Au café des anis.
Sur une terrasse ensoleillée, à l'heure de l'apéritif, les langues se délient après le pastis.
Enfin, quand je dis "se délient", c'est un abus de langage étant donné qu'à Marseille, même les secrets dont on se soulage à confesse sont souvent interrompus par le curé.
"Parlez sans crainte, mon fils, mais dites-en-moi davantage car ça, je le savais déjà !"
Et ne le faites que si vous tenez à ce que, le lendemain ou le jour suivant, tout Marseille soit au courant.
Ici, même le clergé a une langue qu'il n'arrive pas à tenir, on a beau être curé, on est avant tout marseillais.
- Dis nous la vérité, Aymé, tu as vraiment eu autant de conquêtes ?
Ce n'est pas que l'on ne te croit pas mais quand on voit ta tête...
- Je sais, c'est surprenant mais, que voulez-vous, j'ai toujours été un formidable amant
- Alors, dis nous, combien , combien as-tu fait tourner de têtes ?
- Jeannot, malheureux ! ne pose pas ce genre de question, le soleil se sera déjà couché qu'Aymé continuera à nous inventer avec qui il a couché !
- Pour sûr, si vous m'interrompez avant même que j'aie commencé, on n'est pas sorti de l'auberge ! la question est importante et demande ré-fle-xion
- Aymé, sans vouloir te vexer, en général réfléchir ne te réussit guère, on ne se lance pas ainsi dans une telle expérience sans avoir un peu de pratique, les neurones c'est comme les articulations, ils se grippent si on ne les sollicite que rarement.
- Tais-toi, mauvaise langue, et laisse moi me souvenir et compter. Je vais vous raconter, et en rimes, c'est encore plus séduisant, toutes celles qu'Aymé a aimées.
A Lyon, j'ai rencontré Marion
Une tigresse, avec une crinière de lion
A Paris, Eugénie
Mon Dieu, comme elle était jolie !
A Cassis, Bérénice
Il fallait voir ses cuisses !
A Toulon, Manon
Peuchère, quand elle disait oui, personne ne répondait non !
A Bandol, Carole
Elle me disait "Tu me rends folle !"
Me voici, il me semble arrivé à la moitié, vérifions, A lyon, Marion, un, A Paris, Eugénie, deux...
- Cinq Aymé, cinq, continue, tu nous fais languir !
- Vous me voyez ravi d'avoir capté votre attention, reprenons
J'ai connu
A Nice, Alice
Ses seins, c'était comme des calices !
A St Raphaël, Isabelle
Une beauté diabolique, à damner tous les saints, à commencer par Raphaël
A Mayotte, Charlotte
La coquine ne portait jamais de culotte !
A Bastia, Emma
Sa démarche me rendait fada !
Et la petite dernière,
A Hyères, Bérangère
Peuchère, elle était boulangère et moi maçon, je vous laisse imaginer ce que, dans l'intimité, nous avons bâti, pétri, elle était chaude comme un petit pain tout juste sorti du four, inventive, je ne savais même pas que l'on pouvait prendre, sans risquer une élongation ou un blocage qui m'aurait fait ressembler pendant des semaines au pauvre Juju, ce petit vieux tout tordu, certaines positions acrobatiques, fantastiques.
Voilà, les amis, le compte est bon, dix, cela m'a donné soif, je reprendrais bien un pastis !
-Hé bé, Aymé, je suis bouche bée ! Mais, c'est quand même extraordinaire, dis-moi, tu faisais une sélection ? Non, parce que, avoir un amour dont le prénom s'accorde à la perfection avec sa ville, pardon ! Moi je dis, chapeau l'artiste, le magicien, le prestidigitateur, l’illusionniste, le marionnettiste, l'équilibriste !
- C'est juste que ma mémoire des noms, des prénoms, me joue des tours alors, tant qu'à faire, je choisis le joli, celui qui rime, j'enjolive, Manon c'est quand même plus joli qu'Olive !
Par contre, ma mémoire visuelle et tactile, ma mémoire amoureuse est sûre et fidèle !
