Anita, la Boule Rouge, Paris-1951 (Doisneau)
Viendra-t-il ?
Je souris, malgré moi, en songeant au côté saugrenu, surréaliste de cette interrogation.
D'ailleurs, qui est le "il" que j'attends, le fantôme ou...
Je ne sais même pas si c'est un premier rendez-vous ou un second !
Ma pauvre fille, tu deviens folle... mais quelle délicieuse folie.
Il me suffit de fermer les yeux pour revoir les siens, il y a tout juste un an.
Une journée froide et grise cédait la place aux premiers voiles nocturnes qu'un vent glacial paraissait souffler.
Il est entré; le soleil, la chaleur, la lumière sont entrés.
Il est des histoires, de belles histoires que j'écoutais avec une attention peu soutenue, incrédule, pour ne pas connaître la désillusion du réel.
Mais, ce soir-là, la réalité éclipsa le conte.
Il est entré et la brasserie, qui fêtait bruyamment les amoureux, s'est tue, pendant un moment, long et bref: le temps suspendu échappe à toute mesure.
Il est entré et les hommes, nullement jaloux, admiratifs, rêvaient de l'avoir comme ami.
Il est entré et les femmes rêvaient de l'avoir comme amant, confident ou fils.
Il est entré et les chaises, les banquettes rêvaient de lui prêter leur assise.
Un dieu est apparu, les incrédules ont disparu.
La brasserie s'est tue et il a dit, d'une voix douce et grave, embellie d'un accent joyeux, "Buena sera a tutti, bonsoir !".
Il a parlé et j'ai fondu, je ne désirais plus entendre d'autre voix que la sienne.
Son regard, bleuté comme le ciel romain un jour de liesse ensoleillée, mariait la douceur d'un enfant à la force d'un homme.
Son sourire, éclatant, bienveillant, envoûtant, euphorisant, était contagieux.
Il s'est assis à une table proche de la mienne, je passais la soirée avec quelques amies.
Il était seul, tout le monde crevait d'envie de l'aborder, personne n'osait, moi encore moins que les autres.
Mes amies ne le quittaient pas des yeux, certaines recherchaient un second souffle, bouche bée.
Je l'observai à la dérobée, par timidité, par peur de succomber, de perdre la tête.
Je redoutais un éblouissement, je craignais que ce rêve vivant disparaisse, usé d'être trop observé, comme si des regards trop appuyés pouvaient gommer le merveilleux.
Il s'est levé, avec l'agilité d'un félin.
Il était grand, d'une élégance sobre.
Un pantalon en flanelle grise, une veste en tweed assortie et des mocassins noirs.
Sa chemise blanche peinait à masquer un torse musclé et j'imaginais, sans que je puisse contrôler cette pensée, la nudité de ce dieu grec que je n'avais jamais admirée autrement que sur des répliques en pierre.
Sa chevelure, longue et ramassée vers l'arrière, d'un noir profond comme l'anthracite, chatoyait lorsque la lumière y trouvait refuge.
La régularité de ses traits, l'harmonie des proportions de son visage, la finesse de son grain de peau, le dessin parfait de ses lèvres, tout concourait à me livrer une nouvelle définition du mot "Beauté".
Aucun dictionnaire, aucune peinture, aucune photo, aucun écrit n'égalaient l'incarnation descendue sur terre de cet attribut.
Il s'est levé, s'est approché de notre table et les bouches bées ont tremblé, mes jambes ont flageolé, dernière étape avant ma transformation en statue.
J'avais baissé la tête, je restais immobile et je percevais l'agitation, l'excitation qui frétillait à mes côtés.
"Bonsoir mademoiselle, je dispose de peu de temps ce soir et je serais flatté et ravi si vous acceptiez de me consacrer un peu du vôtre en vous joignant à moi"
J'ai entendu des "oui" chuchotés, lancés délicatement comme une bouteille à la mer, on ne sait jamais... et d'autres vibrants, appuyés, comme ceux d'une réponse enthousiaste à une demande en mariage.
