Les Précurseurs
La naissance du « phénakistiscope * » en 1832 serait à l’origine de l’apparition du cinéma, il se présentait sous la forme d’un disque rond en carton comportant des fentes qui permettaient d’enregistrer des images en mouvement.
En 1888, la première caméra voyait le jour grâce au messin Louis Aimée Augustin Le Prince (disparu mystérieusement).
On lui doit plusieurs films anciens, très courts.
* Il me semble que le cinéma est à l'origine du plus grand nombre de mots, ayant un rapport avec lui, se terminant par "scope" , à vérifier :-)
Louis Le Prince: Une scène au jardin de Roundhay (1888)
Deuxième film de l'inventeur (le premier n'ayant pas été retrouvé) tourné à Leeds, avec
une cadence de 12 images/seconde et composé de 20 images; il dure donc moins de 2 secondes.
Une invention, une découverte est rarement l’œuvre d'une seule personne.
Désir, besoin ou nécessité aiguisent les esprits.
Recherche collaborative ou solitaire, les pionniers inventeurs du cinéma furent nombreux.
Le britannique William Dickson fut le premier réalisateur et acteur de films de l'histoire, aidé par le génial Thomas Edison (qui est à l'origine du mot "film" appliqué au cinéma)
On lui doit le premier film sonore (enregistrement non inscrit sur la pellicule et non synchronisé), le Kinétoscope d'Edison était utilisé pour filmer.
On peut également créditer Dickson du premier film colorisé (post production avec des encres).
Le français Emile Raynaud , à l'aide d'un cylindre, est à l'origine du premier dessin animé de l'histoire "Pauvre Pierrot" (1892)
Le Théâtre optique permet de projeter des images animées. Ce sont les premières projections sur grand écran du cinéma, avant celles des frères Lumière. Ce sont aussi les premiers dessins animés du cinéma. Émile Reynaud les appelle des « pantomimes lumineuses ». Le public assiste au déroulement d'une histoire complète, projetée par Reynaud en personne, sur un écran installé sur la scène du Cabinet fantastique du musée Grévin, plongé dans l'obscurité totale.
Émile Reynaud projetant Pauvre Pierrot en 1892 dans son Théâtre optique
(gravure de Louis Poyet).
Le Théâtre optique ne fait pas partie du précinéma, dont chaque spectacle est cyclique et ne dure qu'une seconde, ou deux tout au plus, comme c'est le cas avec toute la série des praxinoscopes de Reynaud.
Les premiers « films » du cinéma, tournés en (1891) par William Kennedy Laurie Dickson ne dépassent pas en durée 50 secondes et les futures vues photographiques animées de Louis Lumière (1895) seront tout aussi courtes.
Les pantomimes lumineuses, elles, durent 1 minute 30 pour les plus courtes, 5 minutes pour les plus longues. Comme l'entraînement du film le permet, la durée est doublée, voire triplée, par la possibilité qu'a le présentateur d'effectuer des ralentis, des accélérés, des marches arrière et des arrêts sur image, en fonction des réactions du public, un mélange de spectacle enregistré et de spectacle vivant.
À l'initiative du musée Grévin, Émile Reynaud rencontre le musicien Gaston Paulin, à qui il commande la composition des partitions originales de chaque pantomime lumineuse, de véritables et premières bandes originales du cinéma.
William Dickson: Expérimentation de film sonore (1894) et film colorisé
Émile Reynaud : "Pauvre Pierrot" (1892)
Avant de clore ce rapide survol des précurseurs du 7ème art, j'ai tenu à rendre hommage à la remarquable (et méconnue) Alice Guy, française puis expatriée aux USA, secrétaire chez Gaumont avant de devenir la première réalisatrice de l'histoire du cinéma.
Bien avant Chaplin, elle fit de petites comédies mais également un "péplum" sur l'histoire du Christ, des films historiques, des westerns, etc.
Elle innova ou enrichit les techniques cinématographiques, cette féministe était tout simplement géniale.
Le montage ci-dessous, que j'ai commenté, fournit plus de détails.
Alice Guy, première réalisatrice de films du cinéma
Le cinéma muet, qui a vu véritablement le jour en 1895, grâce aux Frères Lumière a du trouver des solutions pour pallier son handicap.
Des cartons explicatifs apparaissaient, en cas de besoin, pour détailler une situation ou transcrire un dialogue.
