mardi 28 mars 2023

Kids in movies, les enfants au cinéma

Les  extraits sont plus longs que d'habitude et le contenu assez conséquent (même si je me suis limité, j'ai matière à faire deux fois plus de montages), ce qui explique les nombreuses vidéos illustrant ce billet. Vous pourrez, si vous le désirez bien sûr, les visionner à votre rythme.
Merci !

Ici, je ne parlerai pas d'enfants prodiges, même si certaines exceptions existent, mais plutôt d'enfants précoces, doués ou parachutés par le hasard (le hasard s'appelant parfois parents ou réalisateurs,etc)
Il y eut beaucoup d'appelés mais peu d'élus.
Contrairement à d'autres disciplines artistiques, en grandissant, en vieillissant, les rôles et le jeu d'acteur changent, inévitablement.
Et puis, pour certains enfants, ce ne fut qu'une expérience intéressante qu'ils ne cherchèrent pas nécessairement à prolonger.

Très tôt, dans les années 30, Les studios d'Hollywood ont compris le bénéfice qu'ils pouvaient tirer des jeunes enfants acteurs.
Baby Burlesks (Bébés burlesques) est le titre d'une série de huit films de fiction américains, produits par Jack Hays pour Educational Pictures  , sortis en 1932 et 1933.
Les huit films sont des satires sur des grands films, des stars de cinéma, des célébrités et des événements contemporains. Certains de ces films sont parfois racistes et sexistes. La distribution consiste en des enfants d'âge préscolaire, vêtus de costumes d'adultes mais avec cependant des couches attachées avec de grandes épingles de sûreté.
Beaucoup d'enfants-acteurs de la série ont été recrutés à l'école de danse de Meglin à Hollywood. Ces enfants, quand ils ne répétaient pas ou n'étaient pas en tournage de films, étaient envoyés par le studio afin de tourner des publicités pour une variété de produits, dont des céréales de petit déjeuner et des cigares.
La série est notable pour les premières apparitions à l'écran de Shirley Temple, alors âgée de trois ans. Dans son autobiographie de 1988, l'actrice décrit le Baby Burlesks comme « une exploitation cynique de notre enfance innocente » (a cynical exploitation of our childish innocence). Elle a également dit que ces films étaient « les meilleures choses que j'ai jamais faites », ce qui révèle un paradoxe que l'on retrouve dans plusieurs témoignages de ces enfants "stars".
Il reste que ces images, en faisant abstraction
des conditions pas toujours glorieuses de leur réalisation , de jeunes enfants "jouant" aux grands, sont souvent craquantes .
En 1934, le code Hayes (officiellement appelé Motion Picture Production Code en anglais)  régulera le contenu de la production des films en donnant des recommandations sur ce qu’il est convenable ou pas de montrer à l’écran. Appliqué de façon stricte de 1934 à 1952, puis de façon de moins en moins rigoriste jusqu’en 1966, ce texte fait suite à de nombreux scandales entachant l'image de Hollywood, dont l'affaire Roscoe Arbuckle (acteur et réalisateur du cinéma muet américain)

L'affaire Roscoe Arbuckle
Le 5 septembre 1921, durant une fête privée , l'actrice et modèle Virginia Rappe est prise de violentes douleurs abdominales. Un docteur est appelé et Virginia Rappe conduite dans une autre chambre de l'hôtel.
Quatre jours plus tard, le 9 septembre, Virginia Rappe meurt d'une péritonite due à une rupture de la vessie. Maude Delmont, qui l'accompagnait à la fête, se rend à la police pour déclarer que Virginia Rappe est morte après un viol perpétré par Roscoe Arbuckle.
Le 11 septembre, Roscoe Arbuckle est arrêté, accusé du viol et de l'homicide de l'actrice.

L'application stricte du code Hayes fut exigée par le pape Pie XI, les évêques américains fondent une Légion de la Décence qui va mener une virulente campagne, une de leurs cibles étant ces films avec de très jeunes enfants, ce ce qui ne manque pas de piment lorsque  l'on connait les nombreux scandales de pédophilie liés à l’Église.

Brigitte Fossey raconte les conditions du tournage de "Jeux interdits"
Le tournage de Jeux interdits s'est déroulé en deux temps. En effet, René Clément avait d'abord tourné le film comme un court-métrage. C'est sous les conseils de Jacques Tati que le réalisateur reprit le tournage six mois plus tard pour en faire un long-métrage. Une reprise qui nécessita des ajustements, surtout pour les enfants.
Dans un entretien en 2001, Brigitte Fossey se rappelle avoir d'abord été refusée par René Clément, qui la trouvait trop petite. Mais sa femme, Bella, l'a convaincu de faire un essai avec elle. Et c'est alors justement son insouciance, liée à son jeune âge (5 ans), qui a permis au réalisateur de mieux la diriger. Ce qui n'empêcha pas quelques difficultés pour tirer de l'enfant l'émotion désirée. Comme pour la dernière scène, lorsqu'elle est seule dans l'orphelinat.
Toujours dans cet entretien, Brigitte Fossey se rappelle :
C'était le dernier jour du tournage et j'étais très contente. Je devais partir en vacances de Pâques, on devait m'offrir une jolie bicyclette rouge.
Problème, la jeune fille est, à l'inverse, supposée être dévastée d'avoir été arrachée à son ami Michel. René Clément n'y est alors pas allé de main morte, quitte à risque de la traumatiser :
 Il a tout essayé. Il m'a dit "tu n'auras pas ta bicyclette si tu ne pleures pas". Je savais que c'était pas vrai donc ça n'a pas marché. Et un moment donné il a dit "ta maman va partir, elle va te laisser toute seule". Maman a joué le jeu pour que je réussisse. Elle est partie. C'est dire à quel point il savait manipuler les comédiens.
Heureusement, ce tournage n'a pas eu de conséquences néfastes sur la comédienne qui, au contraire, ne tarit pas d'éloges sur René Clément. C'est d'ailleurs plutôt après que le traumatisme est apparu. Lors de la projection de Jeux interdits à Cannes. Brigitte Fossey assistait pour la première fois à une projection et, soudain, tout ce qu'elle avait fait lui paraissait terriblement vrai.
Là j'ai vu les bombardements. J'ai vu les avions. Et j'ai été complètement traumatisée et j'ai dit à ma mère que je ne voulais plus jamais le voir.
Ce n'est que plus tard, une fois adulte, qu'elle le reverra avec toujours autant d'émotion.  

Acteurs éphémères, utilisés parfois pour illustrer l'enfance de certains rôles, ou confirmés comme Shirley Temple, Mickey Rooney, Judith Garland, Elisabeth Taylor, Patty Duke, Jean-Pierre Léaud ou encore Brigitte Fossey, les enfants occupent une place importante et à part dans le cinéma .
Certaines scènes où ils évoluent figurent parmi les plus touchantes, les plus poignantes, les plus émouvantes du 7ème art.

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Vidéo 1


 

Vidéo 2


 

 Vidéo 3


 Vidéo 4


Vidéo 5

 


lundi 27 mars 2023

Les enfants prodiges.

Ce billet  devait, initialement, servir uniquement de préambule à un article consacré aux enfants au cinéma.
Mais, devant la richesse de son contenu et pour éviter la confusion des genres (déjà nombreux), un autre billet , publié demain ou après-demain, se consacrera exclusivement aux enfants acteurs.