"Mademoiselle, pourquoi me cacher votre doux regard ?"
Un coup de coude assez brutal de ma voisine me fit sursauter.
"Vas-y, idiote ! Fais-le pour moi, pour nous, pour toi ! et n'oublie pas de tout nous raconter ensuite !"
J'ai levé la tête, il me tendait sa main.
J'ai totalement oublié mon changement de table, je me suis retrouvé à la sienne comme par magie, par téléportation.
Il me parlait, je l'entendais mais je ne l'écoutais pas.
Le charme de sa voix, de son timbre, anesthésiait ma compréhension, mon attention.
Alors il me souriait et je lui souriais en retour.
- Ne faites pas ça, ce n'est pas juste !
- Vous sourire ? Cela vous embarrasse ?
- Cela me tétanise, j'ai envie de rire et de pleurer simultanément.
Votre sourire est une arme de séduction inique et Dieu sait qu'elle est superflue pour un dieu comme vous.
- Une arme, comme vous y allez ! Je suis désarmé, face à vous, mademoiselle.
Un dieu ? Je ne suis pas un spécimen unique, vous savez.
Un dieu ? à moitié seulement alors, un demi-dieu, un demi-dieu qui a soif, quelle boisson puis-je vous offrir ?
- Un Coca-Cola !
- La boisson des vainqueurs ! Un Spritz, avec sa pointe d'acidité orangée et sa légère amertume, me tenterait davantage mais je doute fort que sa réputation ait franchi les frontières italiennes et se soit installée à Paris. Du champagne vous irait ?
- Du champagne ? On voit que vous ne connaissez pas les tarifs !
Le champagne, une fois servi ici, libère ses bulles et son prix simultanément !
- Ma ! C'est jour de fête, aujourd'hui, non ? Cela vaut bien une petite folie, vero ? pas vrai ?
Il avait agité ses mains et amplifié son accent, sa fougue italienne le rendait touchant, humain.
- Vous avez raison, champagne ! merci...vous avez un nom, autre que celui d'Apollon ?
- Vous avez de l'esprit, j'adore ! Alessandro, pour vous servir ! Quel est le nom de ce joli vous ?
- Anita... on ne choisit pas son prénom, le vôtre est royal, Alessandro le grand, des fées se sont penchées sur votre berceau.
- Anita est un beau prénom ! il signifie "grâce" et ne ment pas, ni pour vous, ni pour ma chère tante. Savez-vous que c'était le prénom de la grand-mère de Jésus, la mère de Marie ?
- Alessandro, dites-moi, pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi m'avoir invitée, moi, moi plutôt que mes amies, bien plus jolies ? vous savez celles qui tendent l'oreille dans l'espoir d'entendre quelque bribes de notre conversation, celles qui vous dévorent des yeux, elles aussi se posent cette question.
- D'abord, je suis toujours mon intuition, Mademoiselle...Anita et elle m'a guidé vers vous, vers votre charme, votre discrétion, cette légère timidité que possèdent souvent les personnes nobles de cœur.
Ensuite, chi é questo verme, qui est ce minable qui vous a blessé, qui vous a fait perdre confiance en vous ? Vous êtes belle, Anita, et vous avez, come se dice in francese ...ce magnétismo, cette aura qui vous illumine.
Et puis, vous savez, la beauté, c'est comme la jeunesse, forte, insouciante, elle se pense éternelle, invincible et c'est très bien ainsi, c'est la nature des choses, c'est la parade nuptiale de la Nature, son assurance vie pour la pérennisation des espèces.
- Rassurez-moi, vous ne me proposez pas un accouplement, là ? vous ne m'avez pas choisie comme on le ferait pour une jument promise à une saillie avec un bel étalon ?
