est ainsi fondée, sa création coïncidant peu ou prou avec l'arrivée du cinéma parlant.


La première cérémonie de remise de prix s'est déroulée le 16 mai 1929 au Hollywood Roosevelt Hotel à Los Angeles. Elle a honoré les meilleurs films d'août 1927 à juillet 1928.
Le coût d'entrée du banquet privé est fixé à $5, et plus de 270 personnes y assistent. Il n'y a toutefois que peu de suspense, puisque les gagnants ont été annoncés trois mois plus tôt.
Ce n'est en effet qu'en 1942 que le résultat du vote secret de l'Académie a été dévoilé pour la première fois le jour de la cérémonie, comme c'est le cas aujourd'hui.
La première cérémonie de remise de prix n'aura duré que cinq minutes, et l'hôte de la soirée est nul autre que Douglas Fairbanks, le président de l'AMPAS. Il s'agit de la seule cérémonie qui ne sera pas diffusée ni à la radio ni à la télévision.

La statuette bien connue aujourd'hui, l'Oscar, a été conçue par Cedric Gibbons, directeur artistique de la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), sous commande de Louis B. Mayer (fondateur de la Louis B. Mayer Pictures Corporation, aujourd'hui fusionnée dans la MGM). C'est toutefois le sculpteur George Stanley qui a réalisé les statuettes en se basant sur les plans de Gibbons, tâche pour laquelle il a été payé $500.
C'est à Mayer que revient en fait l'initiative d'une telle cérémonie, avec laquelle il voulait unir les cinq branches de l'industrie cinématographique : les acteurs, les réalisateurs, les producteurs, les techniciens et les scénaristes.
Toutefois, le terme "Oscar" ne sera pas employé avant 1939, et l'origine de son nom est assez mystérieuse, plusieurs personnalités s'étant attribués, sans preuve, sa paternité.
Les histoires romancées et surprenantes, censées expliquer la genèse du mot "Oscar", pourraient servir de base à l'écriture d'une nouvelle.
La première édition des Oscars comportait 12 catégories, dont les nommés (l'appellation "mention honorable" était plutôt utilisée à l'époque) ont été annoncés en février 1928. En août de la même année, Mayer a contacté l'Academy Central Board of Judges pour voter les gagnants.
Toutefois, seuls les membres fondateurs de l'AMPAS (Fairbanks, Mayer, Sid Grauman, Mary Pickford et Joseph Schenck) ont pu se prononcer sur le récipiendaire de l'Oscar du meilleur film, ou plutôt des meilleurs films, puisque cette première édition est la seule à avoir sacré deux films (dans les catégories Most Outstanding Motion Picture Production et Most Unique, Artistic, Worthy and Original Production).

Pour chacune des catégories, seulement un gagnant et deux finalistes ont été annoncés. Il s'agit également de la seule édition qui pouvait récompenser un artiste pour son travail dans plus d'un film. Ainsi, par exemple, Emil Jannings a remporté l'Oscar du meilleur acteur pour ses rôles dans The Last Command et The Way of All Flesh. À l'opposé, George Marion, Jr. a été sélectionné dans la catégorie "Meilleurs intertitres" sans associer son travail à un film en particulier.
C'est sans grande surprise que les plus gros studios de l'époque (Fox, MGM, Paramount, Radio-Keith-Orpheum (RKO) et Warner Bros.) ont reçu la majorité des nominations et des prix. Il en sera de même pendant plusieurs années, avant que les cinémas, i
nternational et indépendant, puissent effectuer une percée au sein de l'Académie.

Les cérémonies de remise des Oscars, outre proposer un panorama des films sortis l'année précédente, sont également appréciées pour le soin apporté aux textes, plein d'esprit, du maître de cérémonie ou de ceux/celles qui remettent les prix et l'humour ou l'émotion qui se dégage du discours ou de l'attitude du lauréat.
Petite précision: les discours des lauréats ne doivent pas durer plus d'une minute, sinon une troupe de musiciens vient étouffer le fin de leurs remerciements par une musique tonitruante  :-)
Voici un montage de quelques moments ayant marqué les cérémonies des Oscars.

Moments plaisants, émouvants, surprenants, etc  des cérémonies des Oscars

Lors de la dernière cérémonie, de jolis moments d'émotion.
Montage à partir d'une vidéo Canal +,  que j'ai enrichie, entre autres,  par des extraits de la cérémonie de 1961.
On reste dans la dynamique et l'état d'esprit des shows à  l'américaine.

La 95ème cérémonie des Oscars - 2023 (meilleurs moments)

 


Montage vidéo, en deux parties, des récompenses (illustrées par des extraits) de cette 95ème édition.
Outre les films "The Whale" Et "Women Talking" , déjà détaillés dans d'autres billets, j'ai vu

  Films primés - 95ème cérémonie des Oscars - 2023 1/2

 


 

  Films primés - 95ème cérémonie des Oscars - 2023 2/2




Ajout des bandes-annonces de deux films, que j'ai vus et appréciés, nommés

  Vivre

 

 

 The Banshees of Inisherin: Un film irlandais , un conte à la fois tragique, drôle et bouleversant, sublimé par l'interprétation  magistrale du duo Colin Farrell (primé à Venise) et Brendan Gleeson. Inclassable et inoubliable.

