samedi 18 février 2023

Deux prénoms pour un grand nom

  Sub clara nuda lucerna (Nue sous la clarté de la lampe)
Victor Hugo (1861)


Victor Hugo est né le 26 février 1802, plus exactement le 7 ventôse an X du calendrier
révolutionnaire qu'il aura donc vu disparaître, la faux de la Révolution française n'ayant pas
toujours été maniée avec sagesse, clairvoyance.

C'était un homme de talents, de passions, de luttes.
Peu d'arts, de disciplines  ont échappé à sa curiosité
, sa créativité, sa force de travail.
Poète, romancier, auteur de pièces de théâtre mais également dessinateur, décorateur, photographe, homme politique consciencieux, défenseur de causes alors jugées peu défendables ou dignes d'intérêt: l'abolition de la peine de mort ou la cause des femmes.
« Une moitié de l'espèce humaine est hors de l'égalité, il faut l'y faire rentrer : donner pour contre-poids au droit de l'homme le droit de la femme »
Dans le "dernier jour d'un condamné", Victor Hugo prête son art oratoire à un condamné à mort.

«Je laisse une mère, je laisse une femme, je laisse un enfant.
Une petite fille de trois ans, douce, rose, frêle,avec de grands yeux noirs et de longs
cheveux châtains.
Elle avait deux ans et un mois quand je l’ai vue pour la dernière fois.
Ainsi, après ma mort, trois femmes, sans fils,sans mari, sans père ; trois orphelines de
différente espèce ; trois veuves du fait de la loi.
J’admets que je sois justement puni ; ces innocentes, qu’ont-elles fait ?
N’importe ; on les déshonore, on les ruine. C’est la justice.
Ce n’est pas que ma pauvre vieille mère m’inquiète ; elle a soixante-quatre ans, elle
mourra du coup. Ou si elle va quelques jours encore, pourvu que jusqu’au dernier
moment elle ait un peu de cendre chaude dans sa chaufferette, elle ne dira rien.
Ma femme ne m’inquiète pas non plus ; elle est déjà d’une mauvaise santé et d’un esprit
faible. Elle mourra aussi. À moins qu’elle ne devienne folle.
On dit que cela fait vivre ; mais du moins, l’intelligence ne souffre pas.
Elle dort, elle est comme morte.
Mais ma fille, mon enfant, ma pauvre petite Marie, qui rit, qui joue, qui chante à cette
heure et ne pense à rien, c’est celle-là qui me fait mal !
»
Victor Hugo fut critiqué, raillé; on lui reprocha son intempérance amoureuse,
la contradiction de certaines de ses prises de position politique ou sociétale.
Même sa qualité littéraire fut parfois fustigée, la jalousie donne toutes les audaces.
Le peuple l'adorait, ressentait l'authenticité de son combat contre l'injustice, la misère,
l'inégalité des chances, son obsession à préférer la construction d' écoles plutôt que
de prisons.
Le peuple lui pardonnait ce qu'il ne comprenait pas, sa vision moderne d'une justice
débarrassée de ses bourreaux encagoulés, le génie est trop avant-gardiste pour qu'on puisse
le juger avec lucidité.
Le peuple aimait sa sensibilité et peu importe sa vie amoureuse,
ses nombreuses liaisons hors mariage.
Sa vigueur ne s'exprimait pas uniquement par la plume et ce jusqu'à un âge avancé.
Il était un homme, pas un saint et il justifiait lui-même son intempérance sexuelle d'une phrase
plus admirable qu'aucune confession de repentir.
« La première femme venue, même vulgaire, vous donnera, si vous l’aimez, les
éblouissements du rêve infini, de même que ce pauvre petit morceau de carton,
le kaléidoscope, vous met dans la poche toutes les rosaces de toutes les cathédrales »

Notez, au passage, la définition, fulgurante de beauté, du kaléidoscope cher à Célestine.

Il avait connu la douleur, du deuil avec la perte d'un enfant, celle de l'exil.
On aimait sa générosité, son goût du partage, sa bonté.
Lors de ses obsèques nationales, et conformément à sa volonté testamentaire, c'est dans le
« corbillard des pauvres » qu'il fut transporté.
« Je donne cinquante mille francs aux pauvres.
Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard.
Je refuse l'oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes.
Je crois en Dieu. »

Deux millions de personnes suivirent le cortège qui conduisait le cercueil au panthéon.
Nul besoin, alors, d'un trophée de football pour rassembler une foule encore plus nombreuse
et plus diverse.
Un quotidien de l'époque rapporte que, le jour de ses funérailles, les prostituées qui
connaissaient bien l'écrivain et encore mieux l'homme, décidèrent de lui rendre un dernier
hommage en ne tarifant pas leurs prestations délivrées à l'abri de bosquets.
Nul doute que leurs clients, ce jour-là, rendirent hommage à ces charmantes jeunes femmes
avec un sentiment de reconnaissance éternelle envers l'écrivain, sentiment accroché en
pensée à une couronne mortuaire virtuelle.
Victor Hugo était un génie et un homme bon.
Dans les dernières pages de "Choses vues", il racontait avoir connu, côtoyé, des rois,
des empereurs mais également des paysans, des cordonniers et il concluait ainsi
«Après que tout cela a passé devant moi, je dis que l'Humanité a un synonyme:Égalité
et qu'il n'y a sous le ciel qu'une chose devant laquelle on doive s'incliner, le génie, et
qu'une chose devant laquelle on doive s'agenouiller, la bonté
»

