dimanche 30 avril 2023

Photographes de rues - Eugène Atget / Vivian Maier

Eugène Atget (1857-1927)


Photographe "documentaire", reporter de rue.
Ses photos nous permettent de connaitre un Paris vieux de plus de cent ans, assez proche finalement de celui d'aujourd'hui.

 

Place de la Bastille - Avril 1912


Le 17 avril 1912, près de deux millions de Parisiens ont admiré le spectacle rare d'une éclipse de soleil en «collier de diamant». Cet événement était tellement important à l'époque que son annonce avait occupé la une du Figaro, repoussant le naufrage du Titanic en bas de page !
Pour information, les relevés de températures à Paris-Montsouris mentionnent, pour cette journée, des températures minima-maxima  de 3°c-18°c.

Sur cette place emblématique de la Révolution française, qui mit fin au règne des descendants du Roi Soleil, la révolution apparente de notre étoile parait connaitre un évènement tragique, sa lumière est  momentanément décapitée.
Les Hommes sont étranges. (et je suis un  Homme)
Qui, dans cette foule, observe avec autant d'attention le lever ou le coucher quotidien du soleil ?
La rareté d'un évènement est-elle plus importante, à nos yeux (cette expression prenant tout son sens ici), que le spectacle qui se répète ?
J'interprète cet intérêt comme un mélange de fascination pour la précision des phénomènes annoncés par les scientifiques (engouement entretenu par les médias) et un résidu de mémoire ancestrale, de peur ancestrale, face aux facéties inexpliquées et angoissantes de l'astre solaire.
Autant que je puisse en juger, les protections recommandées pour observer l'éclipse sont sagement adoptées.
Lors de l'éclipse totale d’août 1999, sur un dessin de presse une vieille dame hurlait à son petit-fils qui se tenait à ses côtés:  "Mets tes lunettes !". Le dessin était légendé  "Rémi, 4 ans, ne sera pas aveugle grâce à sa grand-mère, à qui il doit cependant une surdité partielle désormais" :-)


Le majestueux bâtiment de style haussmannien" Aux phares de la Bastille" était un grand magasin parisien d'habillement qui fermera définitivement ses portes au début de la 1ère guerre mondiale. 

 De jeunes soldats seront bientôt aveuglés, meurtris, sur des champs de bataille, par des éclairs, des lumières n'ayant rien de commun avec des phénomènes naturels.
Ceci dit, l'Histoire nous apprend que même des soldats ont déposé leurs armes pour observer une éclipse totale.
Le nom du magasin fait référence aux quatre clochetons, disposés aux angles, qui abritent des phares s'illuminant le soir.
Une annexe de la Banque de France occupe, de nos jours, une partie des locaux.

J'ai aimé Paris en partie grâce à ses imposants bâtiments sculptés, ses monuments, ces grandes et larges avenues qui me donnaient l'impression de déambuler dans une œuvre d'art.


Paris - Place St Médard (1898)


Près de la vieille église St Médard et de la rue Mouffetard (la "Moufle"), les nombreux  et variés commerces de ce quartier, animé et pavé, attirent une population parisienne qui comptait 600000 âmes de plus qu'actuellement.
Les grands panneaux publicitaires ne datent pas d'hier :-)

 

Vivian Maier (1926-2009)

Son père était américain, sa mère française.
Artiste photographique prolifique, Vivian Maier n'a jamais publié sa production.
La "nounou au Rolleiflex" aimait photographier les gens qu'elle rencontrait et les scènes de vie du quotidien.
Sa célébrité, posthume, est née des efforts de collectionneurs américains ayant rendu publics ses dizaines de milliers de clichés (parfois pas encore développés)

 

Photo prise dans le Champsaur (Hautes Alpes), région où elle vécut, un temps, avec sa mère