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Le Cid - Pierre Corneille)

Dans de nombreuses disciplines artistiques, le talent s'exprime dès les plus jeunes âges.
Pour le domaine musical, on pense évidemment à Mozart mais Chopin, Rossini, Listz, Schubert, Camille Saint Sens, Tchaïkovsky, Paganini, Mendelssohn étaient tous des artistes précoces, Mozart restant un génie de la musique dans son intégralité et non d’un seul instrument.
"A 5 ans, en représentation à la cour de Vienne, il glisse sur le parquet devant une jeune fille qui l’aide à se relever. Il tombe sous le charme et lui demande de l’épouser. Celle-ci aura un autre destin en épousant Louis XVI, il s’agissait de Marie‐Antoinette !
Les circonstances de la création à Prague de Don Juan sont exceptionnelles. La veille de la représentation, il n’a pas encore composé l’ouverture. Il la compose dans la nuit et réalise les parties d’orchestre pour chaque instrument directement et de façon séparée. Seul un ordinateur pourrait y arriver.
A 14 ans il est invité en Italie. La Pape lui fait visiter la chapelle Sixtine dans laquelle est joué le Miserere d’Allegri. Cette œuvre à 9 voix ne devait être interprétée que dans la chapelle
Sixtine. Elle n’était pas retranscrite pour la rendre impossible à reproduire ailleurs.
Mozart l’écoute et la retranscrit voix par voix dans le plus grand secret plus tard à Londres."
Paganini révolutionnera le violon avec la technique du pizzicato et du jeu
en double corde.
De passage à Nice pour un concert, un aveugle assistant à sa représentation demanda combien il y avait de musiciens sur scène. « Ils sont 1 » lui répondit‐on.
« S’ils sont 1, c’est le Diable, partons » répondit l’aveugle.
 Liszt apprit le piano seul et retranscrit au piano un concerto que son père interprétait au violon. Il suivra les cours de Czerny, ancien élève de Beethoven.
Chopin, âgé de 8 ans, il éblouit l’aristocratie polonaise et en particulier la cour de Russie et le Grand Duc Konstantin qui est lui même pianiste.
A 15 ans il compose ses variations dont Robert Schumann dira « chapeau bas messieurs, c’est un génie ».
La plupart de ces enfants, mais pas tous, bénéficiaient d'un entourage familial d'artistes, propice à leur épanouissement.

 Si tous ces compositeurs ont été des enfants précoces, certains se sont éteints après l’adolescence, tombant dans un oubli total.
Le problème majeur auquel tout pédagogue est confronté face à ces enfants est de savoir comment prendre en charge leur éducation.
Qui se souvient de Pilar Osario, de Maria Brochard et de tant d’autres petits génies. WilliamCrotch, le plus précoce, harmonisait le God Save The King à l’âge de 2 ans et 3 semaines. Son nom n’est pas tombé dans l’oubli total car il devint directeur de la Royal
Académy de Londres en 1822.
D’autres Hommes ont marqué  l'Histoire par leur génie :Blaise Pascal était un pur génie des mathématiques et a créé la première calculatrice, la « Pascaline ».
 M. Gauss dont la courbe éponyme est toujours utilisée en probabilité, corrigeait les comptes de son père à l’âge de 2 ans.
 Sir William Hamilton, mathématicien et astronome, lisait la Bible à 3 ans et parlait 5 langues (grec, latin, chinois, hindou et hébreu) à 5 ans pour en parler 15 à 13 ans.
 Goethe, Raimbaud et de nombreux écrivains, poètes, rédigèrent leurs premières œuvres, enfants.
De nos jours, le très jeune pianiste,
Guillaume Bénoliel (après Lang lang) , assure la relève.
Du haut de ses 8 ans, Guillaume Bénoliel épate déjà les plus grands pianistes.
Il a participé au concours international de piano Casse-Noisette organisé à Moscou du 29 novembre au 6 décembre 2021. Il est le premier Français et le plus jeune candidat à avoir atteint la finale de cette prestigieuse compétition.


Dans le domaine de la peinture, de nombreux jeunes talents sont apparus ces dernières années.
Mikail Akar, le jeune peintre prodige allemand.
Pour faire taire certaines critiques, affirmant que les œuvres de ce jeune artiste n'étaient pas de lui, son père a décidé de le filmer dans l'exercice de son art.


À 4 ans, Xeo Chu, né au Vietnam, découvrait les joies de la peinture. À 12 ans, il est exposé à New York où il vend ses toiles à quelque 150 000 dollars. Une success-story fulgurante qui rappelle notamment le parcours de Marla Olmstead, dont les talents de peintre étaient reconnus à l’international alors qu’elle n’avait que 4 ans.

                                            Xeo Chu, October, Autumn in Canada, 2019
 

 A seulement 10 ans, le jeune Américain Andres Valencia est un artiste peintre accompli. Ses œuvres se vendent parfois des dizaines voire des centaines de milliers d’euros

Andres Valencia devant une de ses peintures



samedi 25 mars 2023

Errollyn Wallen

 

Errollyn Wallen

Lors d'un découpage de vidéos pour un prochain montage, j'ai repéré quelques secondes d'un extrait musical, temps suffisant pour charmer mon oreille.
Je ne connaissais pas du tout, et je le regrette, cette compositrice britannique, née en 1958,
Errollyn Wallen.
Je crois que je vais rattraper ce retard.
Elle a été nommée, pour son œuvre musicale, membre de l'Ordre de l'Empire britannique (MBE) pendant les festivités de l'anniversaire de la reine, en 2007, et Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique (CBE) dans les festivités du nouvel an , en 2020.
Elle a également reçu un prix Ivor Novello.
En 2018, elle a été répertoriée comme l'une des 100 femmes de la BBC.

 

And snow falls down on me.                  Et la neige tombe sur moi
Peace on earth.                                      Paix sur la Terre
The night is dark and soft.                    La nuit est sombre et douce
Peace on earth.                                      Paix sur la Terre
The lights that sparkle in the square,  Les lumières qui scintillent sur la place,
The smoke that lingers in the air.    
     La fumée qui reste suspendue dans l'air
Peace on earth.                                       Paix sur la Terre
And grace falls down on me.                  Et la grâce tombe sur moi
Peace on earth.                                       Paix sur la Terre
The dark will turn aside.                         L'obscurité se détournera
Peace on earth.                                       Paix sur la Terre
The fires that burn in ev'ry heart          Les feux qui brûlent dans chaque foyer
Do sing out praise of Christmas past.  Chantez les louanges des Noëls passés.
Peace on earth.                                        Paix sur la Terre
Hear them singing.                                   Écoutez-les chanter
Peace on earth.                                        Paix sur la Terre

jeudi 23 mars 2023

Let's Dance - Au cinéma

 



Tout comme dans la vidéo précédente et les danses improvisées dans les toilettes du cabinet d'avocats d'Ally McBeal, le cinéma nous réserve des petits moments de folie festive, des gesticulations décalées, inattendues, étranges, drôles, embarrassantes, jubilatoires.

  • Hugh Grant, jeune et nouveau premier ministre britannique, pris en flagrant délit d'humanité, d'expression corporelle.
  • Il faut bien se dégourdir un peu les jambes dans une file d'attente administrative.
  • L'alors très jeune Tom Cruise, fils de bonne famille, très sage, se dévergonde un peu.
  • Bernard Giraudeau, homme d'affaire stressé, se lâche.
  • Lorsque les esprits, lors d'une séance de spiritisme, mènent la danse
  • La Fièvre du samedi soir parodiée
  • On ne peut pas demander à Spiderman de danser comme tout le monde !
  • La scène culte, incontournable, de Pulp Fiction

 

Let's Dance - Ally McBeal

 


Ally McBeal, série mythique (1997-2002), conte la vie d'un cabinet cossu d'avocats à Boston.
Ils sont tous hot, sexy et quelque peu névrosés, la plus "folle" étant
Calista Flockhart ( Ally McBeal) ,souffrant de nombreuses hallucinations visuelles et auditives.
Peter MacNicol, John Cage dans la série, jeune avocat nourrissant de grandes ambitions, manque cruellement d'assurance dans sa vie, dans ses plaidoiries tarabiscotées.
Pour vaincre sa timidité et s'affirmer, il fait appel à la voix grave et chaude de Barry White.
Après quelques mouvements d'épaules bien sentis, devant le miroir des toilettes mixtes du cabinet d'avocat, il exécute des chorégraphies improbables, maladroites, amusantes et embarrassantes quand il est surpris en plein exercice de concentration musicale. (la musique ne joue que dans sa tête)
Le reste de la troupe ne tardera pas à l'accompagner dans ses délires.
Pour son anniversaire, lors du dernier épisode, sa petite amie lui fait le plus beau des cadeaux, Barry White en chair et en os. (surtout en chair !)
Cette série, complètement déjantée et absurde, n'est pas complètement dénuée de gravité et de profondeur
psychologique lorsqu'elle explore les âmes tourmentées, ayant du mal à trouver leur place dans un monde des affaires impitoyable.
De grands acteurs ont fait leurs armes dans cette série, citons, entre autres,Gil Bellows, Portia de Rossi ,Lucy Liu , Jane Krakowski, Robert Downey Jr. et , naturellement, Calista Flockhart.
La musique de Barry White est terriblement entrainante et j'ai, plus d'une fois, imité John Cage et son ballet amusant.
Et cela, inévitablement, me donne une de ces pêches !
La bonne humeur n'a pas à se cacher.

