jeudi 14 avril 2022

Endormie

Endormie au soleil, parmi les blés dorés,
Penchant, de temps en vent, vers ton visage exilé.
Je guette sur tes lèvres les secrets que tu destines
A ce monde où tu pars sans moi
Où je n'existe peut-être même pas
Comme j'aimerais pouvoir t'y rejoindre
Aller à ta recherche, sur ce rêve partagé
Y apercevoir ta silhouette familière
Éblouir des brumes éphémères
Juste un instant, pouvoir dérober
Des fragments de ta vie éthérée
M'en souvenir, à ton réveil
Te sourire, comme à une déesse
Et t'embrasser, les lèvres émues
D'avoir croqué dans ce fruit défendu.


mardi 12 avril 2022

Un dimanche matin

La porte-fenêtre, grande ouverte, proposait à la chaleur diurne, ramassée dans quinze mètres carrés, de dilater sa torpeur dans l'espace infini avec , comme unique couverture, un ciel étoilé d'été.
Le grand volet coulissant hissait très haut ses couleurs de bois vieilli, portées par trois lames rebelles qui refusaient de s'enrouler.
Une légère brise matinale visitait discrètement les appartements endormis , son souffle voyageait sur des peaux nues, les caressait d'une fraicheur inattendue et trop vite disparue.
A présent, les premiers rayons solaires dessinaient, sur le parquet verni, les motifs ombrés du garde-corps en fer forgé.
Au pied du lit, le cocker assoupi, agacé par une étincelle de lumière et le tournoiement d'une mouche étourdie, soupira et rechercha une position lui assurant une reprise paisible du sommeil.
Sur le balcon long et étroit, deux pigeons, habitués des lieux, se mirent à roucouler sans vergogne et leur chant amoureux ne fut que peu apprécié par le canidé qui se mit en rogne et éconduisit les tourtereaux, s'enfuyant à tire-d'aile.
Le silence était revenu, les bruits assourdis de la ville qui s'éveille s'estompaient en franchissant la longue et large cour intérieure pavée, terminée par de vieux bâtiments datant d'après guerre.
Le voisin du dessus, un vieux monsieur, avait la délicatesse de ne pas accompagner chacune de ses nombreuses allées et venues aux toilettes, qui faisaient grincer son parquet en dépit de pas timides, du jet d'eau, bruyant et purificateur d'une vieille chasse à tirette.
Mais la coupe devait être pleine car, cette fois, il tira longuement sur la poignée qui délivra une réserve aquatique, trop longtemps retenue, et qui se vengea en imitant la force et le vacarme des chutes du Niagara.
Le cocker, fataliste, soupira de nouveau.
Tu mis ta tête sous l'oreiller; j'étais réveillé et caressais, en pensée, ton dos nu et tes formes rebondies qui soulevaient le drap blanc, un charmant arrondi de jeunesse ferme et insolente, une cime victorieuse atteinte par tes vingt ans.
Je me levai, sans faire de bruit, et fis toussoter la cafetière, préparée la veille.
Des arômes torréfiés ne tardèrent pas à répandre leur message olfactif, entêtant et tenace.
Le chien était sur mes talons et guettait le moment où je saisirais sa laisse, attache synonyme de libération, d'un proche soulagement.
Je m'habillai rapidement et l’entraînai dans la rue.
Il était tôt, surtout pour un dimanche, la promenade fut solitaire et, après avoir attaché mon cocker à un anneau extérieur, je pénétrai dans la boulangerie où le maître pétrisseur en personne, vêtu de blanc fariné, m'accueillit avec un sourire qu'il réservait aux premiers clients.
Une baguette, une ficelle et deux croissants, de quoi assurer une complicité gustative au café et aux oranges que je presserai à mon retour.
Après avoir traversé la cour déserte et accordé quelques pauses olfactives au chien, je me préparais à assembler ce petit déjeuner royal avec la touche finale d'une rose, séparée pour l'occasion de ses congénères, et disposée dans un soliflore étroit qui maintiendrait la droiture de sa tige élancée.
Quelques notes métalliques, rythmées maladroitement, peinant à atteindre une allure de croisière, résonnèrent dans l'enceinte pavée.
Leur cadence, trop faible, provoquait une réverbération sonore qui prolongeait leur existence.
La manivelle quitta une timidité  d'échauffement et exprima, avec régularité et force, la puissance de l'orgue de barbarie qui ressuscitait d'anciennes mélodies.
Il était accompagné, à présent, par la belle voix , claire et forte, d'une jeune chanteuse qui déclamait le vieux Paris.
J'oubliai, pour un instant, le petit déjeuner et j'allai admirer, depuis la fenêtre du salon, ce duo de troubadours.
La jeune fille était jolie, petite et menue, et tenait entre ses mains, un peu théâtralement, sa courte chevelure noire et  bouclée aux moments où l'émotion de sa voix s'envolait et faisait vibrer les ondes sonores qui, à leur tour, me donnaient la chair de poule.
La ressemblance, physique et vocale, avec Piaf était évidente, et cette môme cultivait, sans nul doute, ce bel  héritage du hasard.
Le joueur d'orgue avait l'âge d'être son père mais son chapeau, à large rebords, dissimulait trop son visage pour que l'on puisse s'aventurer à rechercher une similitude de traits validant cette filiation.
Ce n'est que lorsqu'elle entama "La vie en rose" que je m'aperçus que je n'étais pas le seul spectateur, d'autres têtes dépassaient des fenêtres.
Les plus jeunes étaient perchés sur des tabourets ou tenus par la taille, des petits cris de joie s'échappaient de ces bouches juvéniles.
Les adultes attendaient la fin d'une chanson pour applaudir ou crier "Bravo !" .
À la fin du tour de chant, des pièces de monnaie pleuvaient, rebondissaient sur le pavé, roulaient, tintaient dans l'allégresse générale.
Le duo, reconnaissant, remercia cette générosité avec une dernière chanson puis quitta  cette scène musicale.
Je t'entendis me dire, d'une voix adoucie de nuit, "Qu'est-ce qui se passe ?"
Tu étais nue et ce précédent spectacle de rue, aussi ravissant qu'il puisse être, disparaissait complètement devant ce corps attendrissant de beauté, encore frémissant de rêves, que j'avais le privilège de pouvoir enlacer.
Après t'avoir embrassée doucement, j'avais répondu, en souriant
"Rien, chérie, des chanteurs de rue. Je finis de préparer le petit déjeuner, qu'en penses-tu ?"
Tu me pris la main, me conduisis dans la chambre et tu chuchotas, comme un doux secret,  "Après, oui, après..."