  The Banshees of Inisherin

 
 
Ajout de la scène du début (4 mn) du film "RRR", où la petite fille est enlevée à ses parents. Attention (selon votre degré de sensibilité), la fin de l'extrait est violente (comme l'attitude en général des Britanniques dans ce film).
L'extrait débute par un chant ravissant, trop...la petite chanteuse devient un trophée pour la (détestable) femme du gouverneur .
 
RRR
 

 
 
 
Everything Everywhere All at Once



 

mercredi 19 avril 2023

La maison bleue ,verte ,bleue

 La contre-culture Hippie (ou Flower-Power)

En mai 1967, Scott McKenzie chantait San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair)

If you're going to San Francisco
Si vous allez à San Francisco
Be sure to wear some flowers in your hair
Assurez-vous d'avoir quelques fleurs dans vos cheveux
If you're going to San Francisco
Si vous allez à San Francisco
Summertime will be a love-in there.
L'été y sera celui de l'amour.

Les paroles de la version chantée par Johnny Halliday, la même année, devinrent
Si vous allez à San Francisco
Vous y verrez des gens que j'aime bien
Tous les hippies de San Francisco
Vous donneront tout ce qu'ils ont pour rien

Il existe une version chinoise, parue en 1968, qui démontre que la Chine possédait des armes non conventionnelles pour contrer l'impérialisme américain et sa dangereuse et débridée jeunesse. L'interprétation, aussi bien instrumentale que vocale, est un véritable massacre.
Le lien, pour le fun (aucune plainte pour écoute forcée ne sera acceptée...)



La chanson  originale, écrite par John Phillips, membre de The Mamas & the Papas, était destinée initialement à  promouvoir le Festival international de musique pop de Monterey.
Elle connut un succès foudroyant, et pas seulement aux USA.
Elle devint l'icône musicale du "Summer of Love" et du mouvement hippie, dont l'épicentre se trouvait dans le quartier de Haight-Ashbury, à San Francisco.

Les Beatles , le 25 juin 1967,  avec leur chanson All You Need Is Love,  qui mettait l'accent sur les idéaux d'amour, de paix et d'unité véhiculés par la contre-culture, contribuèrent également à enrichir la mémoire musicale de cet "Été de l'Amour".
Entre 150 et 200 000 jeunes , originaires du monde entier, ont convergé vers le quartier d'Haight-Ashbury, à San Francisco, à Berkeley, et dans d'autres villes de la région de San Francisco, pour participer à une version populaire de l'expérience hippie.
Dans le Golden Gate Park, la nourriture était gratuite, ainsi que les drogues et l'amour libre. Un hôpital gratuit (toujours en fonction) a été installé pour les besoins médicaux, et un magasin gratuit offrait les nécessités de base à ceux qui en avaient besoin.

Le Summer of Love a attiré diverses catégories sociales : des adolescents et des étudiants attirés par leurs pairs et séduits à l'idée de rejoindre une expérience utopique, des classes moyennes en vacances qui venaient en touristes, et même des militaires venant des casernes alentour pour y faire la fête
 L'afflux massif de nouveaux arrivants commença à poser des problèmes. Le quartier ne pouvait loger tant de monde et les lieux se détérioraient rapidement. Le quartier souffrait de surpopulation, de problèmes de logement, de nourriture, de drogues et de hausse de la criminalité. Nombreux sont ceux qui ont simplement jeté l'éponge et sont retournés à leurs études. De plus, les habitants ne semblaient pas très enthousiastes à l'idée de vivre en permanence avec des jeunes et dans le bruit, ils décidèrent donc de quitter ce quartier hippie devenu le symbole d'une jeunesse qui se voulait libre.
L'essor des communautés hippies, leur consommation de drogues, et l'attrait qu'elles exercent sur les mineurs en fugue finit par inquiéter les autorités californiennes.
La Californie ne tarda pas à  interdire l'usage du LSD  et fut rapidement suivie par le reste du pays. L'image populaire du LSD change et devient celle d'un produit dangereux

Mais quand les dernières recrues, les Flower Children (Enfants-fleurs, ou Enfants aux fleurs), retournèrent chez eux, ils y apportèrent de nouvelles idées, de nouveaux idéaux, de nouveaux modes de vie, une nouvelle mode dans la plupart des grandes villes des États-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne, d'Europe occidentale, d'Australie, de Nouvelle-Zélande et du Japon.
Les années suivantes virent l'évolution du mode de vie hippie et de ses idées contestataires déclencher des mouvements de révolte, comme celui des "Provos" à Amsterdam et des évènements de mai 1968, à Paris.
En 1969, le festival de Woodstock  et celui de Wight (dont Michel Delpech s'inspira pour sa jolie chanson "Wight is Wight") furent les derniers rassemblements marquants de la communauté hippie.