 


 

Guitry et la Pareido-lit (des faits !)

 Eugène Delacroix - Le Lit défait - aquarelle (Louvre)

Lors de mes visites au Louvre, je n'ai pas pu juger, sur place, ce que raconte Sacha Guitry dans son ouvrage "Cent merveilles choisies".
L'écrivain était amoureux de cette toile dont il disait
"./ Et voilà ou se  trouve le génie d'un artiste, il semble qu'un homme et une femme s'y sont aimés et qu'ils viennent, à l'instant, d'en sortir.
Les oreillers, les draps sont dans un désordre d'une extrême éloquence"
Il nous informe comment il fut découragé par l'un de ses amis qui le mit en garde de faire l'acquisition de cette aquarelle, vendue aux enchères.
Cette toile a été achetée puis revendue de nombreuses fois car, après quelque temps, ses acquéreurs remarquaient tous, dans les plis désordonnés des draps, une tête de méduse dessinée à merveille.
Ayant perdu son titre primitif, les amateurs entre-eux l'appelaient  "L'aquarelle à la tête de méduse".
Guitry renonça à cet achat car, précise-t-il, il avait déjà été piégé par un tableau de Bonnard qui représentait une femme nue sortant de son bain.
"La jambe gauche était pliée, elle de face, le pied reposant au bord de la baignoire et je ne m'étais pas aperçu , tout de suite, que les ombres du genou représentaient très distinctement deux yeux, un nez et une bouche, tels qu'on croit les voir sur la Lune quand elle est pleine".

Le lit défait est également le nom d'un roman de Françoise Sagan, le titre s'inspire d'un poème d' Éluard cité en épigraphe "De l'ennui à l'amour"

Face aux rideaux apprêtés
Le lit défait vivant et nu
Redoutable oriflamme
Son vol tranchant
Éteint les jours
Franchit les nuits
Redoutable oriflamme
Contrée presque déserte
Presque
Car taillée de toutes pièces pour le sommeil et l'amour
Tu es debout auprès du lit
Je t'aime et je dors avec toi
Écoute-moi.

mercredi 22 mars 2023

Mon nom était Bond, James Bond


Par ordre d'apparition dans un "James Bond"
Haut: Barry Nelson, Sean Connery, David Niven, Georges Lazeby
Bas  : Roger Moore,
Timothy Dalton, Pierce Brosnan, Daniel Craig

 Vingt-cinq 007 , sur presque soixante ans, entre 1962 et 2021.
6 visages pour 007, qui sera le 7ème ?
De Sean Connery (6), le premier de la série au dernier, Daniel Craig (5).
En passant par le peu connu Georges Lazeby (1), le prolifique Roger Moore (7), Timothy Dalton (2) et  Pierce Brosnan (4).
Ce sont les films et les acteurs de la saga officielle , produite par EON Productions qui détient désormais la totalité des droits d'adaptation des romans James Bond de Ian Fleming.
Mais James Bond a, quoi de plus naturel, ses secrets.
Ainsi,  Barry Nelson fut le premier acteur à incarner James Bond dans une adaptation du roman Casino Royale de Ian Fleming présentée par la série télévisée d'anthologie Climax! , en 1954, huit ans avant Sean Connery.
De même, David Niven incarna un James Bond loufoque  dans le film parodique "Casino Royale" de  1967.
Niven était en fait la préférence de Fleming pour représenter l'agent secret, il est le seul interprète de James Bond dont le nom est mentionné dans l'un des romans de Fleming.
A côté des vingt-cinq films "officiels" de la saga James Bond, il y a 3 films indépendants consacrés à cet espion, 2 "Casino Royale"  et un "Jamais plus jamais" (1983, interprétation Sean Connery)

Pour les inconditionnels du héros de sa majesté, Sean Connery demeure le James Bond emblématique, c'est, par ailleurs, le seul à avoir rendossé, après une interruption, le costume du célèbre agent secret.
Daniel Craig est, quant à lui, l'unique James Bond à mourir, à la fin  (volonté, apparemment, de l'acteur, d'en terminer avec ce rôle), ce qui a provoqué un véritable tollé, une véritable colère, chez les amoureux de cette saga qui crient au blasphème.
Incrédules, ils pensent que ce n'est peut-être qu'une ruse, que le prochain film annulera cette fausse sortie.
D'autres imaginent déjà un successeur et pensent à un James Bond en collants, sacrilège pour les puristes !
D'après les tabloïds anglais, l'acteur James Norton (Guerre et Paix, 2016) tient la corde.

Le 7ème 007 de EON Productions ?

Les génériques de James Bond et les thèmes musicaux qui les accompagnent sont des films dans le film, des bijoux d'inventivité graphique, une signature aussi reconnaissable que la succession mythique des trois chiffres 0, 0, 7.

Le thème le plus connu est celui qui apparaît dès le premier James Bond,James Bond 007 contre Dr No, il fut composé par Monty Norman.
Il fut repris ou enrichi par d'autres thèmes, par des compositeurs aussi célèbres que John Barry, Eric Serra (grand fan de James Bond, il a eu carte blanche dans "GoldenEye"), Thomas Newman, Hans Zimmer, etc.
Enfin, n'oublions pas les "James Bond" girls.
La France en talons séduit l'espion, Léa Seydoux, Sophie Marceau et Carole Bouquet se prirent  au jeu.
Les magnifiques Ursula Andress et Monica Belluci firent parler leur charme et leur talent, tout comme Jane Seymour, Hale Berry, Eva Green, Kim Basinger, la liste n'est pas exhaustive.
Souvent cantonnées, mais pas toujours, à des rôles peu travaillés de faire-valoir, même si leur présence lumineuse jaillit sur l'écran, ce n'est nullement le cas de l'actrice jamaïcaine Grace Jones,  qui sort clairement du lot et  fait jeu égal avec la gent masculine à qui elle fait subir de véritables épreuves de force.
Est-ce du grand cinéma ?
Dans son genre, le film d'espionnage qui joue avec les gadgets, fait le plein d'action, d'effets spéciaux, de lieux paradisiaques, ne se prend pas complètement au sérieux et se moque bien souvent de lui-même, grossit les clichés jusqu'à l'extrême, comme cette scène de "Never say never again" , à l'humour bondesque, où Sean Connery brûle le visage d'un ennemi en lui lançant au visage un flacon d'urine, étiqueté "James Bond", dans ce genre, oui c'est du grand cinéma, divertissant, à voir sur très grand écran avec une bonne acoustique pour profiter de la photographie, toujours très belle, et de la bande son.
Le succès de cette saga ne se dément pas, chaque nouvel épisode est annoncé longtemps avant sa sortie, les premières sont pleines à craquer et les posters, les gadgets se vendent comme des petits pains aux fidèles disciples de l'agent secret 007, prononcé double O seven  par les anglophones (da baule haut cévennes).
James Bond oblige, je me suis un peu lâché , j'ai usé et abusé des effets de lumière dans mon montage.

