Que reste-il de l'horizon ?
Celui de mes espérances natives, naïves, lorsque la joie des apprentissages, de la connaissance, de la découverte progressive des trésors culturels du passé me guidait, m'enrichissait, m'encourageait à grandir, à devenir un Homme, lorsque l'éducation parentale, l'éducation nationale (l’École) avaient pour seuls objectifs l'instruction commune, civique, le partage du savoir, la compréhension des règles du savoir-vivre.
Que reste-il lorsque l'Humanité, les civilisations, déclinent plus rapidement qu'une vie d'Homme et que leur boussole perd le Nord; sa pointe aimantée recherche en vain l'axe censé l'orienter.
Affolée par les désordres, l'agitation, les troubles, les conflits incessants, iniques, cruels, sauvages, stupides, elle entame un tournoiement de derviche autour de son cadran, danse jusqu'à l'épuisement au son de la fureur humaine.
Que reste-il de l'Humanité, corrompue, avide, égoïste, cynique, menteuse, insensible aux détresses des peuples, du Vivant, de la Nature, aveuglée par des mirages de puissance, de pouvoir, de possession, de richesse, des ces Hommes vaniteux et sots , si aptes à opprimer, à détruire, à exploiter, à tromper, à mépriser tout ce qui respire, travaille, ne travaille pas, vit, survit, tout ce qui nous enveloppe, nous soutient, nous protège, nous nourrit corps et âme.
Leur cynisme, leur cupidité, égalent leur stupide inconscience .
Le sort des uns sera celui de tous, question de temps.
Quel piètre réconfort d'être les derniers du troupeau à pouvoir s'abreuver au puits qu'ils auront tari.
Que reste-il ?
Tant de choses...
La musique...
Cioran écrivait "S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu"
Sur cette terrasse d'un immeuble new-yorkais, Yo-Yo Ma, cet artiste franco-américain, d'origine chinoise, donne une aubade de paix à la métropole mondiale, ville cosmopolite, sa statue de la Liberté incline tristement la tête depuis que Liberté est devenu libéralisme, libéralisme capitalisme, capitalisme injustice, paupérisation, instabilité, manipulation, mondialisation au profit d'une très faible minorité et tant pis pour les autres, tant pis pour les Hommes, pour la Nature, pour les oiseaux, les mammifères, les insectes, les forêts, les mers, les terres, tant pis pour nos enfants, pour leurs rêves.
La statue de la Liberté aura-t-elle un jour la force, l'énergie, le désir de se redresser fièrement ?
Nos enfants résisteront-ils à cette sournoise volonté de les abêtir, de les désorienter ? Seront-ils assez courageux, lucides, cléments pour corriger et pardonner, s'il n'est pas trop tard, les fautes, les travers de leurs aînés ?
Son violoncelle ancré sur la terre, le ciel en arrière-plan, Yo-Yo Ma récite une suite âgée de trois siècles, un message universel, vibrant, empreint de joie et mélancolie mêlées, aux rythmes variés et alternes, un véritable discours musical.
Les notes l'entourent, s'étirent, s'envolent, voyagent.
Ces cordes invisibles, issues de la caresse de l'archet, ondulent, s'affranchissent des contraintes spatiales, temporelles et dessinent des lignes de portées enveloppantes.
La partition s'infiltre partout, s'invite partout.
Elle unit celles et ceux que son écoute transporte.
C'est un ballet, en commençant par celui de l'interprète; ses mains, ses doigts, ses bras, façonnent avec force, grâce, virtuosité l'émotion musicale à partager.
Il porte une alliance, j'ai souvent pensé que tous les êtres humains devraient porter une alliance, pas la nuptiale, non, une alliance entre tous les Hommes, un engagement moral de respect et d'entraide, de tolérance, de non agression, le rappel de notre condition humaine, de sa finitude, de notre devoir de tout mettre en œuvre pour que ce court passage sur Terre soit le plus agréable, le plus bénéfique pour nous, pour tous, pour tous ceux qui nous succéderont.