Après avoir adopté un certain style de vie hippie en 1967, Charles Manson et sa « famille » se livrent le 9 août 1969 à un massacre dans une villa de Los Angeles, dont l'assassinat de  l'actrice Sharon Tate.
Cela, et d'autres assassinats similaires porte un coup fatal à l'image. « Peace and Love » du mouvement.
L'Amérique est choquée et une bonne partie des jeunes hippies eux-mêmes commencent à prendre leurs distances, sans pour autant que le mouvement disparaisse tout à fait.
Le passage aux « drogues dures » et la mort de Jimi Hendrix, de Janis Joplin, puis de Jim Morrison, à la suite d'abus d'alcool, de médicaments ou par overdose, contribuent grandement à l'impression de chute. Neil Young écrit The Needle and the Damage Done (L'Aiguille et les dommages causés) pour évoquer, tardivement, le problème.
Avec la fin de la guerre du Viêt Nam en 1975, les médias perdent leur intérêt pour les hippies,  désignés en France par le terme de « baba cool »

La Maison bleue, adossée à la colline

En juillet 1971, quand Catherine Le Forestier remporte le Grand Prix du festival de Spa, son frère Maxime l’accompagne à la guitare.
Avec les 10000 francs de récompense, ils partent pour San Francisco: Luc Alexandre leur a dit que cette ville était faite pour eux. Dans les coulisses du festival, les Le Forestier s’étaient liés d’amitié avec ce comédien belge, «jeune homo flamboyant, chevelu et barbu», racontera le chanteur dans son autobiographie.
A San Francisco, Maxime Le Forestier espère aussi retrouver Joan Baez, rencontrée quelques mois plus tôt. Venu la chercher à Orly, il a découvert la chanteuse en pleurs: sa guitare, une Martin de 1880, avait été abîmée pendant le vol.
Maxime Le Forestier lui présente un luthier, qui répare l’instrument et refuse de se faire payer. En remerciement, Joan Baez commande sans rien dire une guitare pour Le Forestier.
Le reste de l’argent avancé par la chanteuse lui est remis en même temps que l’instrument. Il espère le lui rendre, mais ne parviendra pas à la joindre à San Francisco.

Maxime Le Forestier et sa sœur Catherine séjourneront un mois ou deux (selon les sources) dans une communauté qui habite une maison bleue sur les hauteurs de la ville , qui demeure un eldorado pour  les hippies du monde entier.

 

La communauté, baptisée par elle-même "Hunga Dunga"
Nom farfelu et à la sonorité joyeuse, emprunté à un film des Marx Brothers
"Animals Crackers"

 

Maxime Le Forestier ne parle pas anglais, ne comprend pas tout ce qui se passe.
Affalé dans son fauteuil, il parait absent, prend des notes, n’adhère pas totalement au mouvement hippie, dont le «côté sectaire» lui est pénible.
Mais il s’amuse de rencontres étranges, comme celle du poète Allen Ginsberg jouant du violoncelle déguisé en femme.
De retour en France, Maxime Le Forestier reçoit des lettres et des dessins de la communauté. Limité par son mauvais anglais, il remercie ses hôtes à sa manière: il écrit une chanson, la met sur bande et la leur envoie. Elle commence par ces mots: «C’est une maison bleue, adossée à la colline…» Il n’enregistrera la chanson "San Francisco" en studio que l’année suivante.

«Lizzard et Luc… Psylvia»
Les futurs personnages de la chanson sont là: Tom à la guitare, Phil à la kéna, Lizzard (surnommé ainsi, Lézard, en raison d’une maladie de peau), Luc, bien sûr, et Psylvia, enfin presque, en réalité, la jeune femme au nom étrange est en voyage cet été-là.
En riant, elle expliquera que Maxime Le Forestier l’a placée dans son refrain juste pour la sonorité, parce qu’elle avait ajouté ce P devant son prénom.
Le chanteur, lui, estime que, même absente, elle régnait sur ce petit monde où  il entendait souvent son prénom.

Ce n'est qu'en 2011 , 40 ans plus tard, que Maxime Le Forestier rencontrera
Psylvia Gurk-Tessler, qui ,à cette occasion, se confia .
« Je vivais ici avec des gens que j'aimais qui étaient ma famille. Quand Maxime nous a envoyé le 45 tours, on le mettait en boucle. J'étais très impressionnée que mon nom soit dans la chanson et je trouvais ça formidable... »
Psylvia est toujours résolument hippie, à la vie à la mort.
Après son passage très remarqué dans la maison bleue, elle a migré de communauté en communauté jusqu'au jour où, sur le tard, elle s'est mariée. Elle rit d'avoir été la première femme plombier des États-Unis.
Psylvia était accompagnée de sa fille, née dans la maison bleue en 1971 (elle avait donc 40 ans en 2011) . Elle reste le seul bébé de la communauté Hunga Dunga.
A sa naissance, les 17 locataires de la maison se sont réunis en assemblée extraordinaire pour décider du prénom de l'enfant, Lily.
 