lundi 11 avril 2022

Narcisse

                 Narcissus pseudonarcissus, variété tropus pretentiosus
                            (Munster gardenum, 30/3/2022 datum)

Le narcisse, joyeux ce matin
Et gonflé de modestie
N'en pouvant plus, s’écrie
"Comme je suis beau, nom d'un chien !"
Miroir, mon beau miroir
Demande t-il  à la rosée
Peu importe l'heure, matin ou soir
Ma beauté est-elle inégalée ?
Comme votre humilité
Ô roi de tous les prés !

Vous vous moquez, rosée ?
Que nenni, votre majesté !
Je ne dis que la vérité
Vous seriez, assurément, la plus belle fleur du jardin
Vous éclipseriez toutes les autres, et de loin
S'il n'y avait cette délicate et discrète tulipe
Qui vous ravit cette place, nom d'une pipe !
Mais si cela peut vous consoler
En orgueil, nul ne peut vous égaler.

samedi 9 avril 2022

Le secret du vote

-Papi, tu  as voté pour qui ?
-C'est secret, tu ne le sauras pas.
-Ah !
-Moi, si je pouvais voter, je voterais comme mamie.
-Tiens ! Et pourquoi ?
-La maitresse nous a dit que pendant longtemps, les femmes ne pouvaient pas voter.
-Et ?
-Alors il faut rattraper le retard, pour que son vote compte double, je voterais comme mamie !
-Petit malin ! Tu voterais sans même savoir pour qui a voté ta grand-mère ?
-Oui, mais là je le sais, mamie a voté comme ma mère.
-Et pour qui, je te prie, vote mamie ?
-Papi, je te l'aurais bien dit mais c'est un secret, tu vois  (et l'enfant rit)

Dimanche, je vote pour...



A
h,
Les élections...
Les illusions
Les candidats
Les candidates
Les candidats non déclarés
Les primaires très secondaires
La quête des signatures, des parrainages
Les pourcentages des sondages
Les temps de parole
Les paroles, paroles, paroles
Que tous ces mots
Que tous ces maux
Le vote
Le veto
L'abstention

Le défaut de vote
Dans le doute, abstiens-toi
Le vote par défaut
Les votes non exprimés
Blancs, ils ne comptent pas
Puisque décomptés
La gauche
La droite
Le centre
Les extrêmes
Les ambidextres
Les sans parti