Certaines photos, certains regards, certains chagrins nous émeuvent au-delà de l'émotion première, "raisonnable", que l'on devrait ressentir.
C'est le cas, en ce qui me concerne, avec cette photo.
Le chagrin de cette petite fille larmoyante s'explique peut-être par un simple caprice d'enfant, cette idée est balayée par mon esprit.
Un adulte ne peut comprendre, parfois, ces pleurs  que s'il accepte  (et s'il le peut !) de plonger dans le monde, très différent, de l'enfance.
Il serait plus juste de dire appréhender, approcher, que comprendre.
Leurs échelles de peines et leurs causes n'ont rien de commun avec celles que nous, adultes, avons bâties au fil du temps.
J'ai vu des images plus "fortes" d'enfants rudoyés, humiliés, mutilés, sans vie.
Ce sont des images "choc", l'uppercut est violent et immédiat, nous laisse groggy.
Ce sont des images "animales".
Sur cette photo de Vivian Maier, l'émotion qui me serre le cœur, au premier regard, grandit, s'infiltre dans mon esprit, dans ma mémoire, dans mon cœur, se nourrit de mes terreurs passées, de mes pleurs rapides et consécutifs à une douleur physique ou  inattendus, pendant ces moments de répit où l'esprit profite d'une accalmie pour déverser le trop plein de douleur psychique, de chagrin qui serre la poitrine, embrume le raisonnement, anéantit le désir de grandir.
Le visage de cette petite fille se mêle au mien, enfant
.
Sa détresse est également la mienne et celle de tous les enfants qui souffrent.

4 commentaires :

  1. Bonjour Rom
    J'aime beaucoup voir ces photos de rue qui datent d'une autre époque. Je n'ai pas séjourné à Paris assez longtemps pour aimer cette ville, je ne la connais que très peu, contrairement à Lyon.
    Je me souviens de l'éclipse totale d'août 1999, nous nous trouvions à la Breure. Nous nous étions installés devant la maison, et au fur et à mesure que l'obscurité tombait, nous voyions passer les poules qui partaient se coucher (sourire), c'était amusant. Même les mouches nous laissaient tranquilles, elles avaient disparu. J'avais fait des photos, elles doivent se trouver dans l'un de mes nombreux albums photo. :-)
    Cette petite fille qui pleure me touche moi aussi. Les souvenirs d'enfance, malgré les années qui passent, ne sont jamais bien loin, et notre âme d'enfant est toujours présente, avec ses peurs et ses chagrins. Des photos, des livres, nous émeuvent plus que d'autres, parce que nous remémorant des moments tristes ou compliquées de notre vie...
    Bonne fin de journée, Rom. Bises.

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    1. En 1999, j'habitais à Paris. Nous avions décidé d'aller voir l'éclipse à l'Est de la France, zone optimale pour l'observer.
      Mais c'était plus une occasion de bouger, de visiter la belle ville de Reims que d'assister à un spectacle, somme toute assez puéril, d'une nuit très éphémère en plein jour.
      J'ai été plus impressionné, parfois, car ne m'y attendant pas, par l'arrivée soudaine , en montagne, d'une couverture nuageuse noire, opaque, menaçante, et le vent, le froid, l'obscurité qui l'accompagnaient.
      J'imagine la peur que pouvait inspirer une éclipse lorsque l'on ignorait sa cause et sa venue.
      Cette photo fait bien plus que me remémorer une détresse passée, j'ai l'impression étrange d'être, vraiment, cette petite fille, de voir ma propre photo, au même age, une photo dont j'ignorais l'existence.
      Merci pour ce commentaire, Françoise.
      Bonne fin de journée, bises.

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  2. Bonsoir, Rom
    C'est vrai que certaines photos se passent de mots. Comme Dixit le célèbre jeu du même nom : une image vaut mille mots !
    Enfant, lorsque la radio annonçait une quelconque éclipse solaire, je courais chercher le masque de soudure appartenant à mon grand-père. Le verre noir protégeait mes yeux :)
    Cette gamine me touche également, sans chercher à comprendre pourquoi.
    Merci Rom pour ce magnifique hommage posthume.
    Douce soirée. Bises

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    1. Bonsoir Julie.
      Cette photo vaut, pour moi, mille maux...
      Une quelconque éclipse solaire ? donc partielle, l'énorme majorité du temps, protection encore plus importante !
      Quant à l’utilisation de matériel style masques de soudure, radiographies ou verre fumé, elle est à exclure, d'après les spécialistes, car inefficaces contre certains types de rayonnements.
      Mais tu n'es pas aveugle, donc... :-)
      Belle soirée, bises.

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