L'après Maison bleue 

Catherine Le Forestier est restée marquée par ce séjour.
«Ma sœur était décidément plus hippie que moi, si je l’ai jamais été.»
Son prix à Spa lui offrait la possibilité de revenir au festival l’année suivante.
Partie en voyage, elle ne donne pas de nouvelles, alors que le concert approche.
Le jour dit, Maxime Le Forestier l’attend en coulisses, prêt à l’accompagner sur scène.
Mais elle ne vient pas… Il propose de la remplacer et donne son premier concert en solo.
Catherine est partie au Maroc, pour un séjour initialement prévu durer 7 jours.
Elle y reste 7 ans, elle prend le nom d'Aziza et refuse qu'on l'appelle Le Forestier.
La chanteuse de la bien connue "
Petite Fugue" (avec Maxime en deuxième voix) finira par revenir pour retrouver le chemin du succès.
Malgré un très bon accueil du public, Catherine a choisi de mettre sa carrière au second plan.
En 2009, on la redécouvre dans la mise en chansons de textes d'Aimé Césaire.
Catherine Le Forestier se retire du monde du spectacle en 2013.

En octobre 1972, Maxime Le Forestier, 23 ans, publie son premier album.
Sans titre (on le surnommera «le disque à la rose»), il contient San Francisco, Mon frère, Éducation sentimentale, La rouille, Comme un arbre, Parachutiste, Fontenay-aux-Roses, Ça sert à quoi… ,un bouquet d’incontournables.
Favorisé par ses premières parties de Brassens à Bobino, le succès quasi immédiat de ce 33 tours occulte le flop des deux 45 tours sortis quelques mois auparavant. «Nous en avons vendu à peu près 800 exemplaires», estime Maxime Le Forestier pour Mon frère et Éducation sentimentale. Même indifférence pour San Francisco et Ça sert à quoi.
Pour que ces titres se répandent, il faudra attendre l’album. Qui sera porté par le bouche-à-oreille et non par les radios: à l’époque, «on se gardait bien de diffuser les chansons contestataires d’un chanteur chevelu et barbu», relate-t-il dans le livre "Né quelque part" .
 

Que sont devenus Tom, Phil, Lizzard, Psylvia, Luc, ... ?

L'abus de drogues et l'arrivée du Sida décimèrent une partie de cette communauté.
Chuck est mort du sida, en 1986, tout comme son frère et Luc Alexandre qui, atteint par le virus en 1983, ironisait en informant Maxime Le Forestier de cette terrible nouvelle "
Le sida, il faut l’avoir maintenant parce que, dans deux ans, tout le monde l’aura."
Luc survécut dix ans à la maladie, Maxime a écrit "
Il disait qu’il fallait tout essayer, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il en est mort."
Tom (à la guitare) décéda suite à une overdose, la maladie dont souffrait Lizzard finit par le tuer.
Phil (à la kena) Polizatto est  écrivain, journaliste et vit à Seattle.
Il a écrit un livre, publié en 2018 en France aux éditions Les Arènes sous le titre  "C'est une maison bleue-Confessions d'un éternel hippie" pour rétablir une vérité qu'il estime déformée par les médias américains.
«Aux États-Unis, les émissions à la télé font des hippies une grosse blague, un truc de has been sales et glandeurs, alors j'ai voulu rétablir les faits»
La charmante Psylvia est une grand-mère toujours aussi "baba cool"  qui, sur une des 2 vidéos de sa chaine Youtube, explique le fonctionnement d'un spiraliseur.
Je suis presque certain qu'elle est vegan ou du moins végétarienne.

Et la maison bleue , alors?!


Pendant des décennies, quand on lui demandait où se trouve la maison bleue de sa chanson "San Francisco", Maxime Le Forestier répondait: «Elle est adossée à la colline…»
Pas par mauvaise volonté: il avait oublié. Les touristes la cherchaient du côté de Haight-Ashbury, où est né le mouvement hippie.
Des guides la situaient à Lombard Street, la célèbre rue en lacets. Il a fallu la persévérance d’un jeune journaliste français pour la retrouver, en 2010, à Castro. Sauf que la maison était verte…
Il n'est déjà pas facile de retrouver une maison bleue, adossée à la colline mais pas du tout isolée, dans cette grande ville mais si elle a été repeinte en vert, alors là...