Attention, rien ne va plus, les 007 vont défiler, quel est votre élu, celui qui a votre faveur ? :-)

 25 génériques de James Bond - de 1962 à 2021




Cette seconde vidéo inclut
- Le premier James Bond,
Barry Nelson, dans un téléfilm de 1954 "Casino Royale".
Intérêt uniquement historique
- David Niven, dans le film parodique "Casino Royale" (1967). La bande annonce, très drôle, annonce que ce film est trop puissant pour se contenter d'un seul James Bond, tout le monde ou presque est James Bond :-)
-  Dans "Jamais plus jamais" (1983), seul James Bond de Sean Connery à ne pas avoir été produit par le géant "
EON Productions", une arme naturelle de James Bond se révèle aussi puissante que les gadgets de la technologie moderne dont il fait habituellement usage :-)




mardi 21 mars 2023

That's all, Folks !

Merrie Melodies (Mélodies joyeuses) pour Leon Schlesinger Productions
Looney Tunes (Airs cinglés) pour Warner Bros
Silly Symphonies (Symphonies idiotes) pour les studios Disney

A côté de la bataille que se livraient les grandes sociétés de production et de distribution du cinéma hollywoodien, il existait également une concurrence féroce dans le domaine du court métrage d'animation qui précédait, très souvent, les films, au cinéma.
L'humour des noms de baptême de ces séries de dessins animés (on connaissait la musique) se retrouve dans leurs réalisations.
Betty Boop, Popeye, Droopy, Les trois petits cochons, Félix le chat,le loup de Tex Avery, Bip bip: le grand géocoucou et, plus tard, la panthère rose sont devenus des personnages de fiction aussi connus que les acteurs dont ils faisaient l'ouverture.

 


 

lundi 20 mars 2023

Les salles obscures et éblouissantes

 

La salle du cinéma "Eden-Théâtre" à La Ciotat

C'est un temple, à nul autre pareil
La quête y précède toujours l'office
On y prie ni le père, ni le fils
Une pluie, horizontale, de lumière
Projette, sur  écran blanc, un message venu du ciel.
(Mémoires d'un enfant de cœur, P. Martinez, Édition du signe *) 

 Il y avait cet instant sacré, où les lumières faiblissent, où de petites ampoules vacillent, où les dernières toux exorcisent les voix, où les rires des anges se dispersent, où le froissement de petits papiers sucrés guettait les pauses sonores qui ne froisseraient pas le silence solennel qui les entourait, où des grains de poussière, éclairés par des veilleuses basses, scintillaient d'or, où des strapontins basculaient à la recherche d'un juste équilibre, où des assises se calaient, où un faisceau lumineux traçait une voie céleste aux derniers retardataires, des aveugles repentis, où mes petites jambes, suspendues dans le vide, allaient faire le constat, au fil du temps, au fil des ans, que les fauteuils de ce cinéma de quartier, au tissu rouge élimé, devenaient de plus en petits, étroits, contrairement à moi.
Le rideau s'écartait, les trompettes de Jéricho annonçaient en fanfare les apôtres, les disciples, dont les noms défilaient, que l'on découvrait ou reconnaissait, de vieux amis qui étaient comme une promesse du plaisir qu'ils allaient offrir, des noms inconnus pour de nouveaux visages dont l'importance future était parfois soulignée par un message prophétique "Pour la première fois, à l'écran..."
Merveilleux cinéma, merveilleux 7ème art, ce chiffre magique ne constitue-t-il pas, déjà, un miracle ? Et les frères Lumière n'étaient-ils pas prédestinés, de par leur nom, à devenir deux illustres prophètes, parmi d'autres ?
A La Ciotat, L'Eden Théâtre est aujourd'hui la plus ancienne salle de cinéma en activité dans le monde.
L'Eden était également le nom, dont les lettres géantes se détachaient dans le bleu azuréen, de ce petit cinéma, rue de la Californie, à Nice, où je me rendais plus souvent qu'à la messe.
Comme ils devaient être nombreux , alors, ces lieux qui avaient choisi le paradis pour les représenter, ces temples aux façades discrètes ou aux architectures luxueuses, sculptées.
Les plus modestes, vus de l'extérieur, cachaient parfois leur jeu, comme ces palais insoupçonnés, dans des ruelles de médinas, à l'entrée secrète, dissimulée par une veille porte basse, voûtée, qui récompensent les visiteurs curieux, persévérants d'une vision féerique, élargie , d'un jardin intérieur lumineux, au ciel haut  couronné de corniches, aux arabesques comme des enluminures du livre des "Mille et une nuits", au sol damé de faïence bleue ou de marbre blanc, aux vasques généreuses d'où jaillissent  des jets d'eau rafraîchissants et qui, en  retombant, jouent une petite musique  mourante et toujours ressuscitée, une dernière volonté exprimée par des notes de pluie.
J'ai connu des salles confidentielles, propices au  recueillement , telles de petites chapelles, d'autres aussi majestueuses que des cathédrales, comme celle que le Palais de la Méditerranée,
sur la promenade des Anglais, proposait à ses invités chanceux, une salle de cinéma ressemblant à une salle d'opéra, ou la grandeur, à Paris, du "Grand Rex", à la voûte étoilée, aux jeux d'eau et de lumière qui dansent la féerie de Noël  devant de jeunes spectateurs ne tenant pas en place.
Le premier amour conserve toujours une place à part, jamais ravie.
Aujourd'hui disparue, démolie, ainsi va la vie, cette enceinte de mes premiers émois cinématographiques, est toujours vivante, animée, dans ma mémoire où défilent, pour peu que je les y invite, les images de bonheur accumulé, le spectacle d'histoires, de vies résumées le temps d'une séance, présentes tout le long de mon existence.
Les séances étaient permanentes et, souvent, alors que la salle se vidait, je restais assis à ma place, à prolonger la magie qu'une position verticale risquait de faire fuir, et je patientais, j'attendais une nouvelle projection qui dévoilerait ce que mon regard n'avait su entrevoir lors de la première diffusion, qui me permettrait de répéter, à voix basse, des répliques devenant familières.
Mais cela ne suffisait pas, il m'en fallait toujours davantage, et je ne pouvais garder, pour moi seul, ces rencontres avec le génie, le talent, le sublime.
Le monde entier devait savoir les trésors que recelaient ces films, arrivés en fin d'exploitation et qui retrouvaient une deuxième jeunesse, un second souffle.
Il fallait que j'échange, que je partage, que j'ancre ces souvenirs dans d'autres mémoires.
Les discussions, les débats que nous avions, mon fidèle et généreux ami à qui j'étais redevable de cette passion qui a un coût, étaient toujours riches, imaginatifs, créatifs et attendris.
Combien de fins nous avons réécrites, combien de vies nous avons épargnées, sauvées, combien de scènes nous avons ajoutées, retirées, combien de répliques nous avons répétées, inventées, améliorées, jouées, combien de voix nous avons imitées, aussi bien que nous le pouvions avec nos cordes vocales prépubères.
Nous étions spectateurs, critiques, scénaristes puis, plus tard, acteurs, metteurs en scène qui criaient "Action !" dans ces faux décors des studios de la Victorine, les jours où notre présence clandestine animait ces lieux déserts,  où nous improvisions des scènes que nous inspiraient les décors, des travellings  sur des rails imaginaires.
Merveilleuse première salle de cinéma, où le latin des messes était ridiculisé par la variété des langues étrangères que nous comprenions sans les avoir apprises, où des pays, des déserts au sable brûlant, aux rochers couleur argile, des mers tumultueuses, périlleuses, des espaces grandioses où la poussière se soulevait au passage de hordes de chevaux sauvages, étaient des arènes infinies de théâtres épiques, homériques, où des scènes de baisers avaient le goût étrange du fruit défendu, sans que je sache exactement pourquoi, à mon jeune âge, passages fort heureusement non censurés, non découpés, par les pudibonderies du curé de "Cinéma Paradiso".
Curieux espace clos où la liberté projetée s'affranchit des limites de l'espace, où le rideau, qui masque l'écran, ne dissimule aucune coulisse.
La profondeur est celle du champ de la caméra, celle que dessine le cinéaste.
La douce tristesse succédait aux rires, les pitreries de Chaplin venaient adoucir la musique qui étreignait nos cœurs, nos âmes dans "LimeLight" (Les feux de la rampe), "
ces petits chaussons de satin blanc, sur le cœur d'un clown dansaient gaiement. A vingt ans, l'on ne sait pas toujours que même un clown, ça peut mourir d'amour"
Il ne faut pas négliger le rôle de la Culture dans nos jeunes années, pas plus ensuite.
L'art, sous toutes ses formes, est un auxiliaire de vie patient, toujours disponible.
Il est universel et, en même temps, propre à chacun.
Malléable, docile, il prend le visage que l'on veut bien lui accorder, ne se révolte jamais quand on le dédaigne, son amour inconditionnel diffère de celui de nos parents car il nous appartient, il est au fond de nous, il sommeille en attendant que d'autres arrivent à exprimer, à faire remonter à la surface, ce que nos pensées, notre âme semblent impuissantes, par pudeur, par maladresse, par manque de maîtrise, à  formuler, à créer, ce flot d'émotions contenues, ce barrage qui cède devant les assaut du beau, du puissant, du sensible.
L'art est en nous, il est nous.
Lorsque des nazis procèdent à des autodafés de livres jugés anti-allemands, lorsque des hordes barbares détruisent des bibliothèques entières ayant plusieurs siècles d'histoire, c'est bel et bien d'un crime contre l'Humanité dont il s'agit.
Mais le phœnix renaît toujours de ses cendres.
Cette petite salle de cinéma a péri, comme tant d'autres.
La foi qui s'évanouit et dépeuple les églises est la même que celle qui a disparu, sous les coups de boutoir des impératifs commerciaux, du petit cinéma à domicile, des écrans toujours plus nombreux.
La religion existe sans églises, sans clergé.
Le cinéma existe, est conservé, protégé dans des bobines métrées, dans des coffres-forts numériques, et se renouvelle.
La spiritualité, le sacré n'ont pas besoin de cela, ils sont en nous, comme l'art.
Leur richesse n'est pas sujette à la spéculation, échappe à toute monétisation.
Personne ne pourra jamais, tant que nous serons en vie, éradiquer cette étincelle divine.

