mercredi 23 mars 2022

Hammershoi - Le Repos (éternel)

 Hammershoi - Le Repos

 
Me voilà, de nouveau, comme tous les soirs, tournée vers ce mur
A attendre, à espérer, à entendre même parfois, le doux murmure
De ta voix grave et rassurante,
Paisible, aimante
Lorsque, en fin de journée,
Après m'être, très vite, recoiffée,
Je feignais de ne pas t'avoir aperçu dans la cour
Pour, penchée sur mon ouvrage,
Attentive à tes pas mais muette, sage
Te laisser me chuchoter ton retour,
Embrasser délicatement ma nuque nue,
En relevant ma coiffure détendue.
Je me levais, te souriais
Et te serrais bien fort, te volais un peu de poussière
Qui retombait ensuite de mes bras
Et voletait dans la lumière du soir
Où s'ombrait notre baiser.

Mes cheveux sont plus courts.
Ta main n'est plus là pour les relever,
Les écarter.
Je les ai coupés,
Un soir de rage,
Un soir d'orage,
Un soir de pluie, de vent,
De pleurs et de tourments.
Il y a un mois encore, tu étais porté disparu
Maintenant tu as disparu
Quelle langue étrange
Qui confond deux inconnus
L'espoir, le doute qui obsède
Avec la certitude qui dépossède
Comme j'aimerais, encore, ne rien savoir
Et te parler, comme d'habitude, comme chaque soir
En pensant qu'une de mes prières serait assez forte
Pour te parvenir, guidée par le fil ténu d'Ariane
Lien invisible entre deux âmes éloignées, meurtries,
Écartelées par les chevaux d'un monde en furie.

"Ma pauvre Jeanne, tu n'es pas seule, bien d'autres maris sont morts".
Comme si c'était un réconfort !
Comme si cette peine se partageait, étant commune !
Quelle déclaration sotte, inopportune !
Ces petites vieilles ont oublié ce que veut dire aimer

Si tant est qu'elles ne l'aient jamais su,
Et s'endormir, après s'être aimés, nus.
"Et puis, tu pourras te recaser plus facilement, tu n'as pas d'enfants !"
Pauvres folles, que vous est-il arrivé pour ne plus savoir ce qui est important ?!
Et comme je serais heureuse d'avoir un fils et de reconnaître, en lui, son père au fil du temps.
Comme tous les soirs, comme toutes les nuits
Je fais face à ce mur nu, froid, gris
Je regarde le vide, m'enivre de silence, exhorte l'oubli.

Je hais la guerre, les militaires, les gradés, pas les soldats
Ceux qui arborent des décorations à leur boutonnière
Pas ceux, aux tombes fleuries dans les cimetières
Morts pour la patrie, quelle ânerie ! morts au combat.

Pourquoi es tu parti si jeune, mon amour, mon ami ?
Seule, j'ignore si je supporterai mon visage vieilli.
Même Dieu semble avoir déserté mon esprit
Lassé, sans doute, de mes mordantes railleries.

Pourquoi es tu parti si jeune, mon amour, mon Louis ?
A Dieu ne plaise, si la mort ne m'emporte pas, ce sera la folie.

11 commentaires :

  1. Les confidences de Joconde ? :)
    Bonjour Rom,
    Belle peinture, quasi-monochrome. Tes vers libres et choisis lui inssoufle des couleurs.
    Douce journée. Bises

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    1. Bonjour Julie.
      À quel pays, où le deuil est coloré, penses tu ?
      Belle journée, bises


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    2. Un pays d'Afrique ? L'Ukraine ?

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    3. Je n'en sais rien, Julie.
      Je n'avais pas le sentiment que mon texte colorait cette peinture, bien au contraire.

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  2. UN très beau récit/poème, j'aime beaucoup.
    Les gens avec leurs conseils idiots pensent nous consoler, ils devraient se taire parfois, mais bon, ils pensent bien faire.
    J'aime beaucoup également ce tableau de Hammershoi. Il me rappelle une photo de ma mère, ou alors plutôt un dessin que mon père avait fait d'elle, vue de dos ainsi. Je le rechercherai pour le comparer à cette peinture. Ton récit, ce tableau, tout me touche dans ce billet.
    Belle journée ensoleillée, Rom.