Été 2010, Alexis Venifleis, jeune Français en stage au San Francisco Chronicle, se met en tête de la localiser. Ses collègues ne la connaissent pas. Il contacte Sophie Delassein.
La journaliste, qui vient de publier un article sur cette chanson dans Le Nouvel Observateur, s’adresse directement à Maxime Le Forestier. Il répète qu’il ne se souvient pas, mais accepte de fouiller dans ses anciens carnets et retrouve l’adresse: 3841, 18th Street.
Alexis Venifleis se rend sur place et découvre… une maison vert pâle.
Il rencontre les nouvelles propriétaires, un couple de jeunes femmes, avocates, qui vivent là avec leurs trois enfants, sept chiens et deux chats. Elles avaient vaguement entendu parler de la chanson, mais pensaient que c’était un argument du vendeur pour faire monter le prix.

Quand elle reçoit la photo de la maison verte, Sophie Delassein la montre à Maxime Le Forestier, qui rigole, essaie de voir si par hasard elle ne tirerait pas sur le bleu… L’idée naît alors, avec le label Polydor, de lui rendre sa couleur de 1971. Les propriétaires acceptent, le
fabricant de peinture Ressource – qui inclut désormais à son catalogue la couleur « maison bleue » sponsorise l’opération.
Maxime raconte « Nous avons vu éclore sur Internet un mouvement de gens qui souhaitaient que la maison soit repeinte en bleu. J’ai d’abord pensé qu’ils étaient dingues puis ils m'ont convaincu »
Le 20 juin 2011, le chanteur et quelques amis font donc le déplacement à San Francisco pour venir repeindre en bleu la fameuse maison.
 Une « cérémonie »,  organisée par le consulat français de San Francisco, prend des allures d'événement auquel France 3 participe avec un film, écrit par Brigitte Huault-Delannoy et Sophie Delassein.
Interrogé sur son état d'esprit à l'époque, Maxime dira : « Ça serait malhonnête de ma part de dire que j'ai été hippie. Non, j'étais chanteur, j'étais artiste, je voulais écrire des chansons et je voulais que les gens les connaissent, je voulais que les gens les entendent au moins. Donc, je n'avais pas ce côté désintéressé qu'on colle sur le monde hippie, je n'étais pas tellement contemplatif, j'étais plutôt actif... »
Joel Silvin, journaliste musical au San Francisco Chronicle, propose sa vision de l'époque
  « Je peux vous dire que la période durant laquelle Maxime est venu visiter San Francisco était magique, enchantée. C'était dans l'air, on le ressentait quand on marchait dans la rue... Il est venu vivre ici, boire ici, et ce qu'il a ressenti se retrouve à jamais dans la chanson. »

 2011,  de gauche à droite
Larry Prington (ex pensionnaire de la maison bleue), Psylvia, Maxime, ?, Phil




Une plaque est apposée sur la façade, l'année est erronée
1970 au lieu de 1971

La maison bleue a été vendue en 2020.
De style victorien, située sur la 18e, à côté du parc Mission Dolores, elle a été construite en 1886. D'une superficie de 237m2, elle est composée de 4 chambres et 2 salles de bain.
Elle avait été vendue en septembre 2007 au prix de 2 millions de dollars et était proposée cette fois-ci à 3,4 millions de dollars, soit un peu plus de 3 millions d'euros.
Une jolie plus-value pour les anciennes propriétaires.

Il faut dire que le quartier Castro a bien changé depuis 1971.
Au cœur du quartier gay, à la fois tranquille et branché, chic et décontracté, bobo, voici la maison bleue, au N°3841.
D’un luxe banal pour ce quartier résidentiel où un lounge propose le simple thé Earl grey à dix dollars. C’est une maison comme les autres, victorienne, effectivement adossée (mais pas isolée) à une colline. Et  de nouveau bleue, clairement, définitivement (on l'espère !)
Gageons que les nouveaux propriétaires de cette maison, désormais mythique, ne jetteront pas la clé.
La société de consommation, après quelques premières frayeurs, a su s'adapter très vite aux nouvelles "exigences, demandes, désirs" des mouvements de la Beat Génération, de la contre-culture hippie et de toutes les "évolutions" sociétales qui ont suivi.
L'argent reste le maître du monde, la révolution de l'amour ne fut qu'une libération sexuelle (pas partout et pas complètement), une libération de mœurs, une prise de conscience écologique qui sont loin d'affoler les marchés financiers.
La bonne recette, le juste équilibre, les priorités, les orientations que doivent prendre les luttes et les moyens pour y parvenir restent,  aujourd'hui pas moins
qu'hier, à être trouvés, explorés, clairement définis.