J'ai huit ans, je suis assis sagement sur ce vieux fauteuil, dans une salle obscure qui sent la cire des boiseries nouvellement rafraîchies. John Ford me raconte comme verte était sa vallée.
Un jeune enfant, auquel je m'identifie, sourit devant une tablée où une famille de mineurs, père, mère, frères et sœur, célèbrent en silence leur unité, après une dure journée de labeur et je laisse mon cœur, reconnaissant, fondre d'un bonheur presque insoutenable devant ces images de la Vie.

* Pure imagination

La célèbre  salle de cinéma du luxueux Grauman's Chinese Theatre
(Théâtre chinois de Grauman)
, aujourd'hui TCL Chinese Theatre



dimanche 19 mars 2023

Les visages du cinéma de grand-papa - la solution

38 noms à deviner, les 20 premiers sur la première vidéo, 18 sur la suivante.
(une seule vidéo aurait eu une taille en Mo supérieure à 100, limite haute de Blogger, et réduire sa taille en jouant trop sur la compression ne produit pas un résultat heureux)
J'ai choisi des scènes cultes et des petits bijoux méconnus.
Par exemple, Gary Copper dans un film de Fritz lang  "Cape et Poignard"  ou, dans ce merveilleux film, d'après-guerre,  "Les anges marqués de Fred Zinnemann (1948), Montgomery Clift qui joue le rôle d'un soldat aidant un jeune enfant tchèque, traumatisé, à retrouver sa mère.
J'aurais aimé illustrer ce quiz avec des extraits en VO sous-titrée, depuis des bandes originales et non colorisées.
J'ai dû accepter des compromis, version française ou version originale sans sous-titres.
J'ai créé quelques sous-titres lorsque je les jugeais indispensables.
Choisir la longueur d'un extrait n'est pas toujours aisé, j'ai souvent éprouvé le désir d'en montrer davantage. Merci !



 Vidéo 1


  Vidéo 2






         Vidéo 1

1)  Lauren Bacall
2) June Allyson
3)  Fred Astaire
4)  Audrey Hepburn
5)  Ava Gardner
6)  Harry Belafonte
7)  Leonard Bernstein 
8)  Bing Crosby
9)  Bill Robinson, alias Bojangles
10) Marlon Brando
11)  Richard Burton
12) James Cagney
13) Cary Grant
14) Montgomery Clift
15) Charles Coburn
16) Claudette Colbert
17) Gary Cooper
18) Joseph Cotten
19) Doris Day
20)James Dean

          Vidéo 2

21) Edward G. Robinson
22) Henry Fonda
23) Errol Flynn
24) Greta Garbo
25) Ginger Rogers
26) Grace Kelly
27) Rita Hayworth
28) Charlton Heston
29) Bob Hope
30) Jennifer Jones
31) Danny Kaye
32) Gene Kelly
33) Kirk Douglas
34) Burt Lancaster
35) Marlene Dietrich
36) Robert Mitchum
37) James Mason
38) Mae West
 

vendredi 17 mars 2023

Les visages du cinéma de grand-papa

Autant l'avouer tout de suite, je me suis fait plaisir ( je me suis fait plaise, diraient mes enfants) en réalisant ce montage.
L'occasion, les occasions me furent données, très jeune, de découvrir le charme des vieux films américains, le plus souvent en noir et blanc.
Ciné-club en primaire, cinéma de quartier avec mon ami mécène, la TV parfois.
Avec mes copains, dans les studios de la Victorine, où nous nous  étions faufilés sans problème dans une brèche, aidés par notre petite taille, nous devenions, à notre tour, des acteurs, des héros.
Quel plaisir, dans le décor d'une ville de Far West, de se laisser doucement tomber à terre, sur un sol de terre et de poussière, une main sur la poitrine rougie, en pensée, en exprimant (expirant), avec un reste de souffle dans la voix, une phrase stupide mais qui sonnait tellement bien "You kill me, Bill !"
Je me suis souvenu, après coup, de la présence dans notre bande de petites canailles *, d'une fille (chaque bande de garçons avait-elle un élément féminin ?).
A l'époque, les gens parlaient (et elle aussi, avec fierté) de "garçon manqué".
Elle n'était pas la dernière à dégainer.

Je n'ai, en fonction de ce qui vient d'être dit, aucun mérite à connaître tous les acteurs et actrices de ce diaporama et à citer au moins un film dans lequel je les ai vus jouer.
Je peux simplement remercier ma mémoire :-)
Il est vrai qu'elle est rafraîchie, de temps à autre, la production actuelle est si pauvre, comparée à cette période faste pour le Grand Écran, que je revois, toujours avec plaisir, certains "vieux" films.
Heureusement, il y a toujours, de nos jours, certaines pépites.
Je suis certain que les talents existent, aujourd'hui comme hier, mais la société de l'argent favorise l'émergence de bulles éphémères, plaisantes  mais n'ayant rien de révolutionnaire, de novateur.
Ces copies, ces bulles  explosent en vol et sont remplacées par d'autres bulles.
Seuls les réalisateurs passionnés, persévérants, ayant la foi,  finissent, avec le temps, à abattre les nombreux obstacles qui s'opposent à l'épanouissement de leur art.

