lundi 6 mars 2023

Erreur sur la personne

Je marchais, à Paris, et je l'ai vue
Comme je ne l'avais jamais vue

Ça alors, Virginie !
Tu n'as pas changé, toujours aussi jolie !
Tu te souviens, de notre première rencontre,  au parc Montsouris ?
Je t'avais, par maladresse, bousculé
Ton livre était tombé
Nous nous étions penchés, tous deux, pour le ramasser
Tu portais une robe bleue, décolletée
Des papillons blancs volaient et se posaient parfois
Sur tes cheveux dorés, sur tes bras, sur tes doigts
Tu avais souri et plongé tes yeux dans les miens
Les miens qui, insoumis, plongeaient dans tes seins
Tu étais si belle, tu l'es toujours !

- Je ne vous permets pas ! mon nom est Sophie, pas Virginie

- Qu'importe, Sophie, Virginie, on a tous nos petits secrets, pas vrai ?
- Mais je ne vous connais pas ! qui êtes vous ?
- Lucien, je m'appelle Lucien
- Je ne connais pas de Lucien, je n'ai jamais connu de Lucien, vous faites erreur !
- Sophie, ma chère Sophie, on ne va pas se disputer pour un prénom, choisis celui que tu veux, celui que tu aimes, il deviendra le mien, ce ne sera que justice.
Après avoir fait une erreur sur le tien, la moindre des choses est que tu puisses en faire une sur le mien.
- Je ne vous connais pas et  je ne connais pas le parc Montsouris.
Sophie, puis-je te demander quel est, à présent, mon prénom ?  Tout à l'heure, nous irons tous les deux au parc Montsouris, saluer l'étang,  les papillons et je graverai, sur un arbre, nos deux nouvelles initiales, ce sera magique !
- Vous êtes fou !
- Peut-être mais il ne tient qu'à toi, qu'à vous, de faire naître des souvenirs que j'ai sans doute rêvés. Je t'ai aperçue, Sophie, plus d'une fois, au parc Monsouris. Bien sûr, ce n'était pas toi mais c'était bien toi, tu étais nimbée d'un léger voile, comme une photo d'Hamilton et, aujourd'hui, le voile s'est dissipé, je t'ai vue et reconnue. Accordez moi une chance, une seule !
- Vous admettrez que ce n'est tout de même pas banal !
- Quel intérêt, le banal ?
- Je ne sais pas, j'hésite...
-  Faisons quelque pas, ensemble, et tu décideras ensuite, en apprenant à me connaître, si je me suis trompé de rêve ou si tu acceptes de le vivre avec moi.

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- Maman, raconte-moi comment tu as rencontré papa ?
- Encore !?
- Oui ! je ne m'en lasse pas ! et mes copines, non plus !

J'ai bien cru que notre première rencontre serait la dernière, je n'aurais jamais cru en parler plus tard à cet enfant qui n'existerait pas sans elle.
C'était au parc Montsouris, une belle journée de printemps.
Je me dirigeais vers l'étang, vers un banc où j'avais l'habitude de m'asseoir, pour lire.
J'aimais, lorsque l'intrigue exigeait une pause, pour mieux m'en imprégner, un peu comme un soupir d'aise qui survient après une bouchée savoureuse, chocolatée, qui ferme nos yeux pour ne pas distraire notre plaisir, j'aimais admirer la nature, la vie qui dansait en cette saison.
Survolant le bassin, de petits papillons blancs ne savaient plus où donner des ailes, hésitaient entre des parfums, des couleurs qui affluaient de toutes parts, ceux de rouges tulipes, des narcisses qui avaient capturé des tranches de soleil, des magnolias, des myosotis.
Je portais une jolie robe à fleurs, bleue, et quelques papillons s'y égaraient un instant.
Je me dirigeais vers l'étang lorsque je fus bousculé par un jeune homme, maladroit et distrait.
Nous nous sommes penchés, tous deux, pour ramasser mon livre qui avait chuté.
Il avait été le plus rapide, avait lu, en un clin d’œil, la page de garde.
J'avais souri en croisant son beau regard bleu qui s'était, je m'en souviens, porté très discrètement sur mon décolleté un peu plus entrebâillé, en raison de mon inclinaison.


