Je suis toujours surpris, voire émerveillé, par la puissance de feu que possèdent les mots.
Un seul suffit lorsque la flèche est précise et décochée instantanément.
Arte diffusait, ces derniers jours, "Karl Lagerfeld se dessine", en hommage au couturier qui nous livre une anecdote savoureuse.
Un jour qu'elle se trouvait dans la maison Balmain, la mère du couturier (Pierre Balmain), femme sévère et à l'esprit étriqué, s'adressa aux vendeuses.
- Si j'apprends que mon fils est homosexuel, je le tue sur-le-champ !
- Feu ! répondit immédiatement une vieille princesse russe, cliente du magasin
"Moi, lorsque je n'ai rien à dire, je veux qu'on le sache !" (Raymond Devos)
Clin d'oeil à Mr Fraize, personnage extraordinaire (sens premier) à l'humour absurde, décalé, agaçant, perturbant et forcément clivant.
J'aime.
Il s'exprime lentement, bafouille, bégaye, cherche ses mots, semble complètement perdu...
- Bonjour...
Long, très long silence accompagné de mimiques, de grimaces, de regards circulaires, de bras croisés, de mains sur le menton puis petits rires de plus en plus longs et soutenus.. Effet de contagion, le public , un moment gêné et perplexe, se met également à rire
- Vous riez...parce que... parce que vous avez déjà vu mon spectacle, c'est ça ? Sourire puis mutisme du "showman" et du public
.....
- Vous êtes un bon public, respectueux de l'artiste, le laissant s'exprimer....c'est bien...
.....
- Au départ, je voulais faire du mime mais mon ami Lucien -oui, j'ai un ami- m'a dit "ah ben non, ce serait vraiment dommage ! avec tout ce que tu as à dire"
.....
- Mais je pense qu'il exagère un peu..., c'est normal, c'est un ami...
.....
- Et puis mon médecin m'a vivement encouragé également, "c'est une bonne thérapie, si vous ne le faites pas pour vous, faites le pour moi" m'a-t-il dit d'un air las
.....
- Mon plus gros problème c'est la mémoire, j'ai beaucoup beaucoup de mal à retenir un texte.
Pas que les textes, d'ailleurs. Je n'arrive pas, non plus, à retenir mes petites amies...
....
- Alors je me suis dit que faire de l'impro, ce serait chouette.
.....
- Si si j'improvise là... je vois bien que certains d'entre vous sont stupéfaits et ont un peu de mal à me croire mais je vous jure que c'est vrai, je n'ai rien préparé...
.....
- Mais cela n'a pas toujours été aussi facile, hein !
....
- Je mets en garde les plus jeunes d'entre vous qui seraient tentés de se lancer dans l'impro, comme ça, du jour au lendemain, sans préparation, sans expérience.
je ne veux pas d'ennui.... (mes organisateurs, eux aussi, ils me disent toujours "on ne veut pas d'ennui dans nos spectacles")
.....
- Je sais ce que vous vous dites, "heureusement que c'est gratuit !".... les organisateurs pensent "Heureusement qu'il se produit bénévolement !" et moi aussi, à vrai dire, je pense "heureusement que je ne suis pas payé !"...
...
- A un moment, j'avais demandé à recevoir un sandwich en fin de représentation, un peu comme après un don de sang...
.....
- Mais on m'a répondu "tu nous fatigues, tu les fatigues, ce sont ceux qui t'écoutent qu'il faudrait requinquer"
.....
- Mais personne ne m'écoute ! leur ai-je répondu.. c'est vrai , quoi !
..... il regarde sa montre
- 4 minutes déjà... il faut que je fasse attention, on m'a dit "pas plus de cinq minutes par artiste , il faut que les gags s'enchainent sans laisser de répit au public"
....
- Y'en a plus pour longtemps...
....
- N'hésitez pas à parler de mon spectacle autour de vous, hein... il doit bien y avoir quelqu'un que vous n'aimez pas beaucoup... et de laisser un petit commentaire sur mon livre d'or
....
- Attendez, j'en ai noté quelques uns "Un spectacle qui me parle..." "Je suis bouche bée..." "Impossible à raconter, il faut le voir pour le croire..." "Inouï, au sens premier..." "Je voulais crier bis ! mais mon voisin m'en a empêché" "J'ai adoré la fin..." "Merci pour ce court moment..."