Le ballet s'exporte, la chemise bleue de Yo-Yo Ma s'estompe, devient robe couleur soleil virevoltant dans une salle de danse, pirouette sur une surface glacée, démonstration canine avec ce coton qui accompagne une jeune fille, premiers tournoiements d'un blondinet en pyjama rayé, la danse de deux petites filles en habit folklorique sur une rue pavée.
C'est le ballet des couleurs, des éventails multicolores, des visages colorés, des mains peintes, des tissus bigarrés, de la palette étendue du spectre lumineux: lumière vive, tamisée, ombrée, pleine, naturelle, artificielle, le ballet des sourires, celui de ce petit enfant noir aux mains jaunies par leurs empreintes, de ce garçon qui entame une course joyeuse dans une ruelle, de celui qui pédale avec bonheur, de cette femme qui manipule le grain et redevient une petite fille en un instant, en un sourire.
C'est le ballet des artistes, des solistes, des groupes, de la diversité: guitare, flûtes, tambourins, violons, harpe, piano, accordéon, des créateurs qui façonnent la terre sur un tour, qui la creusent pour l'agrémenter, qui tissent, confectionnent, peignent.
C'est le ballet des joies simples, du mouvement, des expressions corporelles, faciales, manuelles, universelles.
La musique, la danse, la littérature, la peinture, la sculpture, l'Art, la Culture, la beauté de la Nature, sa contemplation, la joie de vivre, l'amitié, la fraternité, l'amour (au sens élargi, celui de Baudelaire), cet univers peut paraître dérisoire à certains.
Je le perçois comme indispensable, fédérateur, semeur de sagesse, de sérénité, de bien-être, de bienveillance, d'espoir.
Il ne représente pas la solution mais nous l'inspire, élève notre esprit, refait surgir un horizon.
Il ouvre les portes de la véritable richesse, qui devrait être accessible à tous, enseignée à tous, partagée par tous, dispensée par tous.
Il m'autorise à être en paix avec moi-même, ce n'est pas rien.
Être en paix avec soi-même... l'unique bataille qui sauvera l'homme.
RépondreSupprimerTroublante transposition chapelet ; j'égraine en boucle la seconde partie.
Merci Rom, que Dieu entende tes questionnements.
Bonne journée :)
J'aime ton image du chapelet, cet objet est présent dans de nombreuses religions mais également sans aucun rapport avec celles-ci en Grèce où le komboloï, aux perles déplacées lentement par les doigts de son propriétaire, est une aide à la détente, à la relaxation.
SupprimerBonne journée, Julie !
Ton mode d'emploi donne envie de se réincarner en chapelet.
Supprimer:)
Veux-tu que j'essaye d’intercéder en ta faveur, Julie ?
SupprimerCela serait-il vraiment raisonnable ? :-)
En effet, ce n'est pas raisonnable.
SupprimerD'abord suis trop jeune pour m'en aller ; puis, malgré votre bonne foi, je doute que vous puissiez également intervenir sur la propreté des mains dont je me retrouverai. :)
Merci quand même, mon cher St Pierre 😊
Bonjour Rom
RépondreSupprimerTant qu'il y aura toutes ces belles choses que tu cites, je peux me permettre d'être sereine et de profiter de la vie. En me nourrissant de ces belles choses, j'envoie à la Terre, au Monde, à l'Univers de bonnes ondes. Pour moi, pour eux, pour lui, je ne cesserai jamais de m'en délecter.
Il est très beau ton billet, Rom.
Belle fin de journée.
Merci pour ce commentaire, Françoise.
SupprimerNous sommes sur la même longueur d'onde.
Onde, je commence à croire que ce mot possède une signification bien plus puissante qu'on l'imagine.
Bonne fin de journée à toi également.
J'aime bien la citation de Cioran. Il est comme cela des musiques universelles, intemporelles, éternelles, qui réconcilient l'âme et le monde chaque fois qu'on les entend. Ton billet n'est pas un requiem. C'est un hymne pour la paix.
RépondreSupprimerTa voix se joint à toutes celles qui oeuvrent pour que celle-ci triomphe. Et ce jour arrivera.
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Que Dieu t'entende, Célestine, que les Hommes t'entendent, que l'Univers t'entende.
SupprimerMerci pour ton commentaire et ta voix.
Bises