Ma mère, Céline, aimait par dessus tout l'ordre et la propreté.
Ces vertus, accessibles à tous, constituaient une excellente école de discipline et de volonté.
Cette activité ordonnait, dépoussiérait autant son esprit que son appartement.
Ma venue au monde avait chamboulé l'ordre, la séquence des étapes qu'elle désirait suivre dans sa vie, j'étais né trop tôt, j'étais une poussière irritante au coin de l’œil, impossible à déloger.
Les difficultés financières de notre foyer s'aggravaient.
Je grandissais, il arrivait un moment où mes tenues trop courtes, trop étroites, donnaient l'impression que je les avais empruntées à mon petit frère pour amuser la galerie.
Ma mère se résignait alors à les remplacer en faisant le tour des bourses aux vêtements ou par des neufs si elle n'avait pas le choix.
Le nombre de ses élèves aux cours de piano diminuait dangereusement.
Lorsque leur niveau, ce qui ne tardait pas à arriver, dépassait celui de leur professeur, ma mère se montrait odieuse, ne leur pardonnait pas une maitrise acquise si précocement et leur disait, de mauvaise foi "Écoute, si tu ne suis pas mes conseils et n'en fais qu'à ta tête, il est inutile de revenir, tu perds ton temps et me fais perdre le mien"
Ces "imprévus" déséquilibraient le budget que ma mère avait minutieusement élaboré, adapté au fil du temps.
Quelques factures étaient impayées, cela rendait Céline réellement malheureuse, un sentiment de honte et d'impuissance la gagnait.
Il était temps que j'agisse.
Le jeudi, j'allais fréquemment chez mon ami Lucien; il avait reçu à Noël "le coffret du parfait prestidigitateur"
- Tu le veux ? Je n'arrive pas à l'utiliser, cela m'énerve, je perds patience, c'est trop difficile
- Oui ! Mais tu es sûr ? c'est un joli cadeau...
- Puisque j'te le dis ! cela me débarrassera.
En moins d'une semaine, j'avais assimilé toutes les manipulations, toutes les recettes que proposait ce coffret. Je m'étais surtout découvert un don, mes mains, mes doigts étaient d'une agilité, d'une adresse, d'une vélocité redoutables.
Ma mère avait sans doute eu tort de me refuser l'accès à son piano, sous prétexte que j'allais abimer les mécanismes avec mes doigts patauds.
J'ai commencé à me faire la main avec des chaussettes, des stylos, de petits objets que je dérobais avec peur et appréhension à mes débuts puis avec une confiance, une assurance qui m'étonnaient moi-même ensuite.
Ma technique, ma façon de procéder s'amélioraient après chaque larcin.
J'avais appris à combiner prudence, observation, rapidité d'exécution avec un air détaché, nonchalant, inoffensif.
Je changeais souvent de commerce, de commune.
J'arrivais à dissimuler des vêtements neufs sous les miens, j'avais aménagé au fond de mon sac à dos une poche "secrète" qui dissimulait certains butins.
J'avais appris à charmer les adultes avec mon visage d'ange et des expressions de candeur, travaillées devant le miroir.
Mais ces petits vols ne représentaient, à mes yeux, que de simples exercices d'échauffement, d'apprentissage, je devais maintenant passer à la vitesse supérieure.
J'avais une confiance absolue en mes capacités, en mes dons.
Le seul véritable obstacle était ma mère.
Jusqu'à présent, j'avais réussi à dissiper ses doutes sur l'origine de mes vols en prétendant qu'ils représentaient une sorte de paiement, pour services rendus, de camarades de classe en difficulté scolaire à qui je donnais des cours de soutien.
Mon but était d'aider Céline à boucler ses fins de mois avec de l'argent, il fallait donc qu'elle connaisse la vérité, que j'arrive à la convaincre que tout cela était nécessaire et sans risques.
Il fallait que j'affronte ma mère, aucune recette de prestidigitation, de manipulation n'évoquait ce cas de figure.
..../ A suivre
Céline, ce prénom me fait penser évidemment à la chanson de Hugues Aufray, et il me fait penser aussi à quelqu'un de doux, de tendre, peut-être que cette mère refoule ce côté tendre qu'elle a en elle ?...
RépondreSupprimerQuant au garçon, il a plus d'un tour dans son sac, il se débrouillera dans la vie, il se débrouille d'ailleurs déjà très bien.
Mais que va en penser Céline, que va-t-elle penser de ce qu'il va lui avouer ?... Ou bien elle s'en réjouira, ou alors le garçon aura droit à une leçon de morale...
Suite au prochain épisode. :-)
Bon après-midi, Rom, ensoleillé chez moi.