- Vous me taquinez, Anita ! Non, je parlais sur un plan philosophique, philosophique c'est un peu pédant, mais bon. Ceci dit, faire l'amour avec vous serait un plaisir inouï, non pas un but mais la recherche naturelle de la complémentarité des corps après celle des âmes.
Mais pas ce soir, je dois prendre un train dans deux heures !
Le serveur arriva et Alessandro lui demanda de porter une bouteille à la table de mes amies.
Une fois qu'elles furent servies et après leurs remerciements , leurs gloussements répétés, interminables -l'occasion de s'adresser à un dieu ne se refuse pas et mérite des bis repetita- Alessandro se leva, son verre à la main, et adressa ses vœux "Vive Paris, vive la France et l'Italie, à l'amour, salute !"
- A vos amours, Anita !
- Que les tiennes durent toujours, Alessandro ! Ici, la coutume est de trinquer les yeux dans les yeux.
- Ça, c'est une coutume facile à respecter avec vous, avec toi
- Ce n'est pas si simple pour moi, avec toi.
Si je fixe ton regard, je vais en oublier de boire.
- Santé, charmante demoiselle. Que tes amours durent toujours, comme les miennes et, si possible, que ce soit les mêmes !
Le champagne était excellent, bien frais, léger et sa couleur dorée semblait attirer la lumière d'une lampe au sodium qui éclairait, comme un spot dans les pas d'une danseuse étoile, le ballet des bulles retrouvant leur liberté.
Quelques verres plus tard, des centaines de bulles plus tard, nos premières confidences nous amenaient à découvrir nos points communs, nos aspirations similaires et à aimer nos différences.
J'étais orpheline, il avait une grande famille, trois sœurs et un frère.
Il était viticulteur, comme son père, et la passion qu'il avait pour ce métier, la façon dont il en parlait, n'était qu'une facette de sa joie de vivre, de sa fidélité envers ses amis, de son amour pour sa famille, de sa générosité en miroir de ce que la vie lui avait accordé.
- Tu sais, Anita, tout à l'heure j'ai évoqué le caractère éphémère de la beauté, de la jeunesse.
Ce n'est pas tout à fait exact, si tu voyais comment mon père regarde ma mère et vice-versa, si tu voyais comment je regarde ma mère, ma grand-mère...
Les rides, le passage du temps, des épreuves, cette vie qui marque les corps, je trouve cela beau, émouvant. Ma mère, ma grand-mère, mamma mia, comme elles sont belles !
Notre beauté n'est pas seulement celle que l'on aperçoit dans le reflet d'un miroir, c'est également celle que nous renvoient ceux et celles qui nous aiment et cette beauté ne se fane pas.
Il regarda sa montre.
- Je dois partir, à regret. Je reviendrai le 17, je dois conclure un important contrat avec un distributeur parisien. J'ai très envie de te revoir, si tu le désires également...
- Mon cœur me dit que tu connais la réponse, je meurs d'envie de te revoir ! Rendez-vous ici-même, le 17 à 20h, cela ira ?
- Parfait !
- Je t'accompagne jusqu'au métro.
- Tu es adorable mais il fait trop froid, jusqu'à la porte, oui, avec plaisir
La distance qui nous séparait de la porte d'entrée fut parcourue avec, sans doute, le record de lenteur de traversée de l'établissement.
- Au revoir Anita
- Au revoir, Alessandro
Ni lui, ni moi ne bougions.
- Vous permettez que je vous embrasse, mademoiselle ? Une bise chaste, sur la joue, n'ayez crainte.
- Vous m'avez fait peur, je me demandais si je n'avais pas rêvé et que...
Avant même de terminer ma phrase que je débitais lentement pour réfléchir au comportement le plus approprié mais aussi le plus représentatif de mon attachement, de mon amour à vrai dire, Alessandro m'avait enlacée et, d'un commun accord, tacite mais prononcé par nos regards, nos lèvres connurent leur premier émoi.
