- Monsieur Lasalle, vous avez la parole.
Jean Lassalle, 1,90 m, droit comme un "i", le visage jovial, le nez aussi fort que l'homme, une voix qui porte, aux accents rocailleux et malicieux, le verbe s'accompagne de gestes amples qui embrassent l'Assemblée nationale, toute entière.
- Madame la présidente, cela me fait tout drôle, je vous l'avoue, que l'on me donne la parole, habituellement je la prends, merci de m'éviter cet effort.
Et, puisque j'évoque la parole, j'espère que le gouvernement saura tenir la sienne et qu'il n'en a qu'une.
J'habite dans un charmant petit village, qui répond au nom chantant de "Lourdios-Ichère" et, d'ailleurs, j'invite tous nos compatriotes, y compris vous madame la présidente, à venir nous rendre une petite visite pour découvrir les charmes de notre région, nos valeurs solides, profondément enracinées dans cette terre qui fait vivre, depuis des siècles, des générations entières de paysans qui l'aiment et n'ont pas ménagé leur peine pour la retourner, la labourer, la travailler, la nourrir, l'irriguer en respectant, toujours, les cycles de la nature.
Cette terre, dont on pourrait penser maintenant qu'elle n'appartient plus à ceux qui l'ont éduquée, cette terre qui est comme leur enfant.
Notre gouvernement, ou du moins cette injuste commission européenne, dont il est le complice, qui prend ses décisions à plus de mille kilomètres de chez nous, décide de leur ôter leur autorité parentale avec des règles iniques, scélérates, meurtrières.
Vous me trouvez excessif ?
Mais ces décisions qui s'additionnent, au fil du temps, au gré des lubies des lobbies, de ces gigantesques groupes industriels, alimentaires, ne le sont-elles pas encore plus ?
Savez-vous combien de fermiers, d'agriculteurs, désespérés, accablés par les dettes, les taxes, l'absence de soutien et de considération, les lois qui réduisent à peau de chagrin leur autonomie, leur liberté d'exploitation, leur indépendance, savez-vous combien, commettent, chaque jour, l'irréparable ? Combien doit être profonde leur douleur, leur désespérance, pour qu'ils renoncent à la révolte, pour qu'ils oublient le sort des veuves, des veufs, des enfants orphelins, des pères et des mères dans le deuil, que leur acte va sceller.
Ma mère et ma grand-mère, avant elle, habitaient une petite cabane, à l'entrée du village.
Elles se nourrissaient de peu, se contentaient de peu, se chauffaient au bois, avec des branches arrachées par le vent, avec des sarments offerts, de bonne grâce, par des viticulteurs.
Et elles étaient heureuses malgré tout, reconnaissantes envers la Nature, envers les Hommes.
Mais ce peu, pour ce monde de folie, pour cette société qui ne devrait plus s'appeler ainsi -on n'a plus le droit de s'appeler société quand ce sont uniquement des intérêts financiers, égoïstes, pour le plus petit nombre, qui décide des actions engagées- pour ce monde ce peu c'est déjà trop, ils dépouillent sans vergogne et veulent même dépouiller le peu d'Humanité, qui leur résiste, aux pauvres, aux miséreux dont c'est la dernière richesse mais cette richesse-là, jamais les puissants, les inconscients ne l'obtiendront, vous m'entendez, jamais !
Actuellement, le pays se focalise sur la réforme des retraites, je ne nie pas l'importance de ce débat mais, pour nombre de personnes, la question n'est pas de savoir s'ils pourront prendre la retraite avant 64 ans car ils ne le peuvent pas déjà actuellement, vu le montant misérable de leur pension, et les projections sur l'avenir, tel qu'imaginé par nos dirigeants, ne m'incitent guère à penser que cela pourrait changer autrement qu'en pire.
Quand notre gouvernement tiendra-t-il ses engagements ?
Quand cessera-t-il de brader notre territoire à des capitaux étrangers, n'ayant jamais mis le pied sur notre sol, n'ayant jamais vu la beauté de nos terres mais seulement le profit qu'ils pouvaient en tirer, ne désirant nullement les aimer mais uniquement, et sans état d'âme, les rentabiliser, les presser, les essorer, les industrialiser, les mondialiser ?
Quand entendra-t-il les plaintes dans nos plaines, nos montagnes, de ces gens qui travaillent jour et nuit, pratiquement tous les jours, sans vacances, pour nourrir nos compatriotes ? ces gens qui cultivent la terre sans relâche et que certaines personnes cultivées et dédaigneuses appellent "bouseux" !
Que sont devenues les trois couleurs de notre drapeau, "Liberté", "Égalité", "Fraternité" ?
Faudra-t-il brandir l'étendard noir de la rébellion pour les retrouver ?
Quand ce gouvernement rendra-t-il leur dignité à ces Français qui vénèrent la terre, qui aiment leur pays et à qui il fait perdre ce qu'ils ont de plus cher, la vie !?
- Monsieur Lassalle, merci pour votre intervention, votre temps de parole est épuisé
- Tout comme nos terres, tout comme nos Hommes, madame la présidente de séance !
- Monsieur Lassalle, dernier rappel à l'ordre !
- ♪♫♫♪
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.
mardi 7 mars 2023
Monsieur Lasalle, vous avez la parole
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Jolie tirade, bravo !
RépondreSupprimerMerci passant anonyme, à l'infinité d'homonymes, pour votre éloge destinée à Monsieur Lasalle qui apprécie ce rappel d'une tirade plus ancienne, qui aurait pu lui être destinée, celle qui se débarrasse d'un cache-nez et glorifie Cyrano.
SupprimerMonsieur Lassalle, un personnage non corrompu, sincère et honnête.
RépondreSupprimerBravo de lui avoir prêté tes mots, des mots qu'il aurait pu dire, qu'il a dits peut-être...
Dans l'esprit, oui, je pense qu'il aurait pu les dire.
SupprimerQuant au chant des partisans, oui, il l'a bel et bien chanté à l'Assemblée nationale !
Merci pour ta visite, Françoise.