Évidemment, cette liste des acteurs qui me sont chers est loin d'être exhaustive, de grands noms du cinéma américain manquent à l'appel (Chaplin, W.C. Fields, Marilyn Monroe,etc)
Il s'agit d'un bel échantillon, pas de la panoplie complète :-)
Je suis certain que vous en reconnaîtrez un certain nombre, ils sont presque tous anglophones mais il y a une princesse, bien jeune sur cette image où elle apparaît, que tout le monde connaît et qui parlait également la langue de Molière. (elle n'est pas la seule, dans cette liste)
Cette vidéo  a été assemblée par un passionné, un amoureux fou du cinéma et elle est, par construction, très personnelle.
Je ne m'attends donc nullement à ce que mon enthousiasme soit partagé :-)
Considérez ce montage comme un petit jeu si cela vous tente.
Qui reconnaîtrez-vous ? où se trouve donc cette princesse ? :-)

 

  * Les petites canailles (Little Rascals) était le nom d'une série de minis films , dans les années 30, une chronique joyeuse et tendre qui s'attachait à suivre la vie de jeunes enfants miséreux.
Ils étaient tous pauvres, au cinéma mais aussi dans la réalité.

The Litlle Rascals (Best of our gang)

 

 

 

Viva España ! y viva Cristina !

 2016, première lauréate de la première édition de l'émission "Got Talent España", Cristina Ramos (alors âgée de 37 ans) séduit et emballe le jury, par deux fois dans la même prestation.
Le plus jeune des hommes, Jésus, a ce sourire que procure la voix des anges puis se roule par terre ensuite, pour lutter contre la réponse envoutante, charnelle, sensuelle  du diable :-)
Dieu décide d'intervenir, Jésus, sans même s'en apercevoir, écrase le champignon rouge .
Le public, conquis,  demande et obtient le Golden Buzzer, el parse de oro.
Si j'avais assisté, en direct, à la dernière montée
de Cristina dans les aigus , je crois que j'aurais gigoté à terre, moi aussi :-)


jeudi 16 mars 2023

Journal d'un enfant ordinaire - Fragments désordonnés (parfois dissipés) 2/2

La Berthauderie , paradis des petits et des grands

La Berthauderie occupait le fond d'une petite cuvette, avec pour unique point d'accès une pente goudronnée qui devenait piste de luge, les jours de verglas.
Nous y glissions, à l'aide de petites caisses en bois, vite improvisées et qui rappelaient leur inconfort par les brûlures qu'elles occasionnaient  de leurs frottements indélicats sur nos fonds de culotte.
Il ne me serait jamais venu à l'idée, pendant ces quelques années, de dire que j'habitais St Nazaire.
Non, j'habitais un petit village isolé, la Berthauderie,  et insister pour me faire de moi un Nazairien m'aurait autant fâché qu'un habitant du pays bigouden qui entend que l'on ose étendre son beau pays de Bretagne à celui de Nantes.
La Berthauderie était un petit bloc de quatre immeubles qui semblait avoir été posé là par erreur, un intrus au milieu de la nature, de champs sauvages, de prairies et de rivières.
Une  route étroite longeait le bâtiment et faisait le tour d'une petite colline, surmontée d'un blockhaus, fermé par précaution mais dont notre imagination parvenait, tout de même, à s'emparer.
Cette petite route, cette boucle, n'avait pas tardé à servir de piste de cyclisme.
Des compétitions étaient organisées, deux participants pour chaque course, le perdant était éliminé.
La dernière course couronnait celui qui les avait gagnées toutes.
J'étais admiratif des
nombreuses victoires  empochées par mon frère aîné, il me tardait d'apprendre à faire du vélo et de jouer dans la cour des grands.
Le lendemain d'un rêve prémonitoire, à force de persévérance, une pédale posée sur le rebord du trottoir, j'ai connu mes premières joies, fantastiques, féeriques, cette impression de puissance, de liberté méritée par mes efforts à maîtriser un équilibre farouche.
Si j'avais dompté un cheval sauvage, ma joie n'en aurait pas été plus grande.
Tout le monde se connaissait, s'appréciait dans ce quartier qui semblait aussi lointain de la ville de St Nazaire qu'une cuisse d'orange séparée du fruit mère.
Tous les jours, un boulanger, un laitier assuraient, de bon matin, le ravitaillement du quotidien.
Des panetières en tissu, accrochées aux portes des habitants, attendaient d'être remplies.
Le détail des provisions souhaitées et l'argent nécessaire dormaient sagement au fond des sacs.
S'y  trouvait parfois l'appoint, parfois un billet de dix ou cinquante francs et, soulignait ma mère, il ne manquât jamais le moindre centime dans la monnaie rendue  car il ne serait jamais venu à l'idée du commerçant, des voisins, des enfants, de commettre pareille indélicatesse.
L'honnêteté est une véritable richesse.
Il y avait une vieille et brave dame, madame Mirabelle, qui avait du mal à se déplacer.
Elle nous chargeait de faire quelques courses en "ville", dans le quartier de Toutes Aides (que je pensais, alors, dans ma tête d'enfant, être celui de toute Z)
Après avoir coupé, à travers champs, nous étions de retour assez rapidement.
Je ne me souviens plus exactement pour quelle raison madame Mirabelle ne souhaitait pas que l'on la livre à domicile.
Peut-être le jeu l'amusait, c'était le cas pour nous, lorsqu'elle faisait descendre depuis son balcon, assez rapidement, son panier en osier, vide, accroché à une corde et, qu'une fois chargé, elle remontait beaucoup moins vite, beaucoup moins droit.
Vu d'en bas, cela ressemblait à des mouvements de balancier plutôt hésitants, irréguliers, un balancier qui mimait joyeusement, par à-coups, une  ébriété promise par le tintement de quelques bouteilles de vin qui s'entrechoquaient d'impatience .
C'est en utilisant le même procédé que nous chargions son panier de kilos d'escargots, après une pluie fatale aux gastéropodes, ce qui nous assurait quelque menue monnaie.
J'ignorais que la solidarité, l'entraide, le partage étaient des valeurs, que l'on a ressuscitées pour peu de temps pendant les premiers mois de la pandémie mondiale, en 2020.
Pour moi, elles faisaient partie du quotidien, du naturel.
Le savoir-faire, la compétence, le métier des uns servaient à tous et tout le monde trouvait cela normal.
De petits travaux de plomberie, de maçonnerie, de réparation automobile (le domaine de mon père) étaient courants et effectués par les habitants du quartier, on réparait nos appareils cassés en famille.
Il y avait des jeux prévus pour les enfants que nous délaissions parfois pour d'autres, situés en des lieux non prévus à cet usage.
La largeur d'un petit muret qui entourait l'accès au sous-sol, aux caves, devenait un circuit pour Formule 1, de simples capsules de bouteilles faisaient office de voitures de sport.
Des sillons creusés dans de la terre meuble créaient de magnifiques circuits pour les cyclistes en herbe que nous étions et notre plaisir était, encore plus que celui du jeu, celui du soin que l'on apportait à son tracé, virages, lignes droites, tunnels, ligne d'arrivée signalée par deux petits bouts de bois et un morceau de chiffon blanc, à leur extrémité, sur lequel figurait la mention, tracée avec maladresse "Arrivée".
Ce circuit était éphémère et, à chaque nouvelle création, son parcours était différent et s'enrichissait de nos nouvelles idées.
Et il y avait, aussi et surtout, l'aventure, la Nature.
Alain Couronné, le fils du brave homme que j'avais reconnu, bien plus tard, sur son balcon, était notre chef naturel. Il avait une connaissance de la jungle que nous lui enviions et sa machette imposait le respect, outil redoutable et indispensable pour se frayer un chemin dans l'épaisse forêt. Il possédait un don inné, la Nature avait peu de secrets pour lui, et un sens de l'orientation sûr.
Il savait tout des arbres, des oiseaux, des saisons comme s'il était leur confident, comme si le bruit du vent murmurait à ses oreilles le secret de toutes ces choses.
C'est grâce à lui que j'ai pu assister au miracle de l'éclosion d'oisillons, aux métamorphoses de têtards devenant grenouilles, dans de sombres mares, grâce à lui que j'ai appris à réunir le trio, soleil, mains, horizon pour deviner le temps qu'il restait avant que ne survienne l'obscurité.
Il avait, à coups de machettes adroits , tracé un chemin, au toit arrondi comme une tonnelle de feuillages, un chemin vers la lumière, vers une clairière qui faisait face à un bras de rivière, vers notre futur QG.
L'endroit était lumineux, son parterre moelleux.
Dans une vaste cabane de genêts, solidement entrecroisés, nous avons passé du temps à rêvasser, à fumer de fausses pipes en bois, que nous avions nous-mêmes sculptées, à  tenter d'imaginer quel bonheur pouvait bien surpasser celui-là.
D'abord réservé aux garçons, aux bâtisseurs, ce QG, dans un souci d'ouverture (on ne parlait pas de quota, de parité en ces temps-là) accepta quelque filles, des sœurs de constructeurs qui n'avaient pas su tenir leur langue.
Elles étaient de bonnes infirmières, promptes à soigner nos blessures de guerre, de petites égratignures occasionnées par nos ennemies,  ronces  ou orties, et lorsque la pluie nous avait surpris, bien à l'abri dans notre repaire végétal, que le tonnerre jouait à faire exploser des bombes, c'est auprès de nous qu'elles se blottissaient, comme si notre statut de garçon assurait leur protection.
Leurs attentes étaient si touchantes, si satisfaisantes pour nos égos que nous surmontions nos propres terreurs, que nous cachions nos propres émotions, torse bombé et voix claire, pour ne pas les décevoir, sauf lorsqu’un obus qui était tombé encore plus près que les précédents, à en juger par son bruit assourdissant, nous faisait sursauter, on ne devient pas héros d'un simple claquement de doigts.
Un seul d'entre nous n'avait pas tremblé et justifiait, une fois de plus, son statut de chef.
Alain était intouchable puisqu'il était, à nos yeux admiratifs et reconnaissants, le paratonnerre le plus sûr; une mère aimante ne blesse pas ses enfants.


