jeudi 23 mars 2023

Guitry et la Pareido-lit (des faits !)

 Eugène Delacroix - Le Lit défait - aquarelle (Louvre)

Lors de mes visites au Louvre, je n'ai pas pu juger, sur place, ce que raconte Sacha Guitry dans son ouvrage "Cent merveilles choisies".
L'écrivain était amoureux de cette toile dont il disait
"./ Et voilà ou se  trouve le génie d'un artiste, il semble qu'un homme et une femme s'y sont aimés et qu'ils viennent, à l'instant, d'en sortir.
Les oreillers, les draps sont dans un désordre d'une extrême éloquence"
Il nous informe comment il fut découragé par l'un de ses amis qui le mit en garde de faire l'acquisition de cette aquarelle, vendue aux enchères.
Cette toile a été achetée puis revendue de nombreuses fois car, après quelque temps, ses acquéreurs remarquaient tous, dans les plis désordonnés des draps, une tête de méduse dessinée à merveille.
Ayant perdu son titre primitif, les amateurs entre-eux l'appelaient  "L'aquarelle à la tête de méduse".
Guitry renonça à cet achat car, précise-t-il, il avait déjà été piégé par un tableau de Bonnard qui représentait une femme nue sortant de son bain.
"La jambe gauche était pliée, elle de face, le pied reposant au bord de la baignoire et je ne m'étais pas aperçu , tout de suite, que les ombres du genou représentaient très distinctement deux yeux, un nez et une bouche, tels qu'on croit les voir sur la Lune quand elle est pleine".

Le lit défait est également le nom d'un roman de Françoise Sagan, le titre s'inspire d'un poème d' Éluard cité en épigraphe "De l'ennui à l'amour"

Face aux rideaux apprêtés
Le lit défait vivant et nu
Redoutable oriflamme
Son vol tranchant
Éteint les jours
Franchit les nuits
Redoutable oriflamme
Contrée presque déserte
Presque
Car taillée de toutes pièces pour le sommeil et l'amour
Tu es debout auprès du lit
Je t'aime et je dors avec toi
Écoute-moi.

6 commentaires :

  1. Il me semble légitime, pour un futur acquéreur, lorsque le prix d'une toile est élevée, de pouvoir se montrer réticent si la vision qu'il a d'une œuvre est perturbée, polluée par une autre vision, masquée.
    Il n'y a pas à discuter avec ça, rien à voir avec une intellectualisation.
    C'est simplement un choix !
    Bonne journée à toi aussi.

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  2. Eugène Delacroix était habile, la tête de méduse ne se voit pas à première vue, en tous cas, moi, je ne l'avais pas vue. Il est vrai que lorsqu'on a vu un détail, sur un tableau ici, qui ne nous plaît pas, il est difficile ensuite d'en faire abstraction, nos yeux ne l'ont pas oublié, et cela peut en effet dissuader de l'acheter.
    Joli le poème d'Eluard.

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    1. J'aurais aimé voir ce que donne la toile originale au Louvre, j'ai vu d'autres tableaux, tous plus beaux les uns que les autres, de Delacroix.
      Françoise Sagan devait beaucoup aimer Éluard puisque son célèbre roman "Bonjour tristesse" s'inspire, pour le titre, d'u début d'un autre poème "À peine défigurée"
      "Adieu tristesse,
      Bonjour tristesse.
      Tu es inscrite dans les lignes du plafond.
      Tu es inscrite dans les yeux que j'aime."
      Jamais deux sans trois, le Le titre de son roman "Un peu de soleil dans l'eau froide" est, quant à lui, tiré du poème d'Éluard, "Vivre ici"
      Le soir vient, sans voix, sans rien.
      Je reste là, me cherchant un désir, un plaisir;
      Et, vain, je n’ai qu’à m’étonner d’avoir eu à subir
      Ma douleur, comme un peu de soleil dans l’eau froide.

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    2. Je ne savais pas ce que tu dis sur Françoise Sagan. Je m'instruis en te lisant. :-)
      Je ne suis allée qu'une fois au musée du Louvre, c'était une sortie en famille, mon père, en plus de la musique et bien d'autres choses, était passionné de peintures. Je n'avais que 12 ans, et je dois dire qu'à cette époque, cela ne m'intéressait guère. J'ai une pleine boite à chaussures de cartes postales représentant des tableaux, des cartes achetées par mon père, certaines à Paris lors de cette sortie. J'avais eu le droit d'en acheter deux, je ne sais plus lesquelles j'avais choisies, mais elles doivent se trouver au milieu de toutes les autres. Cela me donne une idée de billet... :-)

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    3. Mon goût pour la peinture fut également tardif, par absence de véritable incitation extérieure.
      Je crois que si j'avais eu un père passionné comme le tien, je m'y serais intéressé plus tôt.
      Ah, ces boites à chaussures, qui ne les a jamais utilisées pour autre chose que ce à quoi elles sont, au départ, destinées ?
      J'attends, de pied ferme (chaussé), ton billet :-)

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    4. Je pense que si j'avais connu mon père plus longtemps, il m'en aurait appris des choses sur l'art, c'est dommage, mais c'est ainsi...
      Pour le billet, si j'oublie, je compte sur toi pour me le rappeler. :-)
      Bonne fin de journée, Rom.

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