Petit montage vidéo

Solution du Quiz musical (cinéma)

Solution du quiz avec des extraits des films dont il fallait retrouver le titre




vendredi 14 avril 2023

Quiz musical - Cinéma (Solution Publiée)

Qu'elles soient œuvre de création ou emprunts à des musiques existantes, les BO (Bandes originales), l'abréviation étant OST (Original Soundtrack) pour les anglophones, représentent souvent un élément important au cinéma.
Il est quelquefois plus facile de fredonner un air dont on entend les premières notes que de retrouver le titre du film auquel il est associé.
Parfois, plusieurs morceaux musicaux peuvent servir de référence auditive pour un même film ou, inversement, une seule et même musique peut nous évoquer plusieurs films.
J'ai choisi, majoritairement, des extraits sonores que tout le monde (ou presque) connait.
Pour chaque titre de film à découvrir, une image sert d'indice complémentaire (voire indispensable dans un cas ou deux).
Il y a, dans ce quiz, un film très très connu, sa BO l'est très peu (elle est pourtant belle), l'indice imagé devient indispensable et , ici, il fournit la réponse attendue.
51 titres, pourquoi 51 ? aucun rapport avec une boisson anisée.
Il y avait au départ 50 titres.
Au dernier moment,  j'ai renoncé à éliminer une musique et un film que j’apprécie particulièrement.
De nos jours, des outils technologiques, à la portée de tous, permettent d'identifier aisément un morceau de musique mais cela fausserait l'esprit de c
e quiz musical  qui se veut ludique.
Ce n'est  pas une compétition, aucun prix n'est à gagner :-)
Un montage des 51 extraits de films, évoqués musicalement, sera publié ensuite.

Bonne écoute et bon visionnage !



Quiz musical - 51 titres



mercredi 12 avril 2023

L'évolution technique du cinéma

Les Précurseurs

La naissance du « phénakistiscope * » en 1832 serait à l’origine de l’apparition du cinéma, il se présentait sous la forme d’un disque rond en carton comportant des fentes  qui permettaient  d’enregistrer des images en mouvement.

En 1888, la première caméra voyait le jour grâce au messin Louis Aimée Augustin Le Prince (disparu mystérieusement).
On lui doit plusieurs films anciens, très courts.

* Il me semble que le cinéma  est à l'origine du plus grand nombre de mots, ayant un rapport avec lui, se terminant par "scope"  , à vérifier :-)

Louis Le Prince: Une scène au jardin de Roundhay (1888)

Deuxième film de l'inventeur (le premier n'ayant pas été retrouvé) tourné à Leeds, avec
une cadence de 12 images/seconde et composé de 20 images; il dure donc moins de 2 secondes.


Une invention, une découverte est rarement l’œuvre d'une seule personne.
Désir, besoin ou nécessité aiguisent les esprits.
Recherche collaborative ou solitaire, les pionniers inventeurs du cinéma furent nombreux.
Le britannique William Dickson fut le premier réalisateur et  acteur  de films de l'histoire, aidé par le génial Thomas Edison (qui est à l'origine du mot "film" appliqué au cinéma)
On lui doit le premier film sonore (enregistrement non inscrit sur la pellicule et non synchronisé), le Kinétoscope d'Edison était utilisé pour filmer.
On peut également créditer Dickson du premier film colorisé (post production avec des encres).

Le français Emile Raynaud , à l'aide d'un cylindre, est à l'origine du premier dessin animé de l'histoire "Pauvre Pierrot"  (1892)
Le Théâtre optique permet de projeter des images animées. Ce sont les premières projections sur grand écran du cinéma, avant celles des frères Lumière. Ce sont aussi les premiers dessins animés du cinéma. Émile Reynaud les appelle des « pantomimes lumineuses ». Le public assiste au déroulement d'une histoire complète, projetée par Reynaud en personne, sur un écran installé sur la scène du Cabinet fantastique du musée Grévin, plongé dans l'obscurité totale.

 

 Émile Reynaud projetant Pauvre Pierrot en 1892 dans son Théâtre optique
(gravure de Louis Poyet).


Le Théâtre optique ne fait pas partie du précinéma, dont chaque spectacle est cyclique et ne dure qu'une seconde, ou deux tout au plus, comme c'est le cas avec toute la série des praxinoscopes de Reynaud.
Les premiers « films » du cinéma, tournés en (1891) par William Kennedy Laurie Dickson  ne dépassent pas en durée 50 secondes et les futures vues photographiques animées de Louis Lumière (1895) seront tout aussi courtes.
Les pantomimes lumineuses, elles, durent 1 minute 30 pour les plus courtes, 5 minutes pour les plus longues. Comme l'entraînement du film le permet, la durée est doublée, voire triplée, par la possibilité qu'a le présentateur d'effectuer des ralentis, des accélérés, des marches arrière et des arrêts sur image, en fonction des réactions du public, un mélange de spectacle enregistré et de spectacle vivant.
À l'initiative du musée Grévin, Émile Reynaud rencontre le musicien Gaston Paulin, à qui il commande la composition des partitions originales de chaque pantomime lumineuse, de véritables et premières bandes originales du cinéma.