Les répartis
Les partis pris
Les pris à partie
Les pris en flagrant délit
De délire
De tromperie
De girouette
De mauvais parti
Pour le mauvais pays.
Les partis moribonds
Ceux qui nous prennent pour des c...
Ceux qui sont dans le déni
Ceux qui renient
Douze candidat(e)s
Deux fois plus d'hommes
Une moitié d'équité, en somme
Douze feuillets doubles
Payés, mais pas en roubles
En  millions d'exemplaires
Démarche exemplaire
Écologique ?
Pragmatique ?
Douze photos d’apôtres
Le mien, le votre
Dimanche, c'est confesse
Pour qui, pour Pécresse ?
Resterai-je au dodo
Et tant pis pour Jadot ?
Madame Hidalgo ?
No, amigo !
Me montrerai-je ronchon
Envers monsieur Mélanchon ?
Je ne sortirai pas mon missel
Pour monsieur Roussel
Je ne comprends pas l'humour
De monsieur Zemmour
Dupont-Aignan,  non
Je me méfie des traits d'union
Marine ? Non, je me débine
Marine, c'est amusant ou non
Est la seule à n'utiliser que son prénom
Sur la une de  son feuillet
Bleu outrancier
Il est vrai qu'elle a déjà un nom
Et un non, le mien
C'est mieux que rien
Macron, pas question
À bas les doubles élections
Il en reste trois, c'est tout
Arthaud, Lassalle et Poutou
Des non antipathiques
Des rêveurs un peu fous
Des lutteurs utopiques
Dimanche, j'irai très tôt
Voter pour Arthaud
Lassalle ou Poutou
Ils ne seront pas au second tour
Mais cela je m'en fous
Au contraire, je suis pour
Après avoir allumé un cierge
Je leur offrirai un tour de manège
Sur de jolis chevaux de bois
La queue de Mickey ? une autre fois
Peut-être...ou pas
Ai-je révélé mon choix ?

Peut-être...ou pas
Je vote à bulletin secret
Comme l'exige la loi
Est-il trop indiscret
De confier en qui on a foi ?
A vous de me le dire
Ou de me contredire

Balancelle

Poussée par le vent, la balancelle oscille
La pluie y ruisselle, inonde l'espace vacant
Goutte à goutte, glissent des rires d'enfants
Déportés par le temps, souvenirs qui vacillent

Le fer est rouillé, la peinture écaillée
La nature, volubile, dessine le destin
Des lieux délaissés, d'antiques jardins
Des voix oubliées, des allées frayées

Le lierre envahit la pierre
Les herbes folles se propagent
Aucun oiseau dans une cage
Aucune silhouette en lumière

Partout, des roses trémières
Le parfum de la menthe sauvage
Le bruit lointain de l'orage
N'effraye plus la vieille chaumière.

Un merle noir, au bec orangé
Trône sur le  vieux portique
Siffle un air de cantique
La balançoire, en son trajet
Berce des vies endormies,
Échappées de l'oubli

Le soleil, marié à la pluie
Rutile sur le métal endurci
Don des Dieux, un arc-en-ciel
Invite, aux noces de la vie, une balancelle.

mardi 5 avril 2022

Pascal a une bonne note !

Pascal
Mâchonne
L'ennui
L'automne
Monotone
Le bois
Du crayon

La voix
De Manon
Résonne
Son esprit
Engourdi
Exilé
Ailleurs
Rêveur
Atterrit

- Pascal, Pascal, dis nous ce que tu sais de Prévert
 

Pascal sourit
A la vie
A sa jolie
Belle
Nouvelle
Maîtresse
Si douce
Avec lui
Qui l'encourage
Par des "oui !"
Lui qui
N'avalait
Que des "non !"
Pascal sourit
Aussi
En pensée (de Pascal)
A son tonton
Lucien
Qui
Lui a offert
Un Prévert
Malgré un "non"
De son père
"Un Prévert ?
 Allons bon ! "
Un Prévert
Puis un autre
Et un autre
Et un autre
Un pré
Suivi
D'une prairie
D'une plaine
De savanes
De toundras

Des lignes
Des pages
Des ouvrages
Que Pascal
Engloutit
Dévore
Des yeux
Avec sa tête
Avec son cœur

Des images
De bonheur
D'espoir
Car
Prévert
N'aimait
Que l'école
Buissonnière
Comme lui explique
Son oncle
Certains enfants
Ne comprennent pas
L'école
Et
L'école ne les comprend pas
C'est comme ça
Ces enfants
Font L'école buissonnière
Car l'école est prisonnière
De ses obligations
De ses prétentions
De ses règlements
Mais il ne faut pas lui en vouloir, tu sais
Elle fait ce qu'elle peut
Pas ce qu'elle veut
Elle est trop vieille
Pour votre jeunesse
Vous êtes trop jeunes
Pour sa sagesse
Elle a trop d'appelés
Et pas assez d'élus

Pascal raconte
Ce qu'il sait
Ce qu'il ressent
Ce qu'il comprend
Ce qu'il devine
Ce qui l'intrigue