- Bonjour Virginie, votre prénom a-t-il été choisi après que vos parents se soient aperçus de la beauté qu'ils venaient de créer ?
- Je ne m'appelle pas Virginie, mais Sophie !
-  Mais cette dédicace ?
- Elle s'adressait à une précédente lectrice, j'ai acheté cet ouvrage, déjà feuilleté, à un bouquiniste sur les quais.
- Dommage, Sophie c'est joli aussi, Virginie serait plus fidèle à votre image. Que diriez-vous si ce prénom devenait celui de notre futur enfant, de notre fille ?
- Je dirais que vous êtes fou ou présomptueux ou goujat, peut être bien tout à la fois.  Et vous, qui êtes-vous ?
- Je m'appelle Lucien, tout à vous.
- Lucien, cela vous va bien, vous sied à merveille

- Vous vous vengez, je sais bien que ce prénom n'est pas un passeport pour le rêve. Pourquoi, puisque j'ai commis une erreur sur votre prénom, n'en feriez-vous pas une sur le mien. Ce ne serait que justice.
Choisissez celui que vous voulez, que vous aimez, il deviendra le mien.
- Vous êtes fou !
- Séduit, Sophie, tout simplement. Vous permettez que nous faisions quelque pas ensemble et que nous stoppions  sur ce joli banc, près de l'étang. Vous y avez vos habitudes, il me semble.
- Vous m'espionnez ?
- Je vous ai aperçue, lors de mes promenades, lors de mes rêves. Je suis, comme le titre de votre livre, à la recherche du temps perdu. Acceptez , je vous prie, ma compagnie.
- Je ne sais pas, j'hésite, votre demande n'est pas banale
- Quel intérêt, le banal ? Ne faites pas mon malheur, Sophie, accordez une chance au bonheur, une seule, le temps que nous apprenions à nous connaître, le temps de découvrir si le futur nous appartient, nous est commun.

- Voilà ma chérie, Virginie.
La suite est une succession de rendez-vous, au même endroit, de lectures à deux, de fous-rires, de papillons dans nos yeux, de pétales arrachées par le vent qui flottaient sur l'étang, qui languissaient sur notre banc.

Il est venu, derrière moi, entourer mon cou de ses bras et a chuchoté "Ton histoire est bien plus belle que la mienne, ce sont pourtant les mêmes, à quelques nuances près, à quelque talent près, le tien, mon adorable Sophie".
- C'est toi qui me l'a inspirée, mon Alexandre bien-aimé

10 commentaires :

  1. Un rêve qui deviendrait réalité ?...
    Est-ce que la belle se laissera séduire et voudra partager le rêve de cet inconnu ?
    Nul ne sait, ni ne saura. :-)
    En tous cas, tu as une imagination impressionnante, Rom ! :-)

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    1. La belle a de bonnes raisons d'être prudente, en aura-t-elle d'être conquise ? Car, pour l'instant, le doute est permis, doux rêveur inoffensif, séducteur aux méthodes imaginatives et non conventionnelles ou hurluberlu atteint de douce folie ?
      Il faudra qu'il soit bien plus persuasif et qu'il évite certaines acrobaties de langage, le métier de cascadeur n'est pas sans risque :-)
      Merci, Françoise et belle bleue (on est bien mardi ?) -)

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  2. Il y aura une suite, alors ? :-)

    Mardi bleu ?
    Un rapport avec la comptine de Cécile Bouche ?
    Lundi gris
    c'est reparti
    Mardi bleu
    ouvre les yeux
    Mercredi rose
    on se repose
    Jeudi jaune
    tout ronronne
    Vendredi vert
    saute à l'envers
    Samedi rouge
    rien ne bouge
    Dimanche violet
    fait ce qu'il te plait

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    1. Je ne connaissais pas cette charmante comptine.
      Non pas mardi bleu mais journée bleue.
      Les jours sont renommés dans un de mes récents billets, tu sais, celui qui en fait voir de toutes les couleurs :-)
      Une suite ? je n'y ai pas vraiment songé, peut-être.
      Bonne soirée, Françoise.

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    2. Oui, je sais, mais comme le lundi était déjà cyan (bleu/vert), je n'étais pas sûre que le mardi soit bleu ;-)

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    3. Le mardi s'appelle "bleu" si je le veux, privilège d'auteur :-)
      Sais-tu que la "décomposition" des couleurs du spectre de l'arc-en-ciel: violet, indigo, bleu, vert est loin d'être identique dans chaque pays ?

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    4. De 3 à 9 couleurs distinguées selon les cultures. Newton (le savant à la pomme) a découpé le cercle chromatique avec un chiffre magique, 7.

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    5. Suite (et fin) de ce billet rédigée, Françoise :-)

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    6. Ainsi donc, Sophie l'a baptisé Alexandre ? Alexandre le bienheureux, il en a tout l'air ! ;-)
      Merci pour cette jolie fin, Rom.
      Bel après-midi à toi.

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    7. Merci à toi de m'avoir suggéré de l'écrire, Françoise.
      Belle après-midi, à toi également.

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