Ma mère et nos bêtises enfantines

Ma mère ne travaillait pas à l'époque, élever trois jeunes enfants constituait un labeur suffisant.
Pour gagner du temps, le bain était parfois commun, et l’exiguïté de la situation était compensée par les jeux d'eau incontrôlés qu'elle provoquait, des éclaboussements ludiques et le combat que nous menions pour aller récupérer la  malicieuse et glissante savonnette qui tentait d'échapper à sa tâche. Après nous avoir minutieusement et plus qu'énergiquement séchés, frottés car son instinct maternel était épaulé par son côté maniaque, ma mère ouvrait la porte qui donnait sur le couloir, menant aux chambres.
Et je l'ai souvent entendue rire devant le spectacle, touchant et amusant, de ces trois petites paires de fesses qui couraient, accompagnés de nos cris, qui fuyaient l'espace il y a peu encore saturé de vapeur d'eau chaude et maintenant refroidi par un petit courant d'air frais qui s'y engouffrait.
Je pensais que ces petits moments de bonheur, l'esprit fraternel de tous nos voisins, la vie, la joie des enfants qui apprenaient, à l'air libre, les premières leçons de la vie, je pensais que tout cela serait bien plus fort que la langueur qui s'emparait parfois de ma mère.
Cette langueur contenue, non exprimée, posait un léger voile de tristesse sur son regard, un voile imperceptible pour ceux qui ne connaissaient pas ces rêves, de soleil, de chaleur et de mer bleue, le désir de retrouver ce qu'elle avait connue toute sa vie durant.
Ma mère était une femme sensible mais également forte, déterminée et ces instants d'abandon à la tristesse étaient vite chassés, le plus souvent, par sa ferme résolution qu'elle n'oubliait pas de rappeler à mon père, le billet de sortie se nommant mutation au soleil, au soleil du Midi.
En attendant, elle s'était éprise d'un plastique aux vertus conservatrices, le Tupperware, et organisait des réunions du même nom, pour en faire l'éloge, pour expliquer son utilisation, démontrer sa fiabilité, son efficacité, sa solidité, sa longévité (aujourd'hui, elle utiliserait les termes durable, réutilisable, impact réduit sur l'environnement)
Elle était une démonstratrice très convaincante et, pour peu que j'eusse de l'argent, j'aurais été tenté de lui acheter un jeu de ces boites rondes ou rectangulaires !
Son auditoire, uniquement féminin, se composait de voisines mais également de dames inconnues qu'elle avait su séduire au marché, le dimanche, et qu'elle invitait à ces réunions un des samedis suivants.
Ce samedi là, ma mère m'avait habillé de blanc, de haut en bas, polo, short, chaussettes et tennis, une tenue éblouissante pour éblouir, si j'étais amené à le croiser, son public.
Après avoir emprunté notre tunnel "secret", cette frondaison de feuillages et branchages dont une porte végétale, astucieusement fabriquée par nos soins, camouflait l'entrée, j'arrivais sur notre clairière, au bord de la rivière.
J'avais décidé, ce jour là, de voir ce que la rivière, claire et pleine de vie à cet endroit, devenait, un peu plus loin, en suivant ses méandres, en longeant une berge étroite qui offrait peu d'espace à mes pas. Arrivé à ce qui me paraissait être un cul-de-sac, je découvris une eau stagnante, marécageuse, vaseuse, sableuse et nauséabonde, un crapaud y faisait des vocalises.
Encouragé par mon esprit d'entreprise, à nulle conséquence fâcheuse, je m'enhardis davantage en rampant, à califourchon, sur un tronc d'arbre qui joignait les deux rives.
Mon désir d'apercevoir ce fameux crapaud qui restait autant invisible que sonore me fit oublier toute prudence et , après m'être penché, j'ai réalisé une magnifique cabriole avant, à laquelle personne, malheureusement, n'a pu attribuer une note technique ou artistique, puisque j'étais seul, sans aucun témoin.
Je vous laisse imaginer ce que peut devenir une tenue propre, blanche, plongée dans un liquide noir, collant et fétide.
Je n'avais plus qu'une idée en tête, retourner au plus vite chez moi, avant que n'arrivent les invitées, après avoir nettoyé comme je le pouvais, c'est à dire pas grand chose, les résultats de mon plongeon.
Arrivé à mon appartement, je marchais à petit pas, elles étaient déjà là.
Ma mère qui m'avait entendu mais n'avait pas levé la tête, elle était occupée à étaler avec soin les marchandises, stoppa mon élan "Pierre, viens dire bonjour, mon chéri".
J'étais un enfant obéissant et ma curiosité, mon goût du partage eurent raison de mon désir premier, celui de prendre la fuite.
C'est seulement après les présentations expresses de cet enfant aux cheveux poisseux, ce polisson souillon, ce fils de mineur, de charbonnier, d’égoutier ou de goudronnier, c'est seulement après un mélange discret de rires et de cris d'effroi que ma mère leva , enfin, la tête, et faillit périr de syncope.
Avant même qu'elle ne retrouve ses esprits et sa voix, je décidai de rejoindre, au plus vite, la salle de bain, en gratifiant le sol des traces boueuses de mon passage.

