Les frères Lumière, Auguste et Louis (à droite). Petite astuce mnémotechnique (j'en utilise au quotidien) : L comme lunettes, comme Louis.
Deuxième subtile astuce: une fois identifié Louis, l'autre est Auguste :-)
Le cinéma est né muet, mais sera très vite sonorisé.
Cependant, il faudra patienter plus de trente années avant qu'il ne prenne la parole.
La première projection payante fut celle des frères Lumière, le 28 décembre 1895.
Dans le sous sol du Grand Café , au boulevard des Capucines, 10 films furent proposés aux spectateurs: "Sortie d'une usine (à Lyon)", "la voltige", "repas (de bébé)", "pêche aux poissons rouges", "le débarquement du congrès de photographie à Lyon", " Le jardinier (l'arroseur arrosé)", "le saut à la couverture", "la mer (baignade en mer)", "la place des cordeliers" et "les forgerons".
Contrairement à une idée répandue, le film "Arrivée d'un train en gare de la Ciotat", ne fut diffusé que l'année suivante, en 1896.
Aucune musique n'accompagnait cette première projection de 1895.
Auparavant, Louis Lumière avait déjà inventé la plaque photographique prête à l'emploi, permettant l'essor de la photo amateur. Ce fut le début de la fortune de la famille.
En 1892, la société est l'une des premières entreprises de la chimie à Lyon, la première européenne de plaques photographiques et la seconde au niveau mondial, derrière Kodak.
"Tout est assez lyonnais chez les Lumière, humanistes, très entreprenants, ouverts sur le monde, eux qui envoyèrent des opérateurs aux quatre coins de la planète", souligne Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière de Lyon,
Un joli compliment qu'aurait pu utiliser le lyonnais Mr Brun, dans le film "César" de Marcel Pagnol, pour clouer le bec du très marseillais Raimu.
Les frères Lumière ont réalisé 1.422 films, les négatifs sont quasiment tous intacts,
il y a déjà tout: mise en scène, travelling, trucage, gag, film
familial, comique, publicitaire, d'actualité, documentaire... La famille
a légué les droits des films à l'Institut Lumière, à Lyon, qui fait
vivre cet héritage.
Il est intéressant de noter que les deux frères ne croyaient guère à leur invention.
Louis Lumière aurait dit : « Le cinéma n’a aucun avenir commercial ».
Errare humanum est, les frères Lumière étaient géniaux mais ils restaient des Hommes.
J'ai réalisé, ci-après, un montage de ces dix films, dans des versions pour la plupart restaurées.
Plus que restaurées, il faudrait dire améliorées, entre-autres par l'intelligence artificielle
C'est donc une vision qu'aucun spectateur de l'époque n'a pu avoir.
Seuls
les Frères Lumière, réalisateurs du tournage, pourraient nous dire si
ce qu'ils ont vu, filmé est retranscrit fidèlement par ces versions
"améliorées".
Personnellement, je ne boude pas mon plaisir.
Les
deux versions existent, c'est ce qui m'importe (je suis moins convaincu
par les qualités techniques des versions colorisées).
Exceptés les films "L'arroseur arrosé", "la voltige" et "Les forgerons", j'ai sonorisé les autres films en m'accordant une certaine liberté :-) , j'ai ajouté, de ci de là, quelques commentaires.
En fin de montage, une version remastérisée en 4K et assez bluffante du film "Arrivée d'un train en gare de la Ciotat" suivie de la version originale.
Une version remastérisée et colorisée de "Sur une plage" (1896) clôt la vidéo.
Certaines images sont touchantes, il m'est difficile de ne pas songer au drame qui couve et éclatera, vingt ans plus tard, celui de la 1ère guerre mondiale.
Dans les années 50 à 70, quelques personnes ayant assisté à cette fameuse projection du 28 décembre 1895 ou aux suivantes témoignaient de leur émerveillement ou, plus rarement ,de leur déception.