Bien sûr, ce n'était pas mon premier baiser mais il devint le premier après avoir effacé les autres, après les avoirs réduits à des échantillons sans valeur, vides comme de vieilles coques de noix.
Il m'a embrassée et la brasserie, qui fêtait toujours aussi bruyamment les amoureux, s'est
tue, pendant un moment, long et bref: le temps suspendu échappe à toute
mesure.
Je retournai à ma table, d'un pas toujours aussi lent mais aérien, portée par ce premier partage, sucré, italien, ensoleillé, prometteur.
Une fois assise sur la banquette, affalée serait plus juste , mon corps se débarrassant d'une émotion trop forte pour la rétablir à un niveau acceptable, je fus rejointe en deux temps, trois mouvements par les curieuses qui me pressaient de questions, qui se chamaillaient entre elles pour savoir à quelle question je devais répondre en priorité.
Je n'entendais qu'un brouhaha et je souriais de tout mon être, le bout de ma langue explorait chaque centimètre de mes lèvres et renouvelait ainsi le souvenir de notre serment amoureux.
Le 17 février 1951, j'étais à la Boule Rouge, une heure avant celle fixée pour notre rendez-vous.
Le patron du restaurant avait une salle mine, il s'approcha de moi.
- Ça va, Anita ?
- Oui, pourquoi cela n'irait pas ?
- Oh pardon, tu n'es pas au courant alors, il s'est passé quelque chose de terrible, un article dans le journal d'hier en parlait.
- ...
- Le beau jeune homme qui était avec toi, il y a quelques jours, Alessandro Montebelli
Mon cœur allait exploser, je pressentais le pire
- C'est dramatique, près de la gare, un chauffard l'a fauché et malheureusement il est décédé pendant son transport à l’hôpital, Anita, ça va ? Anita !
Je me suis évanouie, cette mort était aussi la mienne.
J'ai survécu, hélas, le destin n'avait pas ce droit de lui ôter la vie sans prendre la mienne.
J'ai bien pensé à forcer le destin, à terminer son œuvre en mettant fin à mes jours.
Quelque chose m'en empêchait et je crois que c'était Alessandro lui-même, par son éloquence quand il évoquait son amour de la vie, qui me retenait.
J'ai survécu, j'ai vivoté tristement, misérablement, j'ai cherché bêtement une consolation dans d'autres bras mais deux heures passées avec Alessandro et un seul baiser étaient bien plus forts, plus puissants, plus authentiques que des mois de relations faussement amoureuses.
Qu'est-ce qu'un amant comparé à l'homme d'une vie ?
Je vis seule, j'essaie d'oublier ce joli rêve devenu cauchemar, patiemment je reprends goût à la vie, je revois régulièrement mes amies, comme l'aurait dit Alessandro "C'est dans la nature des choses"
14 février 1952, mes amies m'ont forcée à accepter de les accompagner ce soir à la Boule Rouge.
Le temps est splendide, je sors de la boulangerie avec une ficelle encore chaude, croustillante, un de mes péchés mignons, je le vois et je m'évanouis...
Mes yeux sont fermés, j'entends des voix que je reconnais, celle de la boulangère, celle d'Alessandro et je sens que l'on tapote ma joue.
Je reviens à moi, je n'arrive pas à parler, c'est bien lui ! Alessandro, mon amour...
- Alessandro, je croyais que..
- Alessandro, vous avez connu Alessandro, mademoiselle ? je suis son frère, son frère jumeau, Lorenzo.
Après que j'eusse retrouvé complètement mes esprits, Lorenzo m'a invité à prendre un café en terrasse, je lui ai raconté, aussi fidèlement que possible, ma rencontre avec Alessandro et notre idylle naissante.
Lorenzo m'écoutait avec bienveillance et souriait quand, par mégarde, je l'appelais "Alessandro"
- Mademoiselle, Anita c'est bien ça ? Je dois me rendre à un rendez-vous de travail très important, dans deux heures.