Pour mieux transmettre certaines émotions, le jeu des acteurs était parfois exagéré, les yeux roulaient, les scènes éplorées étaient très théâtrales, la gestuelle pas toujours naturelle.
Rudolph Valentino dans Le Cheik (1921)
Traduction (à l'aide du carton de dialogue) "Comme vous êtes belle ! "
Valentino, autoritaire, "Vous n'avez pas le choix !"
David Wark Griffith, donnera au gros plan ses premières lettres de noblesse en l’utilisant pour créer une atmosphère, définir un personnage, intensifier une situation.
En 1913 (Film Judith de Béthulie), il rompt avec le cadrage scénique (plan d'ensemble) en incorporant des gros plans dans le flux de l’action.
Eisenstein ira encore plus loin avec son célèbre cuirassé Potemkine (1925), usant et abusant de gros plans et de très gros plans, où un visage occupe toute l'image (voir ci-dessous)
Hollywood se servira de ces très gros plans pour fabriquer ses premières stars (Rudolf Valentino, Mary Pickford), en nourrissant la mémoire visuelle du spectateur.
On peut considérer que l'absence de dialogues sonores fut une aubaine, elle força les premiers réalisateurs à imaginer des gags visuels, des cascades époustouflantes, des plans impressionnants, comme celui où Harold Lloyd (l'acteur le plus riche de cette époque) est suspendu à une horloge.
Harold Lloyd - Monte là-dessus! ( Safety Last!) - 1923
Gags et cascades, extraits de films avec Buster Keaton
Nombre de ses idées seront reprises et modernisées.
Les films étaient muets mais, pendant le spectacle, un pianiste était présent dans la salle. Installé dans le noir, le dos à l’écran, le pianiste jouait des airs familiers.
Les morceaux choisis n'étaient pas toujours adaptés au thème du film.
Dans les salles les moins glamour et lors des fêtes foraines, il n’y avait pas de musiciens.
En effet, ils ont cédé leur place aux phonographes.
L’avantage étant que les chansons diffusées étaient en adéquation au thème du film.
Toutefois, le même morceau se répétait parfois à maintes reprises, ce qui agaçait les spectateurs.
Au début du 19e siècle, eut lieu un grand changement.
Dans les salles de cinéma les plus prestigieuses, un orchestre était présent.
Le chef sélectionnait soigneusement les morceaux à jouer parmi les répertoires des grands auteurs comme Bach, Debussy et Stravinsky.
La musique servait également ( surtout ?) à couvrir les bruits du projecteur et tous types de nuisances sonores extérieures aux salles pas ou mal insonorisées.
On comprit très vite l'intérêt, lors du tournage, de la présence de musiciens qui créaient l’atmosphère requise sur le plateau et servaient de source d’inspiration pour les acteurs et actrices.
Le piano et le violon étaient les instruments les plus utilisés.
Au fil du temps, des séquences musicales apparurent dans le scénario des cinémas muets.
Le cinéma parle, chante, joue de la musique, fait des claquettes et cela fait grand bruit dans le monde entier
- 1926
En 1926, les quatre frères Warner décidèrent de tester leur procédé sonore, le vitaphone, dans
le film Don Juan (Alan Crosland - 1926), considéré comme le premier
film sonore de l'histoire (par sa durée et du fait de la
synchronisation)
La même année, le vitaphone fut utilisé pour des scènes chantées du film "Une scène dans la plantation" (A Plantation Act -Philip Roscoe - 1926) et quelques phrases prononcées par l'acteur et chanteur Al Jolson.
Pendant tout le film, celui-ci regarde en direction de la caméra (regard caméra), ce qui établit une connivence de base entre le chanteur et le public de cinéma, qui a ainsi la sensation d’assister à un spectacle vivant, alors qu’il est devant un spectacle enregistré bien auparavant. Mais la liaison affective avec les spectateurs provient de deux parties du film, au cours desquelles Al Jolson ne chante pas, mais s’adresse directement au public. Les deux fois, il commence avec une phrase qui restera sur les lèvres du public, à tel point qu’Al Jolson la reprendra plus tard dans Le Chanteur de jazz : « Wait a minute, wait a minute, you ain't heard nothin' yet! » (Attendez une minute… Ouvrez grand vos oreilles... Vous n’avez encore rien entendu!).