William Dickson: Expérimentation de film sonore (1894) et film colorisé
Émile Reynaud : "Pauvre Pierrot"  (1892)

 

Avant de clore ce rapide survol des précurseurs du 7ème art, j'ai tenu à rendre hommage à la remarquable (et méconnue) Alice Guy, française puis expatriée aux USA, secrétaire chez Gaumont avant de devenir la première réalisatrice de l'histoire du cinéma.
Bien avant Chaplin, elle fit de petites comédies mais également un "péplum"  sur l'histoire du Christ, des films historiques, des westerns, etc.
Elle  innova ou enrichit les techniques cinématographiques, cette féministe était tout simplement géniale.
Le montage ci-dessous, que j'ai commenté, fournit plus de détails.

Alice Guy, première réalisatrice de films du cinéma




 Le Cinéma Muet

Le cinéma muet, qui a vu véritablement le jour en 1895, grâce aux Frères Lumière a du trouver des solutions pour pallier son handicap.
Des cartons explicatifs apparaissaient, en cas de besoin,  pour détailler une situation ou transcrire un dialogue.
Pour mieux transmettre certaines émotions, le jeu des acteurs était parfois exagéré, les yeux roulaient, les scènes éplorées étaient très théâtrales, la gestuelle pas toujours naturelle. 

                                           Rudolph Valentino dans Le Cheik (1921)
                      Traduction (à l'aide du carton de dialogue)  "Comme vous êtes belle ! "

                Agnes Ayres, dans ce même film, "Je n'ai pas l'habitude d'obéir à des ordres"

                                         Valentino, autoritaire, "Vous n'avez pas le choix !"

David Wark Griffith,  donnera au gros plan ses premières lettres de noblesse en l’utilisant pour créer une atmosphère, définir un personnage, intensifier une situation.
En 1913 (Film Judith de Béthulie), il rompt avec le cadrage scénique (plan d'ensemble) en incorporant des gros plans dans le flux de l’action.
Eisenstein ira encore plus loin avec son célèbre cuirassé Potemkine (1925), usant et abusant de gros plans et de très gros plans, où un visage occupe toute l'image (voir ci-dessous)


Hollywood se servira de ces très gros plans pour fabriquer ses premières stars (Rudolf Valentino, Mary Pickford), en nourrissant la mémoire visuelle du spectateur.
On peut considérer que l'absence de dialogues sonores fut une aubaine, elle força les premiers réalisateurs à imaginer des gags visuels, des cascades époustouflantes, des plans impressionnants, comme celui où  Harold Lloyd (l'acteur le plus riche de cette époque) est suspendu à une horloge.

 Harold Lloyd - Monte là-dessus! ( Safety Last!) - 1923

Gags et cascades, extraits de films avec Buster Keaton
Nombre de ses idées seront reprises et modernisées.



La musique dans le cinéma muet

Les films étaient muets mais, pendant le spectacle, un pianiste était présent dans la salle. Installé dans le noir, le dos à l’écran, le pianiste jouait des airs familiers.
Les morceaux choisis n'étaient pas toujours adaptés au thème du film.
Dans les salles les moins glamour et lors des fêtes foraines, il n’y avait pas de musiciens.
En effet, ils ont cédé leur place aux phonographes.
L’avantage étant  que les chansons diffusées étaient en adéquation au thème du film.
Toutefois, le même morceau se répétait parfois à maintes reprises, ce qui agaçait les spectateurs.
Au début du 19e siècle, eut lieu un grand changement.
Dans les salles de cinéma les plus prestigieuses, un orchestre était présent.
Le chef sélectionnait soigneusement les morceaux à jouer parmi les répertoires des grands auteurs comme Bach, Debussy et Stravinsky.
La musique servait également ( surtout ?) à couvrir les bruits du projecteur et tous types de nuisances sonores extérieures aux salles pas ou mal insonorisées.

On comprit très vite l'intérêt, lors du tournage, de la présence de musiciens qui créaient l’atmosphère requise sur le plateau et servaient de source d’inspiration pour les acteurs et actrices.
Le piano et le violon étaient les instruments les plus utilisés.
Au fil du temps, des séquences musicales  apparurent dans le scénario des cinémas muets.

 

Le cinéma parle, chante, joue de la musique, fait des claquettes et cela fait grand bruit dans le monde entier


  •  1926

 En 1926, les quatre frères Warner décidèrent de tester leur procédé sonore, le vitaphone, dans le film Don Juan (Alan Crosland - 1926), considéré comme le premier film  sonore de l'histoire (par sa durée et du fait de la synchronisation)
La même année, le vitaphone fut utilisé pour des scènes chantées du film
"Une scène dans la plantation" (A Plantation Act -Philip Roscoe - 1926) et quelques phrases prononcées par l'acteur et chanteur Al Jolson.