- Dommage, Aymé, que tu ne te sois pas arrêté de compter, une fois arrivé à dix.
Parce que la onzième, ta merveille de Marseille, ta femme, Roselyne, et ne le prends pas mal, cela reste amical, ce n'est pas qu'elle soit vilaine, je dirais plutôt qu'elle fait mal aux yeux, je me demande à chaque fois si c'est moi qu'elle regarde ou mon voisin, c'est comme si son œil droit s'était fâché avec le gauche, qu'ils se tournaient le dos. Honnêtement, il serait hypocrite, dans son cas, de parler de coquetterie, déjà il ne faudrait pas parler d'une coquetterie mais de deux, ses yeux sont déjà fâchés, on ne va pas leur fournir une raison supplémentaire de l'être, et puis, franchement, coquetterie...Je sais bien qu'à Marseille, on enjolive, on embellit mais seulement si, au départ on a de la matière, on peut faire d'un âne un cheval de course mais on parle d'un bel âne, tout de même ! Ou alors, peut-être, un jour de cagnard, avec le soleil et le pastis qui jouent du tambour sur la tête, oui, peut-être, là, tout est possible.
Bénies soient les lunettes de soleil, elle devrait en porter plus souvent, à vrai dire tout le temps !
On dit que les voyages forment la jeunesse mais est-ce qu'ils ne déformeraient pas le jugement ? Il est vrai, je l'avais presque oublié, que Roselyne possède d'autres arguments et que, peut-être, je dis bien peut-être, tu aurais louché sur sa richesse !
- Oh, je sais bien, allez, ce que tous vous pensez, que j'ai épousé Roselyne seulement pour son argent. Et c'est un peu vrai mais ça ne l'est plus, ce ne fut vrai que très peu de temps. Roselyne, vous en parlez toujours sur le ton de la plaisanterie mais c'est parce que vous ne la connaissez pas aussi bien que moi. Pour commencer, et peut-être parce que je m'y suis habitué, moi je la trouve belle, oui Monsieur, parfaitement, belle ! Ensuite, je vous souhaite, à tous, de connaître le dixième du plaisir qu'elle m'a fait découvrir, un dixième plus conséquent que mes dix autres plaisirs réunis, ceux de mes anciens amours. Je ne vais pas vous raconter dans le détail ce qu'elle m'a appris, au lit, parce que ce serait donner raison au patron, le soleil se coucherait avant que mon récit soit terminé et puis, de toute façon, vous ne me croiriez pas ! Sachez, seulement, qu'avec ce don, elle aurait pu pécho, comme disent les jeunes, les plus beaux étalons mais non, elle m'a accepté, moi, le petit maçon.
Et, comme si cela ne suffisait pas, elle a un cœur plus grand que le chœur de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde.
Alors, ma Roselyne, je la trouve belle et je l'aime de tout mon cœur !
- Moi, je te crois, Aymé ! On ne peut pas dire d'aussi belles choses sans faire appel à la vérité.
A ta santé, Aymé, le bien aimé !
C'est beau, l'amour d'Aymé pour son aimée.
RépondreSupprimerMais dis-moi, Roselyne, l'a-t-il rencontrée à Tataouine ? :-)
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Tu poses une question, qu'aucun marseillais n'a osé formuler !
SupprimerIls ont tellement de tact :-)
C'est vrai, ils sont connus pour ça... ;-)
Supprimer•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
Ce n'est pas un mauvais bougre, Aymé.
RépondreSupprimerMême si Roselyne ne lui suffit point,
il l'aime de tout son cœur, c'est certain. :-)
Bonne fin de journée, Rom.
Pourquoi donc Roselyne ne lui suffirait point, Françoise ??
SupprimerIl n'a fait qu'évoquer ses amours passées.
Bonne soirée, Françoise.
Oui, c'est vrai. Au temps pour moi. ;-)
SupprimerC'est tout mignon.
RépondreSupprimerEt puis il vaut mieux répondre ainsi que par un coup de poing. :)
Oui, Pastelle.
SupprimerIl est plus habile de répondre aux mauvaises langues (pour ne pas employer une expression plus triviale) par une pirouette verbale.