Ces éléments sonores contribuent à renforcer la relation entre le public et le spectacle qui lui paraît être joué spécialement pour lui..
- 1927
C'est en 1927 que fut projeté le premier film parlant (la primauté fait débat), "Le chanteur de jazz" (The jazz singer - Alan Crosland), qui comportait toutefois plus de scènes muettes que parlantes.
- 1928
L'année suivante, Lights of New York (1928-Bryan Foy), produit par Warner Bros. Picture, est le premier véritable film entièrement parlant de l'histoire du cinéma.
- 1929
L'avènement du cinéma parlant en France.
Le premier film parlant de l'histoire du cinéma français sort à Paris. "Les trois masques", avec Marcel Vibert et Renée Heribel, est l'œuvre du réalisateur André Hugon. Il a été tourné à Londres en quinze jours.
Premiers films sonores ou parlants
Comme les disques des phonographes du marché tournent à 78 tours par minute et durent de 4 à 6 minutes, pour obtenir la durée nécessaire de dix minutes, sans augmenter le diamètre des disques, ce qui les aurait fragilisés, la vitesse de rotation, à l’enregistrement comme à la lecture, est diminuée de 78 tours à 33 tours 1/3 par minute.
Une vitesse de rotation qui réapparaît plus tard dans le disque microsillon, ou disque vinyle.
Le procédé rencontrait les problèmes techniques habituels du couplage d'un appareil de projection avec un lecteur et il est très vite concurrencé par le procédé allemand Tobis Klangfilm et ses avatars américains qui enregistraient le son et les images sur une seule et même pellicule.
Des progrès techniques marquants du cinéma suivront (liste non exhaustive)
- En 1932, la couleur avec le procédé Technicolor trichrome dans le fil d’animation "Des arbres et des fleurs" (1932)
Walt Disney utilisa cette technique dès son premier long métrage, "Blanche-Neige et les Sept Nains (1937)"
La couleur enthousiasma immédiatement les spectateurs. - En 1952, le cinéma en relief (système 3D)
- 1972, le système Dolby arrive dans les salles
- 2005, le cinéma numérique
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La vague sonore du cinéma parlant engloutit la plupart des acteurs stars du cinéma muet, à quelques exceptions près (comme Chaplin).
Les critères de sélection évoluaient, la qualité de la voix (élocution, timbre, etc) devenait un atout non négligeable et il fallait se débarrasser des attitudes, des poses affectées symptomatiques du cinéma muet.
Les dialogues prenaient toute leur importance et le son, la musique étaient un complément non négligeable pour assurer des bruitages, créer une atmosphère joyeuse, romantique, drôle ou dramatique, angoissante.
Dans la vie de tous les jours, il est rare (à part certaines cérémonies) que nos évènements du quotidien soient accompagnés d'une petite musique.
Je n'ai pas souvenir, hélas, d'une chute en vélo qui aurait été "amortie" par la douce musique que l'on entend dans "Les Choses de la Vie", lorsque le véhicule de Piccoli fait des tonneaux :-)
On peut donc considérer que tous ces passages musicaux dans les films sont des fictions et, par voie de conséquence, le film lui-même (au moins partiellement)
Dès 1935, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences (AMPAS) récompensait les bandes originales de 3 films.
De 1935 à 1938, les prix étaient décernés aux studios de production et non aux compositeurs.
- Une nuit d'amour (One Night of Love)
Columbia Pictures (Louis Silvers, directeur du département musique ; Gus Kahn et Victor Schertzinger, compositeurs
- La Joyeuse Divorcée (The Gay Divorcee)
RKO Pictures (Max Steiner, directeur du département musique ; Kenneth Webb et Samuel Hoffenstein, compositeurs)
- La Patrouille perdue (The Lost Patrol)
RKO Pictures (Max Steiner, directeur du département musique et compositeur)
La bande originale d'un film est parfois si fortement associée à notre mémoire auditive qu'elle en devient alors sa signature sonore (certains dialogues peuvent également jouer le même rôle)
Le prochain quiz musical vous proposera de retrouver les titres de 51 films grâce à de courts extraits musicaux (et un indice imagé).






Oui, en amour aussi. Procrastiner à loisir, le rend infini :D
RépondreSupprimerBonjour Rom, à ce soir :)