Prévert
Était
Un grand poète
Il est né
En 1900
Tout rond
Comme ses yeux,
Grands
Ronds
Comme deux bonbons
Comme le Monde
Qu'il observait,
Doux
Bienveillants
Comme le Monde
Qu'il décrivait
Qu'il aimait
Prévert
Était
Son vrai nom
Pas besoin d'emprunt
Ni intérêt
Avec un tel nom
Avec un tel don
Jacques était
Son prénom
Comme Tati
Un grand poète
Lui aussi
Presque un sosie
Avec ses grands yeux
Ronds
Qui cajolaient
Le monde
Qu'il filmait
Et Puis
Ils fumaient
Tous  deux
La pipe
Enfin
Pour Prévert
Non
Ce n'était pas
Une pipe
Comme le disait
Magritte
Mais tout de même
Une cigarette est une pipe
Nom d'une pipe !
Jacques a dit
Écrit
De belles choses
Sur les gens
Sur les roses
Sur le vent
Les couleurs
Sur son temps
Ses noirceurs
Sur l’amitié
La liberté
La fidélité
C'était un homme
De "Paroles"
Qui
A  dit, écrit
"Les mots et les images voyagent bien mieux en dehors de leurs cages... sur les courants d'air à dos de nuages. "
Prévert aimait
La liberté
D'expression
D'émotion
C'était un anarchiste
De cœur
Un affranchi
Des rimes
Qui se posaient
Où elles voulaient
Si elles voulaient
Nulle entrave

A l'émotion
A la chanson.
Sec chansons
Récitées par les plus grands
Piaf, Mouloudji, Reggiani,Montand
Ramassaient à la pelle
Des feuilles, mortes mais belles
Qui étaient comme elles étaient
Qui étaient faites comme ça
Que voulez-vous de plus ?
Que voulez-vous donc d'elles ?
Il a quitté l'école tôt
Après trop de retenues
D'ennui sous le préau
L'école ne l'a pas retenue
Pas assez de bons points
Trop d'encre sur les mains
Mr Prévert, au coin !
Au coin le poète,
Poète que l'on ne croise pas
À  chaque coin de rue.
Mais la vie a son propre chemin
Et distribue
Comme elle veut
Quand elle veut
A qui elle veut
Au cancre ou au studieux
Ses bons points
Ses tableaux
D'honneur
De valeur
Ses rencontres
Ses hasards
Ses sourires
Ses épreuves
Ses jeux
Ses détours
Ses amours
Et Prévert fut servi
Bien servi
De l'entrée au dessert
Il aima souvent
Fut aimé autant
Se disputa parfois
Une fois, à vie
La vie est ainsi
Avec André Breton
Ses amis étaient
Poètes, peintres, écrivains, chanteurs, musiciens, comédiens,cinéastes.
Tanguy, Duhamel, Renoir, Queneau, Carné, Kosma, Aragon
Peut-on rêver de plus glorieux noms ?
Il aimait tous les arts
Réussissait dans beaucoup
Certains de ses dialogues habitent de nombreuses mémoires.
Michel Simon, Louis Jouvet, Jean Gabin, Michèle Morgan, Arletty étaient  de somptueux porte-parole qui déclamaient dans "Drôle de drame, Quai des brumes ou
Les Enfants du paradis
– Je vous assure, mon cher cousin, que vous avez dit : bizarre bizarre.
– Moi, j’ai dit bizarre, comme c’est bizarre !
- T’as de beaux yeux, tu sais
-
Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour.
Prévert a ses détracteurs.
On ne peut plaire à tout le monde, surtout quand on n'est plus de ce monde.
Houellebecq traite Prévert de con, de libertaire et juge sa poésie médiocre.
Dommage qu'il le fasse maintenant, sans droit de réponse du poète.
Prévert aurait probablement haussé les épaules et pensé, sans l'écrire,

Dites de moi tout le mal qu'il vous plaira.
Vous en avez le droit.
Qui sait ? si vous m'aviez connu
Vous en diriez, peut-être, bien plus.

Manon lui sourit,
Pascal se rassoit
- C'est bien, tu as un A, c'est à Prévert que tu le dois !

lundi 4 avril 2022

Eurovision Song Contest-1987 à 2021 2/2


 34 années, de 1987 à 2021. (Pas de concours en 2020)

En haut, à gauche le pays vainqueur.
En bas, à gauche, le lieu de la compétition, l'année et le nombre de participants (entries)
En bas, à droite, le pays arrivé second (Runner up).
Visionnage en plein écran obligatoire, à moins de posséder une vision d'extraterrestre (pictogramme, en bas, à droite)