Finalement,
Je suis tout seul dans ce café
A me saouler
A ne plus t' espérer
A regarder ces citrouilles vides
Idiotes
Qui se rient de mes amours mortes
Je voudrais t'écrire
Une ligne sombre
Une douleur
Comme une larme de fusain
Qui se moque de mon cœur
Qui se moque de mes mains
Je voulais t'écrire
Une ligne d'ombres
D'un soleil qui croasse
De mon sang qui se froisse,
Se glace
Là, à travers la vitre
Je vois
Un petit moineau qui sautille
De miette en miette
De flaque en flaque
Et mon cœur claque
Se vrille
S'effrite
S'émiette
La pluie froide s'écoule
De place en place, de goutte en goutte
Et mes larmes coulent
De joue en joue
De vers en verre
De peine en peine
De vin en vain
Une jeune sorcière sourit, cruelle
Fardée
Déguisée d'Halloween
Mon cœur
Qui grince
Qui couine
Ma main tremble, blême
Déchire ce maudit poème
Épuise mes sanglots
Efface mes idéaux
Le temps passe
M'alanguit
Me trépasse
Et de passé en passé
Mon cœur se met à saigner
Un petit moineau qui sautille
De miette en miette
De bec en bec
Et d'échec en échec
Mon cœur qui pleure
Et qui fibrille
Tu Vuo' Fa' L'Americano - Hetty & the Jazzato Band
Cette reprise d'un vieux standard, interprétée dès 1956 par le pianiste Renato Carosone, n'aurait pas attiré mon attention sans la présence de la talentueuse et pimpante clarinettiste, Julie Gayet ! :-)
Incroyable métamorphose de notre ex presque première dame qui ajoute ses talents de comédienne (dans un registre comique qui lui sied à merveille) à sa maîtrise absolue de l'instrument faisant corps avec elle.
Si la vocaliste, en plus de chanter, parle "con le mani", notre Julie "nationale"se montre encore plus expressive: déhanchés, haussements de sourcils, sourires complices, manège de tête et de clarinette, twist chaloupé.
Je dois avouer que je cette clarinettiste a totalement éclipsé, à mes yeux, le reste du groupe (j'ai toujours eu un faible pour les femmes sachant faire le pitre, les femmes fatales - version hollywoodienne - méritent amplement leur épithète, elles sont d'un ennui mortel)
Ma...qui vois-je, sur la partie gauche de la scène, faiblement éclairée ?
Francesco, c'est toi dans le noir ?
Tu as l'air triste.
Mais qu'est-ce que tu croyais, hein !? que parce que tu étais président, il te suffisait de gratter sur des cordes de guitare pour fare l'americano ?
Invece no, tu es Francesco Hollande, fait pour la politique*, pas pour la musique !
Forza Italia !
Nous aurions, mais ce ne sont que des suppositions, toutes et tous, au moins un(e) "sosie", une personne nous ressemblant fortement
Un photographe canadien, François Brunelle, a eu l'idée de traquer les sosies à travers le monde et de les photographier.
- Chef, j'en tiens un ! Quoi, encore un gilet jaune ?! - Non, un fada et un bon ! il vient signaler une disparition, la disparition de 2018 Bah... contrôles d'alcoolémie et toxicologiques puis tu enregistres sa demande. Cela t'occupera - Ok, chef...
L'agent approcha son visage près du mien, sembla contrôler mon haleine et me fit douter de la sienne, vérifia avec insistance l'état de mes pupilles et n'y découvrit rien d'autre que le reflet terrifiant de son regard inquisiteur.
- Nom et prénom, lieu de naissance , signalement de la disparue
Nom: 2018
Prénom: il y en a tant (année, year, anno, 年) mais on ne l'utilise jamais pour ainsi dire Lieu de naissance; Partout ! Signalement: le dernier en date la décrit portant chapeau pointu et cotillons. Elle avait l'air heureuse et insouciante. On l'aurait brièvementaperçue aux bras de 2017 selon certains, de 2019 selon
d'autres... Vous ne notez pas ? L'agent semblait tétanisé et ressemblait de plus en plus (c'était criant) au modèle de Munch Le temps venait de s'arrêter pour lui et je m'en voulais d'avoir causé cette perte. Je poursuivais néanmoins. Le problème est que 2018 n'est pas un exemplaire unique, il en existe (existait pour être précis) des milliards mais c'est ma 2018 que je recherche. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas fou, je sais bien que je ne la reverrai jamais puisque ne l'ayant jamais vue. J'aimerais tout simplement qu'une personne l'ayant connue me parle d'elle et peuple mes souvenirs. L'agent était bouche bée, yeux écarquillés, absent. Le siège qui le soutenait basculait de 45° vers l'arrière, son équilibre improbabledéfiait les lois de la Physique, il paraissait flotter sur un temps arrêté. Je décidai de m'éclipser pendant qu'il était encore temps et de quitter ce commissariat dont le décor me fit soudain penser à celui d'une bande dessinée. "Bah, une de perdue, dix de retrouvées ! " pensai-je avant d'arrêter la sonnerie de mon réveil.
Plaisir double des sens, flattant l'écoute et la vision.
Ambiance jazzy et déhanchée, rythmée et suave, formes arrondies des instruments et des vocalistes, voix extraordinaires du violoncelliste Casey Abrams (que l'on entend peu hélas), de la sémillante Haley Reinhart qui envahit l'espace central et de ses deux partenaires, Morgan James et Ariana Savalas, sourire collectif contagieux, paroles jouissives, très éloignées des modèles que l'on tente de nous imposer.
Bref, en ce qui me concerne, 4 minutes de joie intense qui écartent avec élégance les nouveaux repères , nos canons modernes, certaines prises de position qui confondent force et violence, grâce et faiblesse, féminité et féminisme, virilité et soumission, séduction et invitation..
Un charme quelque peu rétro, justement équilibré par la jeunesse des visages et des corps et l'éclat de l'orchestration, une osmose parfaite entre le passé et le futur.