Pourquoi, aujourd'hui, ai-je eu l'envie, le plaisir, de parler de Victor Hugo ?
Bien sûr, le prénom de mon petit-fils, Victor, était déjà un prétexte suffisant.
Il me permet de louer le génie d'Hugo, présent jusque dans sa dernière œuvre,
"l'art d'être grand-père".
« Jeanne parle; elle dit des choses qu'elle ignore;
Elle envoie à la mer qui gronde, au bois sonore,
A la nuée, aux fleurs, aux nids, au firmament,
A l'immense nature un doux gazouillement,
Tout un discours, profond peut-être, qu'elle achève
Par un sourire où flotte une âme, où tremble un rêve,
Murmure indistinct, vague, obscur, confus, brouillé,
Dieu, le bon vieux grand-père, écoute émerveillé
»

Mais pourquoi aujourd'hui précisément ?
Par pure paresse ! Parce que le génie d'Hugo me dispense d'un effort d'écriture, il me suffit
de le citer pour que son éclat jaillisse.
J'ai parfois eu, dans ma jeunesse, ce désir saugrenu et vaniteux de ne pas l'avoir lu pour
créer, imaginer, écrire un dixième, un centième, un millième de sa prose, de sa poésie; un
plagiat à mon insu.
Insolente et présomptueuse jeunesse !
Mais pourquoi par paresse aujourd'hui ?
Pour une raison triviale, si tristement banale.
Mon dos, peu sollicité par la trêve hivernale, s'est rebellé contre les premiers travaux forcés
au potager et m'a puni en un éclair, d'une vive lombalgie.
Et, après tout, lumbago rime avec Hugo :-)
 
Déjeuner des enfants pauvres  instauré par Hugo à Guernesey en 1862.
(année de parution des Misérables) 
 « C’est un repas hebdomadaire d’enfants indigents […] j’en ai maintenant vingt-deux.
Ces enfants dînent ensemble, ils sont tous confondus, catholiques, protestants, anglais,
français, irlandais, sans distinction de religion ni de nation. Je les invite à la joie et au
rire, et je leur dis : Soyez libres. […] Ceci n’est pas de l’aumône, c’est de la fraternité. »

(Hugo, Choses vues)
Victor Hugo, dans sa 27ème année
Funérailles de Victor Hugo - 1er juin 1885


8 commentaires :

  1. Bonsoir Rom
    Un billet qui rend un bel hommage à Victor Hugo, et qui m'en apprend sur lui et sur sa vie.
    Victor, un très joli prénom. :-)
    Ton lumbago va-t-il mieux ? Dès que le beau temps arrive, on est plein d'élan, mais hélas, le corps encore endormi par la saison hivernale, rechigne à l'effort.
    Bonne fin de journée. Bises.

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    1. Bonjour Françoise.
      La vie de Victor Hugo est si riche, mouvementée.
      Je suis étonné qu'un film n'y soit pas consacré (à ma connaissance).
      Si mon lumbago va mieux ? J'espère que non !
      Je dois aller mieux, pas lui :-)
      Bon dimanche.

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    2. (rire) Oui, en effet, il vaut mieux que ce soit toi qui ailles mieux !
      Bon dimanche, Rom.

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  2. Hugo, Victor-Marie... Né à Besançon :) Grand poète sensible à ses semblables. Un bel hommage que tu lui rends, merci Rom !
    Prompt rétablissement, bises ventouses et bon dimanche :)

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    1. Victor-Marie uniquement sur son acte de naissance, même sa mère ne l'appelait pas ainsi.Ses parents espéraient une fille, qu'ils auraient appelée Victorine.
      Eh oui, un gars de l'Est mais il ne resta que 6 semaines à Besançon, ses parents se séparent quand il avait juste 2 ans et il n'habitera pas plus de deux ans au même endroit.
      C'est à Paris, qu'il rejoint à l'âge de 10 ans, que se forgent ses souvenirs d'enfance.
      Merci Julie pour ton commentaire et les ventouses :-)
      Bises, bon dimanche.

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  3. Victor lui-même :)19 février 2023 à 10:55

    Le poète s'en va dans les champs ; il admire.
    Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
    Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs.
    Celles qui des rubis font pâlir les couleurs.
    Celles qui des paons même éclipseraient les queues.
    Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues.
    Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets.
    De petits airs penchés ou de grands airs coquets,
    Et, familièrement, car cela sied aux belles :
    — Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! disent-elles.
    Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix.
    Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,
    Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables.
    Les saules tout ridés, les chênes vénérables,
    L'orme au branchage noir, de mousse appesanti.
    Comme les ulémas quand paraît le muphti ;
    Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre
    Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre.
    Contemplent de son front la sereine lueur.
    Et murmurent tout bas : C'est lui ! c'est le rêveur !

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    1. Merci Juliette !
      :D

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    2. Curieux patronyme "lui-même" :-)
      Je dois vérifier mais il me semble reconnaître, dans ces vers, un plagiat :-)

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