Je préfère cette Céline "chantée" que celle qui chante :-)
SupprimerMais ici, elle doit ce prénom à Louis Ferdinand Céline (je viens de terminer une relecture de "Voyage au bout de la nuit")
Françoise, tu es adorable.
Dans chacun de tes commentaires, tu essayes de trouver une raison pour sauver cette mère des flammes de l'enfer :-)
Qui sait si tu ne vas pas influencer le cours du récit...
Assentiment ou réprimande ? peut-être les deux simultanément.
Merci Françoise, bonne fin d'après-midi.
Moi aussi, je préfère Céline "chantée". :-)
SupprimerL'homme est rarement tout à fait bon ou tout à fait mauvais., c'est Sigmund Freud qui l'a dit. Et moi, je m'efforce toujours de regarder le bon côté des choses et des gens, dans la limite du possible bien entendu. Et je suis sûre que Céline a du bon en elle. :-)
C'est pas de ma faute, je suis une inconditionnelle optimiste... :-)
Merci à toi, Rom. Bonne fin d'après-midi également.
Je n'aime pas Freud et ne lui accorde aucun crédit :-(
RépondreSupprimerLe bien ou le mal est une question de choix, c'est la bible qui le dit, bien avant Freud :-)
Ce qui nous détermine, ce sont nos actes, pas nos pensées.
Hitler était ému et pleurait en écoutant certaines musiques d'opéra.
Doit-on, pour autant, parler de lui comme un être sensible à la souffrance humaine, un être de cœur ?
Non, Françoise, le paradis n'est pas ouvert à tous.
Oui, et c'est pour cela que j'ai dit : Et moi, je m'efforce toujours de regarder le bon côté des choses et des gens, dans la limite du possible bien entendu., car je ne peux en effet pas dire cela de personnes telles qu'Hitler. Un être aussi cruel ne trouve pas grâce à mes yeux, lui et bien d'autres...
SupprimerBonne fin de journée, Rom. Bises.
Cette femme malgré ses défaut est attachante. Ce n’est pas facile d’élever seule ses enfants. L’aide pécuniaire apportée par l’adorable narrateur 😋 va lui faciliter quelque peu la vie.
RépondreSupprimerDorénavant, elle ne pourra plus dire que son fils vaut rien.
Merci Rom pour ce mini excellent roman aux accents David Cooperfieldien 😊
Douce soirée, bisous magiques.
Je trouve également qu'elle a certaines qualités (je ne parle pas des défauts, plus apparents), elle est combative et même si son fils n'était pas désiré, c'est elle qui l'élève, pas son père !
SupprimerPetite pause de quelques jours, aujourd'hui Victor a 2 ans, dimanche stand au marché aux puces, nous avons une tonne de choses inutiles ou en double au garage (récupérées de l'ancienne maison de mes feux beaux-parents) et je dois m'occuper de mon potager (les plants sont prêts)
Bon long week-end, bises.
Doux second anniversaire au petit Victor, joie et bonheur à toute la famille 😊
SupprimerBises Rom, bonne vente.
Bonjour Julie.
SupprimerVictor a fêté son 2nd anniversaire avec le soleil, son cadeau préféré: un modeste petit arrosoir, à sa taille, joliment coloré qu'il s'est empressé d'utiliser (pendant presque une heure) sur toute plante, fleur, végétation à sa disposition.
Marché aux puces écourté en fin de matin (violent orage) mais une vente intéressante (environ 500 euros) et de l'espace gagné en stockage :-)
Bises.
En principe les enfants aiment jardiner. Avec son papy qui a la main verte, Victor sera un grand jardinier 😊
SupprimerVictor aime jardiner (sa mère est fleuriste) mais sa passion première est le bricolage, essentiellement les mécanismes.
SupprimerA l'âge de 6 mois, porté dans les bras, il essayait d'ouvrir et de refermer portes de placards, crochets verrouillant l'accès à l'atelier floral.
A un an, son intérêt s'est porté sur les fermetures de colliers, de bracelets.
N'importe quel bouton, mécanisme déclenchent sa curiosité et son désir d'en percer les secrets.
Un vrai couteau suisse, ce petit Victor... Je l'adore déjà 😊
SupprimerExcellent, Julie, le couteau suisse...de la fameuse marque Victorinox bien sûr :-)
Supprimer😊
SupprimerBonjour Rom. Je viens de lire ton commentaire destiné à Julie. Profite bien de cette petite pause, alors, et surtout de Victor. :-)
RépondreSupprimerMoi aussi, j'aurai du petit monde à la maison ce week-end, nous gardons Noé et Ruben jusqu'à lundi, tandis que leurs parents partiront tous deux en amoureux, question de leur permettre de souffler un peu.
Bon long week-end à toi aussi, bises.
Profite bien, toi aussi, et que les parents en profitent également.
SupprimerBonne continuation, Françoise.
Bises