Mon frère n'a pas eu la possibilité, hélas, d'y aller et le deuil qui nous a affecté a retardé les choses, modifié les priorités.
J'aimerais beaucoup vous revoir, j'ai l'impression que vous faites un peu revivre mon frère.
- Et moi donc ! La Boule Rouge est proche d'ici, j'y serai à 20h.
Je vais marcher avec vous pour vous indiquer le chemin, vous êtes logé où ?
- A l'hôtel des voyageurs, juste à côté !
- Parfait ! Je vais également vous faire un peu visiter le quartier et Paris, deux heures cela nous laisse de la marge, vous êtes d'accord ?
- Difficile de vous résister ! Volontiers, avec plaisir !
J'ai mis son bras sous le mien, le destin m'offrait une nouvelle chance, j'oubliais ma timidité, un élan vital me poussait à prendre les choses en main.
- Lorenzo, on se tutoie ? vous êtes seul, Lorenzo, je veux dire, vous avez une petite amie ?
- Oui et non, Anita. D'accord pour le tutoiement et non, je n'ai pas de petite amie, pas encore du moins, est-ce une proposition ? Une jolie proposition, ceci dit.
- Cela se pourrait, Lorenzo, cela se pourrait...
Il a ri et ce rire était celui d'Alessandro, ce rire était le mien, de mon bonheur retrouvé.
Après avoir sillonné les rues de la capitale avec Lorenzo, je suis retournée chez moi.
Pourquoi Alessandro ne m'avait-il pas précisé que son frère était son jumeau ?
J'ai alors repensé à une phrase anodine que je n'avais pas bien comprise "Je ne suis pas un spécimen unique !"
J'avais retrouvé Alessandro ou, tout au moins, sa réplique exacte: la voix, le sourire, le physique, le même regard porté sur la vie.
Comment appeler ces évènements coïncidences ?
Qui pourrait croire qu'une coïncidence puisse se produire après exactement une année, jour pour jour ?
Comment ne pas croire à une intervention du destin ne devant rien au hasard ?
Je rencontrais un jumeau le jour sosie de celui où son frère m'était apparu, le jour de la St Valentin.
J'ai passé une journée euphorique, effroyable et longue.
J'ai du faire le ménage dans mon appartement quatre ou cinq fois.
J'ai chanté, ri, crié, pleuré toute la journée.
J'ai repassé la robe rouge que je portais ce soir-là, j'ai rassemblé mes souvenirs pour reconstituer la chronologie de notre conversation, entre moi et Alessandro.
Il est 20h00, la nuit est froide, Lorenzo n'est pas encore arrivé.
J'ai prévenu le patron et toutes mes amies, je m'en voudrais d'être responsable d'un malaise.
Je n'ai probablement pas été assez convaincante, je n'ai pas non plus insisté plus que de raison.
Ils ne me croient pas, tant pis !
Ils pensent que j'ai rencontré un homme qui lui ressemble et que mon imagination et ma folie amoureuse ont fait le reste.
Viendra-t-il ?
J'ignore pourquoi mais je connais la réponse, avec certitude, oui il viendra !
Je me pose cette question uniquement pour avoir le plaisir d'entendre, en pensée, cette réponse.
20h05
Lorenzo est entré; le soleil, la chaleur, la lumière sont entrés.
Il est
entré et la brasserie, qui fêtait bruyamment les amoureux, s'est tue,
pendant un moment, long et bref: le temps suspendu échappe à toute
mesure.
Il est entré et les chaises, les banquettes rêvaient de lui prêter leur assise.
Il est entré et le patron, mes amies étaient pétrifiés.
La brasserie s'est tue et il a dit, d'une voix douce et grave, embellie d'un accent joyeux, "Buena sera a tutti, bonsoir !".
Il a parlé et j'ai fondu, je savais que je n'entendrais plus jamais d'autre voix que la sienne.