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    1. Oui, j'aimerais beaucoup voir ce dessin de ton père.
      Le peu que j'en perçois, à travers tes mots, outre qu'ils témoignent de ton affection, m'incitent à croire qu'il était artiste dans l'âme et que, peut-être (il s'agit simplement d'une intuition), il a souffert de ne pas avoir eu l'opportunité -le contexte, l'époque ne sont pas toujours favorables- de vivre pleinement (à temps plein) ses passions.
      J'ignore ton héritage maternel mais la transmission paternelle est, vraisemblablement, celle de ta sensibilité.
      Je me souviens de ton goût pour les tableaux d'Hammershoi.
      Tu avais, toi aussi il me semble, commenté une de ses toiles.
      Les conseils idiots, quand ils ne sont que cela, peuvent être pardonnés mais ce sont parfois des méchancetés déguisées, des frustrations crachées aux visages de victimes faciles, fragiles.
      Tu as raison,certaines pensées méritent d'être non exprimées, gardées pour soi.
      Le temps accomplit, souvent, une noble tâche, en desséchant leurs épines, en regonflant des cœurs, des esprits que la vie a aigris, flétris, meurtris.
      Bonne journée, les mésanges charbonnières chantent, quelques notes répétées trois fois le plus souvent, les oiseaux ont leur langage.

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    2. Je rechercherai ce dessin et j'en ferai peut-être un billet en relation avec le tableau de Hammershoi. Oui, j'avais écrit un court poème d'après une peinture de cet artiste, ce n'était pas celle-ci mais il s'agissait également d'une femme vue de dos. C'était du temps de mon blog : "Des mots pour le dire".
      Concernant mon père, j'ai écrit récemment un texte sur l'atelier d'écriture où je me rends, je le mettrai peut-être aussi sur mon blog "Des mots...". Il dit un peu ce que tu exprimes, sur le fait du contexte, de l'époque, où les hommes qui étaient trop sensibles, étaient mal vus par leur entourage. J'ai hérité de la sensibilité de mon père, c'est certain, et je l'en remercie.
      Mon héritage maternel est principalement, paraît-il, la douceur, mais j'ai sûrement hérité d'autres choses d'elle. La patience peut-être, la discrétion sûrement aussi.

      tititu tititu tititu, la mésange chante chez moi aussi. :-)

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    3. étaient mal vus par leur entourage et en souffraient bien sûr

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    4. Bonsoir Rom
      Si cela t'intéresse toujours, je viens de publier un billet sur des "Des mots des..." avec ce fameux croquis représentant ma mère dont je parle dans le commentaire ci-dessus. Je l'ai retrouvé (sourire).
      Sinon, j'espère que tu vas bien. A bientôt de te lire, peut-être...

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  3. Douceur et sensibilité, belle union, bel héritage !
    Certains écrivains, artistes, reconnus de leur vivant -pas tous, heureusement- souffrent tout de même.
    Leur vision exacerbée, exaltée, du monde est un lourd fardeau.
    Cioran, un compatriote de Julie, avait l'amertume sublime, le désespoir éloquent, le suicide sur le bout de sa langue.
    Rimbaud côtoya la folie, De Nerval l'embrassa.
    Les âmes les plus sensibles et qui creusent trop profondément risquent, à tout moment, de sombrer dans ces abîmes.
    tititu, c'est tout à fait çà !
    Tu connais le langage des oiseaux, je le savais ! :-)

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    1. Oui, Rom, un bel héritage, je n'ai pas à me plaindre :-)
      Mon père était d'une sensibilité exacerbée, la mienne est plus pondérée on va dire, mais je ne vis pas à la même époque et j'ai certainement davantage d'outils à ma disposition pour l'exprimer.
      ♪♫ ♪♫ ♪♫ tititu tititu tititu
      ;-)

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