Pendant tout le film, celui-ci  regarde en direction de la caméra (regard caméra), ce qui établit une connivence de base entre le chanteur et le public de cinéma, qui a ainsi la sensation d’assister à un spectacle vivant, alors qu’il est devant un spectacle enregistré bien auparavant. Mais la liaison affective avec les spectateurs provient de deux parties du film, au cours desquelles Al Jolson ne chante pas, mais s’adresse directement au public. Les deux fois, il commence avec une phrase qui restera sur les lèvres du public, à tel point qu’Al Jolson la reprendra plus tard dans Le Chanteur de jazz : « Wait a minute, wait a minute, you ain't heard nothin' yet! » (Attendez une minute… Ouvrez grand vos oreilles... Vous n’avez encore rien entendu!).
Ces éléments sonores contribuent à renforcer la relation entre le public et le spectacle
qui lui paraît être  joué spécialement pour lui.. 

  •  1927

C'est en 1927 que fut projeté le premier film parlant (la primauté fait débat), "Le chanteur de jazz" (The jazz singer - Alan Crosland),  qui comportait toutefois plus de scènes muettes que parlantes.

  •  1928

L'année suivante, Lights of New York (1928-Bryan Foy), produit par  Warner Bros. Picture, est le premier véritable film entièrement parlant de l'histoire du cinéma.

  • 1929

L'avènement du cinéma parlant en France.
Le premier film parlant de l'histoire du cinéma français sort à Paris. "Les trois masques", avec Marcel Vibert et Renée Heribel, est l'œuvre du réalisateur André Hugon. Il a été tourné à Londres en quinze jours
.


Premiers films sonores ou parlants

 
De 1926 à 1930,  Warner Bros eut un retour sur investissement très fructueux avec son procédé d'enregistrement sonore, le vitaphone, malgré des défauts liés à sa conception (une galette pour les images du film et un disque pour le son) et l'obligation d'assurer une projection à l'aide de plusieurs appareillages.
Comme les disques des phonographes du marché tournent à 78 tours par minute et durent de 4 à 6 minutes, pour obtenir la durée nécessaire de dix minutes, sans augmenter le diamètre des disques, ce qui les aurait fragilisés, la vitesse de rotation, à l’enregistrement comme à la lecture, est diminuée de 78 tours à 33 tours 1/3 par minute.
Une vitesse de rotation qui réapparaît plus tard dans le disque microsillon, ou disque vinyle.

Le procédé rencontrait les problèmes techniques habituels du couplage d'un appareil de projection avec un lecteur et il est très vite concurrencé par le procédé allemand Tobis Klangfilm et ses avatars américains qui enregistraient le son et les images sur une seule et même pellicule.
Des progrès techniques marquants du cinéma suivront (liste non exhaustive)
  • En 1932, la couleur  avec le  procédé Technicolor trichrome  dans le fil d’animation "Des arbres et des fleurs" (1932)
    Walt Disney utilisa cette technique dès son premier long métrage, "Blanche-Neige et les Sept Nains (1937)"
     La couleur enthousiasma immédiatement les spectateurs.
  •  En 1952, le cinéma en relief (système 3D)
  •  1972, le système Dolby arrive dans les salles
  •  2005, le cinéma numérique


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La vague sonore du cinéma parlant engloutit la plupart des acteurs stars du cinéma muet, à quelques exceptions près (comme Chaplin).
Les critères de sélection évoluaient, la qualité de la voix (élocution, timbre, etc) devenait un atout non négligeable et il fallait se débarrasser des attitudes, des poses affectées symptomatiques du cinéma muet.
Les dialogues prenaient toute leur importance et le son,  la musique étaient un complément non négligeable pour assurer des bruitages, créer une atmosphère joyeuse, romantique, drôle ou dramatique, angoissante.
Dans la vie de tous les jours, il est rare (à part certaines cérémonies) que nos évènements du quotidien soient accompagnés d'une petite musique.
Je n'ai pas souvenir, hélas,  d'une chute en vélo qui aurait été "amortie" par la douce musique que l'on entend dans "Les Choses de la Vie", lorsque le véhicule de Piccoli fait des tonneaux :-)
On peut donc considérer que tous ces passages musicaux dans les films sont des fictions et, par voie de conséquence, le film lui-même (au moins partiellement)

Dès 1935, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences (AMPAS) récompensait les bandes originales de 3 films.
De 1935 à 1938, les prix étaient décernés aux studios de production et non aux compositeurs.

  • Une nuit d'amour (One Night of Love)
    Columbia Pictures (Louis Silvers, directeur du département musique ; Gus Kahn et Victor Schertzinger, compositeurs

  • La Joyeuse Divorcée (The Gay Divorcee)
    RKO Pictures (Max Steiner, directeur du département musique ; Kenneth Webb et Samuel Hoffenstein, compositeurs)
  • La Patrouille perdue (The Lost Patrol)
    RKO Pictures (Max Steiner, directeur du département musique et compositeur)

 
La bande originale  d'un film est parfois si fortement associée à notre mémoire auditive qu'elle en devient alors sa signature sonore (certains dialogues peuvent également jouer le même rôle)
Le prochain quiz musical vous proposera de retrouver les titres de 51 films grâce à de courts extraits musicaux (et un indice imagé).