Il a parlé et j'ai accouru vers lui, lui ai pris le bras et l'ai entraîné vers une table que j'avais réservée, pour nous deux.
Nous avons bu du champagne, je lui ai fait jurer qu'il resterait en vie longtemps.
Il a souri quand je lui ai avoué que j'aimerais goûter un jour à cette boisson italienne, le Spritz.
Il m'a regardé avec douceur, longuement.
J'essuyais une larme que je n'avais pas su éviter.
- Ne pleure pas, Anita.
Je repars demain, chez moi, en Italie, viens avec moi, tu découvriras le Spritz et toutes les saveurs de mon pays.
Rien ne me retenait plus vraiment ici, j'avais mes ami(e)s bien sur mais quelque chose de plus fort m'attirait.
Je n'ai plus quitté Lorenzo, l'amour de ma vie, Lorenzo-Alessandro, les amours de ma vie.
J'aime le vin, j'aime le Spritz, j'aime la campagne toscane, j'adore les rides de ma belle-mère, la grand-mère de Carlo et Alessandro, nos deux trésors, beaux comme des dieux.
Je les aime tous, des plus jeunes aux plus vieux.
J'ai toujours du plaisir à retrouver Paris aux bras de Lorenzo, à revoir mes ami(e)s mais, très vite, j'ai le mal de mon pays, mon nouveau pays et de notre grande famille.
L'italien est devenue ma langue maternelle, j'ai conservé une pointe d'accent pointu parisien.
Cependant, quand Lorenzo m'enlace, me donne un baiser qui est toujours comme le premier, c'est plus fort que moi, je m'exclame, en français,"Oh, mon Dieu !", et Lorenzo répond en riant, dans ma langue natale, "Demi-dieu seulement, mon amour, demi-dieu !"

Comme quoi, un frère peut remplacer un autre... pas seulement le train :)
RépondreSupprimerExcellent conte romantique. Dénouement heureux avec une pointe de suspens, bravo Rom !!
Bonne soirée. Bises.
Et une pointe d'humour aussi, j'espère :-)
SupprimerMerci Julie et bonne St Valentin.
Bonne soirée, bises.
Bonne St Valentin à toi, Rom(éo).
SupprimerJulie(tte)
:)
(doux sourire)
Une bien belle histoire d'amour et si joliment écrite. De plus, elle se termine bien et c'est tant mieux, j'aime bien les histoires qui se terminent bien. :-)
RépondreSupprimerMerci de ce joli cadeau, Rom.
Bonne soirée, et une bonne St Valentin.
"Les histoires d'amour finissent mal, en général" chantait le duo Rita Mitsouko, ouf, sauvé par la rime :-)
SupprimerMerci pour ton commentaire, Françoise et belle St Valentin.
Je ne suis pas sûre que ça m'aurait plu d'être aussi vite remplacée par ma jumelle, comme s'il n'y avait que l'extérieur qui comptait...
RépondreSupprimerMais c'est une jolie histoire pour la Saint Valentin, tu pourrais écrire des romans roses... ;)
J'ai connu, au lycée, deux jumeaux, Michel et Denis, à moins que ce soit Denis et Michel, qui n’éprouvaient aucun scrupule à échanger leurs identités dans des aventures sentimentales :-)
SupprimerLe rose n'est pas ma couleur préférée mais je ne méprise aucun genre en littérature, je dis bien en littérature :-)
Une nouvelle toute en délicate émotion. Avec cette pointe d'humour inimitable, comme quelques grains de poivre pour relever la douceur.
RépondreSupprimerL'Italie a ce pouvoir puissamment fantasmatique, si on y ajoute le spritz, et les "chaises qui rêvent d'offrir leur assise"... Et puis, cette vibration palpable entre les êtres qui s'attirent...
Très bon choix de publication, en ce jour particulier.
Belle saint Valentin à toi.
•.¸¸.•*`*•.¸¸❤️