Le passé est riche en prédictions erronées, en prophéties pessimistes, voire catastrophiques.
Lorsque la Tour Eiffel a dominé, de sa hauteur, le paysage parisien, les journaux de l'époque ont évoqué un désastre pour la belle ville de Paris, que l'on défigurait avec un squelette, hideux , de métal. On prédisait un avenir sombre au tourisme de la capitale.
De grands écrivains, des personnalités du Tout-Paris abondaient dans ce sens.
Cela devrait nous servir de leçon, on doit rester prudent et humble devant la nouveauté puisque même les inventeurs, les créateurs peuvent se tromper sur l'avenir promis à leur bébé.
Voici ce que racontaient les premiers spectateurs des films des frères Lumière.
Anonyme en 1956
J’ai dit : 'Voilà, j’ai vu le 1er film'. Mais à quoi cela peut-il bien servir ?"
Toujours en 1956, dans l'émission radiophonique "Soyez témoin"
-L’arrivée du train dans la gare Saint-Lazare. Ça alors ! c’était quelque chose de tout à fait extraordinaire. On savait bien qu’il n’y avait pas de danger. Nous étions au premier rang, quand la locomotive est arrivée sur nous…
- Vous avez poussé un cri ?
- Non, tout de même, je me tenais bien. Tous les gens ont jailli. À cette époque-là, le cinéma n’était pas assagi comme maintenant. Tout allait à un rythme du diable ! *
Les gens dégringolaient, les portières s’ouvraient. Pas comme maintenant ! Pas raisonnablement comme maintenant ! De sorte que les gens n’avaient pas l’air d’aller à leurs affaires. Il avaient l’air de se précipiter, de se jeter !"
* En raison du faible nombre d'images par seconde (16 à 18)
Pauline Thomas De Pange, comtesse et femmes de lettres 1968
"Un jardin où on voyait le vent dans les arbres. Et ça, ça avait paru tellement joli que toute la salle a applaudi."
Soyez témoin, 1956
- C’était de la photographie qui bougeait !
- Avez-vous eu le sentiment d’un avenir pour cette découverte ?
- Non ! et ma foi, le spectacle était quelconque et surtout on avait l’impression qu’on était dans un spectacle forain. Le public ne s’y intéressait pas énormément. Il était attiré par la curiosité. C’était un jeudi, ça je m’en souviens. Et je me promenais sur les boulevards, quand je vois un attroupement devant Le Grand Café. C’était 1 franc*. Alors je descends. Comme projection, c’était très mauvais. Ça tremblait, les gens avaient l’air de courir. J’étais étonné. Et puis alors me demandant ce que ça deviendrait. Je me dis : 'A quoi ça sert ? A quoi ça peut-il servir ?' Je ne sais pas.
* Pour fixer les idées, un franc de 1900 équivaut à 2,37 € en 2006
Autre témoignage, en 1956
- Nous étions tous déçus d’avoir attendu si longtemps pour voir ça en somme. Les ingénieurs eux-mêmes lisaient sur les visages la déception des gens. Et ils étaient très ennuyés, et ils nous donnaient des explications en nous disant que c’était un essai, et que par la suite ça prendrait des proportions.
Soyez témoin, 1956
- Les gens ont eu l’air, pour dire un mot boulevardier, ils ont été épatés. Et moi-même j’ai été épaté de la photographie animée. Le film ne s’appelait pas le film, ça s’appelait 'une bande pelliculaire'. Il y avait des chaises de café, des simples chaises de café ! Il y avait un écran blanc, l’appareil qui était derrière monté sur un escabeau. Ce que je peux vous dire c’est qu’il n’y avait pas de piano dans la salle. Et le programme est resté longtemps toujours le même, à peu près. Alors que la 1ère séance ne contenait que 33 personnes exactement payantes, après, on a fait la queue. Quelque temps après, au mois d’avril-mai, les Lumière ont créé une autre succursale. C’est la plus vieille salle de cinéma du monde qui soit restée tout le temps jusqu’à ce jour salle de cinéma ! Alors à partir de ce moment-là, tout le monde s’est mis à vouloir faire du cinéma, à copier tous les films Lumière. Par Pathé, par Gaumont, mais même par Méliès !