Ma mère savait que nous n'aimions pas ces bouchées de pâte d'amande enrobées de chocolat, c'était leur cœur qui en constituait la partie la plus importante et c'était cette partie-là qui nous rebutait.
Lors d'une réunion Tupperware, après avoir soulevé le couvercle de cette jolie boite de chocolats fourrés, elle eut la surprise de découvrir les couleurs vives et variées de ces chocolats et leur forme irrégulière de petits monticules érodés par notre salive.
Les quelques marbrures qui subsistaient sur certaines bouchées témoignaient de notre hâte ou de notre manque d'application quand on avait léché la partie chocolatée.
Nous étions jeunes et inexpérimentés, si ce n'avait pas été le cas, nous aurions bien pris soin de faire tourner doucement, patiemment, ces bouchées entre nos lèvres, pour les débarrasser complètement  de toute origine chocolatée qui jurait avec leur nouveau look.
Deux  bêtises dont je me souviens, étalées sur cinq ans, c'est bien peu en définitive.
Plus tard, en grandissant, elles gagnèrent en ampleur, en imagination, sans jamais, fort heureusement,  devenir illégales, seulement espiègles  ou subversives.

mercredi 15 mars 2023

Quarante ans, le bel âge

La galanterie, dit-on, impose de ne jamais demander son âge à une femme, surtout si on le devine grand, au vu des apparences.
Aujourd’hui, ma belle-fille fête ses 40 ans.
Il serait malvenu d'offrir des fleurs à une fleuriste et cet anniversaire mérite mieux, c'est pourquoi Laurence, Victor et son papa sont invités dans un grand restaurant de la région (Laurence est gourmande).
Nous ne serons, malheureusement, pas présents.
Pas question de contaminer qui que ce soit.
Le patron du restaurant, homme charmant et nullement soupçonneux, nous enverra la facture ensuite.
J'ai appelé Laurence ce matin pour lui souhaiter son anniversaire et lui ai raconté l'anecdote qui suit.
Une de mes amies, qui ne fait pas son âge, fêtait les 40 ans de sa fille, qui ne faisait pas plus son âge (telle mère, telle fille).
Laurence, elle aussi, a toujours paru plus jeune que son âge officiel.
Pierre Doris, humoriste au ton misogyne et décapant, lui qui était pourtant l'homme et le mari le plus attentionné, le plus aimant, disait "Ma femme est tellement paresseuse qu'elle ne fait même pas son âge"
Cette amie, donc, s'était empressée de dire, le jour anniversaire de sa fille,
"Je t'interdis de donner ton âge en ma présence, en connaissant le tien, que vont-ils penser du mien ?"

BlaBlaCar (où es-tu, où es-tu ?)

En attendant que mes forces me permettent d'écrire autre chose que des commentaires, ce qui ne saurait tarder, je sens qu'elles reviennent au galop mais je reste prudent et redoute  une ruse.
En attendant, voici un sketch qui commence à être vraiment drôle à partir de 2m30 et va crescendo jusqu'à la fin.
Le covoiturage, vu par Geremy Credeville



dimanche 12 mars 2023

Journal d'un enfant ordinaire - Fragments désordonnés (parfois dissipés) 1/2

Enfant, je fus trimballé, au gré  d'exils forcés, de mutations paternelles ou de désir maternel, de pays en pays, de soleil en pluie, de pâleurs en hâles, de ville en campagne, de ruisseaux en béton, d'accent en accent, de frissons en frissons, de souvenirs en souvenirs.
J'ai donc vécu plusieurs enfances, rurales ou citadines, et les comparaisons que je fis, dans mes jeunes âges tranchants, me paraissent, pour certaines, injustes à présent.
Mes souvenirs sont intacts, leur lieu de naissance pas toujours.
J'ai eu le tort de rendre visite à quelques vieux amis, à quelques lieux amis.
Hélas, le temps ne les a pas embellis.
Comparer le présent avec le passé est un exercice périlleux.
Un regard d'enfant agrandit, embellit ses visions, les charge d'émotions, bien plus que celui d'un adulte. Mais il y a aussi la vieillesse, l'abandon et ce que l'on nomme progrès, qui prend possession des terres, et modèle, à sa façon, aussi bien les paysages que les Hommes.

Cité-Petit

Mon frère aîné, Claude, est retourné en Algérie, à Oran, la ville radieuse, à la recherche de notre "maison" natale, une petite bâtisse, située dans le quartier "Cité-Petit".
Après s'être assuré, auprès d'un brave vieux monsieur, que la maison blanche et bleue qu'il avait sous les yeux était bien celle de ses premières années, il la filma.
Je dois préciser que ce gentil monsieur semblait plus épris de "publicité" que de vérité.
Sur la vidéo, on l'aperçoit jouant au guide et répétant, à deux reprises, à mon frère, dans un français quelque peu fautif et teinté d'un accent charmant "Oui, ci bien ici ! ci pour la télé ?"
De retour à Nice, mon frère était fier de pouvoir attendrir toute la famille, ses parents et ses frères, avec son trésor scellé dans une cassette qu'il allait nous offrir.
Mon frère avait pris soin d'ajouter, en montage, une autre piste sonore, au volume suffisamment bas pour qu'elle ne couvre pas les bruits de la ville, le son de la mer, des oiseaux, des voix, mais assez forte, assez bien choisie, pour exprimer, en musique, une douce nostalgie.
Mon frère cadet et moi-même avions quitté trop tôt l'Algérie pour reconnaître ces fragments de chaux, ce fragment de vie, pour nous c'était une découverte et nous étions émus.
Pour mes parents, ce fut une autre histoire.
Alors que mon frère,  d'une voix visiblement très émue, au bord des larmes, commentait ces images ensoleillées, ma mère l'interrompit.
- Mais Claude, tu t'es trompé ! Ce n'est pas du tout notre maison, ce n'est pas chez nous, nous habitions un peu plus loin !
Mon frère était effondré et je ne crois pas avoir jamais ressenti plus de compassion envers lui qu'à ce moment-là.
Cependant, ma mère adoucit son commentaire, aussi cruel que sincère, en ajoutant
"Tu as bien fait, Claude, je n'aurais pas aimé, je crois, revoir cette maison et ce qu'elle est peut-être devenue"
Mon père, toujours aussi délicat, nous livra sa propre réflexion (j'aurais préféré qu'il s'abstienne de toute livraison et qu'il garde, pour lui, cette pensée)
"C'était bien la peine de dépenser autant d'argent pour filmer ça !"

La Berthauderie

Lorsque je revis ce quartier de mon enfance, à Saint Nazaire, il me revint en mémoire un refrain qui illustrait ma déception, celui chanté par Nino Ferrer  dans "La maison près de la fontaine"
Je n'avais jamais ressenti avec autant de force son message.
La musique, les paroles , semblaient s'être échappées de mon enfance, remplaçaient, de leur chant réconfortant, la vision amère du présent, auquel le dernier couplet restituait le pouvoir.
"La maison près des HLM a fait place à l'usine et au supermarché
Les arbres ont disparu, mais ça sent l'hydrogène sulfuré
L'essence,la guerre, la société
C'n'est pas si mal, et c'est normal,c'est le progrès"
Au jeu de l'avant-après, ce n'était pas les différences qu'il fallait dénicher mais les ressemblances.
Plus de champs, plus de prairies, plus de rivières, peu d'arbres, peu d'oiseaux.
Tout avait été rasé, asséché, oublié, découragé.
Le bloc de quelques immeubles où j'avais vécu, cet îlot où nous étions des Robinson, avait survécu, il était à présent entouré de béton, de constructions, d'une usine et d'un centre commercial, la plus grande attraction du quartier succédait à celles qu'offrait, gratuitement, généreusement, la Nature.
Accoudé à une rambarde d'un balcon, j'aperçus un visage qui me semblait familier, bien que vieilli.
C'était le père d'un de mes amis d'enfance, de mes compagnons de jeu, nous faisions ensemble le tour du propriétaire, tout en sachant pertinemment que les champs, les rivières ne nous appartenaient nullement, c'était uniquement notre façon à nous de leur faire ressentir combien nous les aimions.
Il était aussi heureux que moi de nos retrouvailles et il m'invita à boire un verre chez lui.
Avec son accord, j'ai filmé notre conversation, après avoir posé sur une table mon caméscope (celui-ci s'est vite fait oublier)
Ce sont les seules images que j'ai désiré conserver et que mes parents eurent du plaisir à découvrir ensuite.
Les autres images, celles du passé, de la vie qui les animait, seront décrites la prochaine fois...