Ce qui m’y plaisait surtout, c’est qu’il y avait là un bruiteur extraordinaire, c’était l’expression de l’époque, un homme qui était chargé de rendre sonores, à l’aide d’artifices plus ou moins ingénieux, les films silencieux que l’on faisait à l’époque.
Soyez témoin, 1970
Dans certaines salles, l’aboyeur, on l’appelait comme cela, prenait des films terriblement usés , les découpait en petits morceaux et les vendaient à l’entracte à son bénéfice. Les enfants étaient ravis, ils avaient un morceau du film qu’ils venaient de voir sur l’écran.
Georges Méliès, vers 1930, était enthousiaste
"Le contact réel a été établi entre moi et M. Lumière par suite de circonstances tout à fait fortuites. Je le rencontrai dans l’escalier du théâtre dont j’étais le directeur à ce moment-là, au théâtre Robert-Houdin. Il me dit : “Dites donc M. Méliès, vous qui avez l’habitude, dans vos trucs, d’étonner quelque peu votre public, je serais bien heureux de vous faire venir ce soir au Grand Café.' Au début quand j’ai vu son appareil, n’est-ce pas, projeter des photographies immobiles, en commençant, comme nous le faisions chez nous dans nos projections habituelles, que nous faisions à la fin de notre spectacle, j’ai dit : 'Comment, on me dérange pour voir des projections ? Il y a près de vingt ans que j’en fais, ça n’a rien d’extraordinaire !' Il avait fait exprès de laisser son image immobile pendant quelque temps. Quand tout à coup, je vis dans la sortie des ateliers Lumière les personnages se mettre en mouvement, venir vers nous. Quelques minutes après, un train s’est lancé, et serait près de traverser la toile et de se précipiter dans l’auditoire. Nous étions tous, je dois le dire, absolument stupéfaits ! Immédiatement j’ai dit : 'Voilà mon affaire ! Un truc extraordinaire !' Cette sortie de l’usine m’avait tellement bouleversé que je tournais dans ma tête ce silence, ces images silencieuses en me disant qu’elles pouvaient peut-être mieux parler qu’avec tous les mots que nous employions à cette époque."
Le cinéaste Abel Gance, quelque peu partial, disait en 1955
"C’est la plus grande invention, avec le feu, que l’Homme ait connue, et je dirais même avant l’imprimerie."
Tout ira très vite, petit cinéma va grandir à vitesse Grand V, apprendra à parler et se perfectionnera sans cesse.
J'aborderai l'évolution, du muet au parlant, du cinéma dans mon prochain billet qui sera suivi d'un quizz musical.


c'est Auguste qui est filmé...
RépondreSupprimerOui, je sais pour les araignées, mais il y a parfois de tels "monstres" que j'ai du mal à les laisser courir dans la maison... :-(
RépondreSupprimerPas de Mary Poppins, hélas, juste un aspirateur et de l'huile de coude... :-)
Merci d'attendre mon retour, mais je ne pars que vendredi, je suis là encore quelques jours. Mais ne te presse pas pour la suite, j'ai tout mon temps. :-)
Il y a une jolie version de la chanson "J'attendrai", mais tu dois la connaître, je l'aime bien celle-ci →
Ibrahim Maalouf et Melody Gardot
Je ne connais pas le site SecondHandSongs, j'irai le découvrir, merci.
Belle fin de journée, Rom. Le soleil est sorti, et je viens de photographier un serin cini femelle, je posterai les photos demain, celui de ce matin était un mâle. :-)
Bises.